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Etre toxicomane

24 avril 2004, 20:00

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Toxicomane. À quoi peut vous faire penser ce mot ? Seringue, aiguille, drogue, voleur? Une longue liste peut défiler dans votre esprit. Mais les mots souffrance, douleur, désespoir, manque, solitude en font-ils partie ? Car c?est bien de cela dont il s?agit. Nous montrons du doigt, nous accusons mais essayons-nous seulement de comprendre ?

La toxicomanie est une longue et impénétrable descente aux enfers. Seuls ceux qui s?en sortent peuvent en témoigner.

Chaque personne est unique, la vie de chaque toxicomane est une histoire particulière. Cependant, il est possible de découvrir un point commun à toutes ces existences : une fuite perpétuelle de soi-même vers une autodestruction.

C?est à l?adolescence que tout commence et que tout peut basculer. Le désir d?indépendance à tout prix, la volonté de sortir des jupes de sa mère, de faire des expériences, d?être le plus beau, le plus fort, d?explorer les limites de son corps.

Encore faut-il avoir les moyens de parcourir ce chemin, l?aide, la confiance, le soutien de son entourage. C?est la famille qui arme le jeune pour affronter cette nouvelle étape de sa vie. Mais lorsque l?environnement fait défaut, quand on ne peut s?appuyer que sur soi-même, sur sa propre fragilité, vers qui ou vers quoi se tourner ?

Le produit : Il donne la liberté, les sensations, l?illusion d?être bien dans son corps et dans sa tête, de planer.

Il procure suffisamment de plaisir jusqu?à s?oublier. Il permet d?être indépendant de ceux qui nous sont les plus chers? mais à quel prix ?

La drogue conduit à la perte de la liberté de faire des choix. Elle annihile la pensée et contrôle le corps dans la moindre cellule. Au plaisir éphémère, à l?illusion d?autonomie succède la douleur du manque, les sueurs froides, les tremblements, la fièvre, les vomissements et plus forte que tout : l?obsession. Cette pensée qui tourne dans la tête comme un manège infernal. Il faut alors partir en quête du moindre soulagement du corps pour calmer l?esprit. Tous les chemins mènent alors à la drogue. On vend tout, sa chemise, l?alliance de sa mère, jusqu?à son corps. Tout ce qui peut amener une trêve jusqu?à la prochaine crise qui ne tarde jamais à venir. Il faut tout, tout de suite, sinon c?est une souffrance intolérable.

On est seul, les « amis de défonce » ne sont là que lorsque la drogue y est aussi. Les anciens potes, eux, ont disparu depuis longtemps. La famille, elle, reste présente tant qu?elle en a la patience.

La fin de Soi, la mort, c?est le prix à payer pour être libre le temps d?un moment trop court. Alors que faire ? Prévenir et prévenir encore, parler des conséquences dans tous les domaines, sa vie sociale, sa sexualité, son existence? Mais surtout écouter et comprendre les signes, avoir confiance, chercher de l?aide avant qu?il ne soit trop tard. Car c?est facile de tomber, mais se relever demande une force et un courage incommensurables.

Sabrina PUDDOO, psychologue.

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