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Fêter la liberté pour combattre les affres de l?Histoire
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Fêter la liberté pour combattre les affres de l?Histoire
Le protocole est une affaire bien réglée. Alors, même quand la météo s?y met, tout doit être parfait. Au premier acte des commémorations du 171e anniversaire de l?Abolition de l?esclavage, on assistera à un ballet de parapluies assortis aux drapeaux de la République. Devant le monument de l?Esclave, à Pointe-Canon, Mahébourg, le ciel pleure pendant que les officiels défilent avec des fleurs. La pluie s?arrête pile à la fin du dépôt de gerbes. ?Ala enn lapli mesanste?, entendra-t-on sous la marquise blanche dressée pour l?occasion.
Deuxième acte : les discours. Celui, émouvant, de Christiane Taubira, invitée d?honneur des commémorations. Elle a donné son nom à la loi française, votée en 2001, qui reconnaît la traite et l?esclavage comme crimes contre l?humanité. Députée de la Guyane, membre de l?Assemblée nationale française, ses paroles s?enchaînent avec la fluidité née d?une longue réflexion.
?Défaire les fils de l?injustice?
C?est de la France qu?elle choisit de nous parler en premier. ?Je viens de vivre un instant grandiose en France. Le président a choisi la date du 10 mai pour que la France célèbre la souffrance d?un peuple entier.? En début de semaine, le président Jacques Chirac a tranché en faveur de cette date pour la commémoration de l?Abolition de l?esclavage.
Christiane Taubira s?exprimera aussi sur la situation locale. ?J?ai ici aussi, en terre mauricienne, une part de mon histoire. Je sais qu?il y a débat sur le Morne, Trou-Chenille, qu?il y a des discussions, sur la manière de marquer l?espace, avec des statues et des noms de rue. Je sais qu?il y a débat sur la compensation, la réparation. Je suis venue partager mon expérience, je suis surtout venue écouter.?
Dans tout cela, une constante : ne pas se laisser écraser par l?Histoire. ?Le crime est irréparable. Faut-il pour autant vivre sans réparer le crime ?? s?est-elle interrogée. Militant pour une réparation dans la justice, Christiane Taubira a invité l?assistance à ?comprendre comment se sont cousus les fils de l?injustice pour ensemble les défaire.?
Lui succédant à la tribune, Rashid Beebeejaun, Premier ministre par intérim, devait abonder dans le même sens. ?Nous devons tout faire pour que les mots ?devoir de mémoire? ne soient pas creux mais profondément sentis. Restons vigilants.? Pour Rashid Beebeejaun, le 1erFévrier est une date de rappel mais surtout de reconnaissance envers ?ces oubliés de la liberté ? qui ont vécu la libération dans le calme, contrairement aux attentes des maîtres. Un exemple à suivre pour une ?prise de conscience nationale des séquelles de l?esclavage?.
Dernier acte : l?animation. D?abord avec la troupe Carpe Diem. Des chaînes aux poignets, les dos courbés, les comédiens ont présenté trois temps forts de la période de l?esclavage. ?Kouma enn tapi zot lekor entasse dan lakal bato, Zot ti refize fer marsandaz ar zot miskilatir.? Voyage à fond de cale, marronnage et enfin l?abolition. Le tout emballé dans des chansons dont une comédie musicale n?aurait pas à rougir et une telle intensité dans le jeu d?acteur que celui jouant le colon verse des larmes à l?abolition. Kanasuc de Toto Lebrasse et le groupe Boum Boum ? de Clency Gery, employé au ministère des Arts et de la Culture ? nous ont servi des danses africaines. Pour ce faire, ils ont bénéficié de sessions de formation dispensées par deux chorégraphes mozambicaines. Ce n?est qu?au final que Filomena José et Perola Jaime Matsinhe sont montées sur scène. Trop court instant de vitalité africaine.
CÉRÉMONIE
Cafouillage autour du statut du Morne
■ Mahendra Gowreesoo a pris tout le monde à contre-pied hier. Bousculant les informations diffusées jusqu?ici, le ministre des Arts et de la Culture a affirmé : ?Pou bien prezerv cachet Le Morne, gouvernman finn suiv recomandation Dr Abungu, expert l?Unesco et finn deklar toute la montagne du Morne aussi bien ki buffer zone ki entour li comme patrimoine national. Bann regilasion finn paret dans Government Gazette jeudi 26 janvier.? Déclaration faite à la tribune officielle, à Pointe-Canon, Mahébourg lors des commémorations du 171e anniversaire de l?abolition de l?esclavage. Une affirmation qui vient contredire la décision du conseil des ministres en date du 20 janvier. Le communiqué reçu ce jour-là énonce que : ?Le Conseil des ministres a pris la décision de classifier une partie de la montagne du Morne comme patrimoine national.? Le statut du site a une importance considérable dans le dossier d?application pour son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l?Unesco. Il y a deux semaines, Bernard Perrine, ancien président du conseil d?administration du Morne Heritage Trust Fund, nous expliquait que la classification partielle était ?absurde? et qu?elle affaiblissait les chances du dossier. Sollicité pour des précisions, Mahendra Gowreesoo soutient, en parlant du communiqué du Conseil des ministres : ?Se enn erer sa... Kitfoi finn mal dir li.? Il demande à son attaché de presse de lui fournir une carte. Elle est libellée ?New area for Le Morne site? (Core Area) et a été réalisée par le ?Survey Division? du ministère du Logement en septembre 2005. Le ministre montrera les nouvelles délimitations de la ?core zone?. Constituée de 218 arpents de State Land comprenant le ?Le Morne Brabant Mountain Reserves? et le ?State Land perpetual grazing lease?, elle inclut la plage publique et des terres privées. Le buffer zone englobe, lui, l?emplacement des hôtels et s?étend au-delà de l?Ilot-Fourneau. Le ministre a aussi dit son intention d?organiser une visite du Morne en hélicoptère suivie d?une rencontre avec la presse, ?d?ici la fin de la semaine prochaine? afin de ?vinn en detay lor sa prosesus inskription la.? Pour sa part, Bernard Perrine accueille favorablement cette nouvelle donne. ?C?est logique. C?est comme si je prenais une assurance pour une partie d?une maison?. Il insiste sur le fait ?qu?aucune construction n?est permise sur le ?core zone?, que le Morne soit partiellement ou entièrement classé patrimoine national pour respecter le critère d?authenticité de l?Unesco. Pour toutes les constructions, il faut instituer un comité comprenant le promoteur privé, le gouvernement, le Le Morne Heritage Trust Fund et l?Unesco ou comme nous l?avons fait, demander un avis expert auprès du Dr Abungu.? De son côté, Bertrand Giraud de la Société Morne Brabant affirme que la classification totale du Morne n?a pas d?impact sur son projet. ?Nos terres, c?est-à-dire 347 arpents, sont à 1,9 km des caves, à l?opposé de la montagne. Tout ce qui a été dit me fait rire, car en face des caves, il y a le bassin de décantation des eaux usées d?un grand hôtel. Vous savez que le Dr Abungu a applaudi notre projet de reboisement en disant que cela donnait une valeur supplémentaire au dossier présenté à l?Unesco.? Pour rappel, le gouvernement a donné des ?letters of intent? à la SMB en début d?année, lui permettant d?aller de l?avant avec son projet IRS.
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