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Exigences et manques de la Bibliothèque nationale

15 janvier 2006, 20:00

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Le réflexe : chercher les profits et les pertes. Décortiquer l?utilisation du budget de Rs 10 millions, alloué à la Bibliothèque nationale (BN) pour l?année financière 2004-2005. Ce rapport annuel sortira des presses dans quelques jours seulement.

Premier constat, les dépenses dépassent les revenus par Rs 236 000. Comparé à l?année 2003-2004, ce chiffre montre que l?asphyxie de la BN s?est atténuée. Le surplus était en effet de plus de Rs 1 million pour l?année financière écoulée.

Mais est-ce là le seul propos de ce document produit par une institution crée, il y a six ans ? Derrière les chiffres ? le coût des salaires du personnel est

Rs 5,9 millions, soit plus de la moitié du budget, la location et les diverses charges s?élevant à Rs 2,4 millions ? que dit véritablement ce rapport annuel du contexte dans lequel évolue la BN ?

Que raconte ce rapport, sur, d?une part, la santé de la lecture et d?autre part, celle du patrimoine littéraire à Maurice ? Commençons par la fréquentation des lieux, situés aux 1er et 2ème étages du Fon Sing Building, à la rue Edith Cavell, à Port-Louis. Le rapport annuel fait état de 6 061 utilisateurs qui sont passés par la salle de consultation entre 2004-2005, ce qui constitue une augmentation de 10,5% par rapport à l?année précédente. Une salle de consultation qui a reçu 9 099 requêtes d?information durant cette période.

Une montagne de documents à microfilmer

Qu?ont consulté ces personnes ? Majoritairement des journaux (2 650 demandes), contre 2 469 demandes pour les livres. Pour qui fréquente la BN, il est courant d?y voir des lecteurs parcourant les pages de petites annonces des journaux sortis pendant un temps donné.

À quand un document complémentaire détaillant les rubriques recherchées par ces lecteurs ? Sont-ils motivés par le simple goût de l?actualité ou font-ils des recherches devant servir à une dissertation ? Faut-il y voir une tendance à la lecture rapide ? Bref, pourquoi les journaux ont-ils la cote à la BN ?

Pour ce qui est des acquisitions, la BN s?est enrichie de 32 233 documents nouveaux au cours de 2004-2005. Encore une fois, les journaux se taillent la part du lion avec 19 036, contre 5 070 pour les livres. Il faut savoir que la BN a reçu des donations de collections venant de l?express, Le Mauricien, Le Défi, Week- End, entre autres.

Il s?agit là de la mission de préservation du patrimoine de la BN. Reste maintenant à microfilmer cette montagne de documents. Une tâche colossale, sachant que la BN est actuellement rendue au microfilmage de Le Mauricien de 1863, de Le Radical de 1941 et de La Sentinelle de Maurice de 1879.

Saluons l?exigence de qualité de l?institution. La réalisation dont elle est la plus fière est sans conteste l?obtention de son certificat ISO 9001 ? 2000 en janvier 2005. Un standard qu?il faut désormais maintenir.

Questions à?

Yves Chan Kam Lon, directeur de la Bibliothèque nationale (BN)

● La BN a-t-elle une bonne santé financière ?

(Soupir) Le budget est insuffisant. Durant l?année écoulée, nous avons dû demander des fonds additionnels deux ou trois fois. Les salaires des employés de la BN étaient en jeu. Notre personnel est de 30 employés, alors qu?il faudrait 250 paires de bras pour fonctionner à plein rendement. Nous n?arrivons pas à recruter. Du travail, il y en a, mais nous n?avons pas les moyens de l?assurer.

● Quels sont vos projets pour 2006 ?

Ce n?est pas trop tôt pour penser au World Book Day, célébré le 23 avril. Dans deux semaines, je convoquerais le comité organisateur. C?est maintenant une tradition, mais il ne faut pas répéter les mêmes choses. Nous allons changer de formule. L?année dernière, nous avons osé aller vers Mahébourg, même si des voix se sont élevées contre. Il y a une maison d?édition qui ne nous a pas suivis.

● Les événements vous ont-ils donné raison ?

À Mahébourg, c?était mieux qu?à Port-Louis. Il y avait, sans exagérer, deux fois plus de monde que dans la capitale. On a embarqué les clubs de Senior Citizen, les Youth Clubs, les collèges. C?est ce qui a fait le succès de la manifestation.

● Vous parliez d?un changement de formule?

Oui, nous pensons à Rodrigues. En plus de Port-Louis et Mahébourg, nous comptons inclure Flacq. Nous avons approché la Commission de l?océan Indien pour nous assurer de la présence de maisons d?édition de la Réunion. Avec le Centre culturel Charles Baudelaire, nous mettrons sur pied une section dédiée à la francophonie. Il faut se diversifier. Mon rêve est d?organiser à terme un Salon du Livre au Centre de conférences de Pailles par exemple. (Sourire) Il faut seulement trouver les fonds.

● Qu?en est-il du travail de conservation ? Vous avez déjà déclaré qu?il y avait un retard d?au moins cent ans à combler, notamment pour microfilmer les journaux?

C?est surtout une question d?approche. On n?a pas peur de dire que la BN a des faiblesses, qu?à Maurice, personne n?a été formé pour la préservation des documents. L?une de mes premières actions a été d?établir des contacts avec d?autres BN dans le monde. Ainsi nous pouvons envoyer du personnel en stage en France et en Afrique du Sud. La BN d?Australie s?est montrée prête à nous aider. Car si nous n?avons pas de références, c?est comme si nous n?avions pas d?histoire. Au bout du compte, les documents ont plus d?importance que nous. Nous allons partir, eux, ils restent.

Plan stratégique 2006-2009

■ Forte de six années d?existence, la BN prépare actuellement son Plan stratégique 2006-2009. Après s?être fixé pour objectif premier ?la mise sur pied d?une collection détaillée de la littérature mauricienne?, au cours des trois années écoulées, l?institution compte réorienter sa mission, en accord avec les tendances en matière d?avancées technologiques.

?Il devient de plus en plus important que l?utilisateur trouve l?information qu?il recherche, plutôt que de lui dire qu?elle est disponible dans une bibliothèque spécifique?, peut-on lire dans l?ébauche du Plan stratégique. ?La librairie n?est plus tant un dépôt de l?information, qu?une porte vers elle, accessible grâce aux nouvelles technologies.?

Face à la ?génération google?, la BN compte se fixer pour buts entre 2006 et 2009 : le démarrage du programme de digitalisation des pièces rares, notamment celles de la section Mauritiana.

Elle envisage le développement soutenu des services en lignes ? dont la mise en place de cinq terminaux semblables à ceux d?un cybercafé. Elle pense à la création d?une unité de formation, pas seulement destinée au personnel de la BN, mais qui répondrait aux besoins d?autres institutions.

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