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Et si les hôtels étaient trop chers ?
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Et si les hôtels étaient trop chers ?
La politique d’accès aérien est un plat délicat. Les débats entre l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim) et Air Mauritius ont tendance à causer des turbulences. La diplomatie a toujours primé mais l’étude sur le tourisme réalisée par De Chazal Du Mée (DCDM) pour le compte de l’Ahrim a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Air Mauritius s’insurge contre le rapport et souligne que les hôteliers ont leur part de responsabilité dans le ralentissement de l’industrie touristique.
“ Il est temps que les hôteliers se posent des questions sur leurs tarifs. Le prix exorbitant des chambres nuit à la compétitivité de la destination mauricienne”, lâche-t-on aux étages supérieurs d’Air Mauritius Centre. Un nouveau bras de fer est engagé.
Le cabinet DCDM estime que le prix élevé du billet d’avion, le nombre restreint de vols et la capacité limitée des transporteurs expliquent la faible croissance des arrivées touristiques. Ces arguments, souvent évoqués par les hôteliers et tour-opérateurs, ne plaisent guère à Air Mauritius.
Le billet d’avion représente moins de la moitié du prix d’un “package” proposé au touriste. Le reste est englouti par les hôtels. Maurice, la destination cinq-étoiles, se met graduellement hors de portée et hors de prix des clients dans les principaux marchés. Sa compétitivité s’effrite et Air Mauritius montre les hôteliers du doigt.
“Les compagnies aériennes seraient heureuses d’atteindre un taux de profitabilité de 3 % sur leurs chiffres d’affaires mais les hôtels réalisent jusqu’à 25 %. Il est clair qu’ils ont plus de marge de manœuvre pour faire baisser les prix”, explique un haut cadre d’Air Mauritius.
Les chambres d’hôtels se vendent à un prix exorbitant par rapport aux destinations qui rivalisent avec Maurice sur les principaux marchés touristiques. En France, les forfaits offerts aux Maldives, en Thaïlande, au Mexique ou en République Dominicaine sont nettement moins chers que ceux proposés par les hôteliers mauriciens. Par exemple, un séjour de cinq jours au Rydges Beach, un quatre-étoiles de Phuket, coûte 1030 euros et 37 euros pour chaque jour additionnel. Un même forfait au Coco Beach à Maurice coûte 1290 euros et 79 euros pour chaque jour supplémentaire. Le même scénario se répète sur les marchés britannique et allemand.
<B>165 000 sièges invendus</B>
“Une analyse des produits et des prix offerts par l’industrie hôtelière est cruciale afin d’avoir une vue d’ensemble du tourisme”, explique-t-on chez Air Mauritius.
L’augmentation du nombre de sièges est sans cesse réclamée par hôteliers et tour-opérateurs. Or, Air Mauritius est peu encline à ajouter d’autres vols ou à augmenter le nombre de sièges sans une garantie que les passagers suivront. L’an dernier, la compagnie s’est retrouvée avec 165 000 sièges invendus sur les lignes Maurice-Paris et Maurice-Londres.
“C’est inacceptable car chaque siège est un produit périssable. L’Ahrim ne cesse de réclamer des vols ou des sièges additionnels mais le business d’Air Mauritius n’est pas de perdre de l’argent pour alimenter la caisse des hôteliers”, soutient un haut responsable de la compagnie nationale d’aviation.
Le département du marketing d’Air Mauritius admet qu’une analyse détaillée des arrivées et départs révèle que la capacité fait défaut à certains points précis de l’année. La demande est alors plus forte que l’offre. Tous les vols d’Air Mauritius et des autres compagnies aériennes affichent alors complets.
De 2000 à 2003, les arrivées touristiques ont grimpé de 2,3 %, passant de 656 453 à 702 018. Durant la même période, le nombre de chambres a augmenté de 3,7 %. La capacité sur les vols d’Air Mauritius s’est accrue de 5,5 %.
“Il n’y a pas de corrélation entre la capacité et les arrivées touristiques”, dit-on à l’Air Mauritius Centre. Les hauts cadres de la compagnie prennent pour exemple la baisse dans le nombre de touristes venant de la Grande-Bretagne. En inaugurant un cinquième vol hebdomadaire sur Heathrow, Air Mauritius a augmenté sa capacité de 25 %. British Airways et Emirates offrent également des sièges sur ce trajet.
“En lançant ce cinquième vol, nous avons offert l’aller-retour à £350. Il y a énormément de sièges disponibles entre Londres et Maurice, mais cela n’a pas empêché les arrivées de dégringoler”, souligne un haut responsable d’Air Mauritius.
Le nombre de sièges sur la France a également augmenté à travers la Réunion. Air Austral, Air France, Corsair et Air Bourbon proposent plusieurs vols quotidiens entre la Réunion et l’hexagone. Selon les calculs d’Air Mauritius, un touriste français sur trois transite par la Réunion avant d’arriver à Maurice.
Air Mauritius souligne qu’elle opère dans un marché concurrentiel. La compagnie nationale d’aviation ne transporte que 58 % des passagers débarquant à Plaisance. Les autres transporteurs peuvent donc augmenter leur capacité s’ils estiment qu’il existe une demande. La compagnie mauricienne affirme que sa flotte actuelle peut lui permettre d’augmenter sa capacité et le nombre de vols. Il suffit d’un redéploiement des avions.
“Maurice a des accords bilatéraux avec 30 pays, dont neuf européens mais les transporteurs de ces pays ne desservent pas Maurice car cette route n’est pas rentable”, ajoute un haut cadre d’Air Mauritius.
Arnaud Martin, le président de l’Ahrim, n’a pas voulu commenter les réactions d’Air Mauritius et de l’Etat sur le rapport DCDM. En attendant, son association est de nouveau secouée et se retrouve esseulée face à ses partenaires de l’industrie.
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