Publicité
Essai prometteur de réconcilier art et idéologie
Par
Partager cet article
Essai prometteur de réconcilier art et idéologie
À première vue, l?exposition de peintures et de sculptures, se déroulant, mais jusqu?à demain après-midi seulement, au siège social de LPT, à Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO), à côté du garage Balla, offre quelques similitudes avec n?importe quelle autre exposition-vente analogue, en raison de son élégant étalage d??uvres artistiques accrochées aux cimaises d?une vaste salle, à l?étage, et de la présentation de quatre ?uvres sculpturales au milieu de la salle.
Les exposants ont toutefois dû se plier au thème éminemment idéologique de la manifestation : « Artis-tes pour la Liberté, contre la répression ». Nous ne pouvons que les féliciter d?avoir su imposer à leurs crayons, pinceaux, couteaux, les contraintes d?un thème aussi politique.
Les prix, affichés au catalogue des ?uvres ainsi exposées, accentuent cette ressemblance plutôt bourgeoise. Honni soit qui mal y pense car il ne faudrait que l?art, parce qu?associé à une idéologie, privilégiant les classes laborieuses et opprimées, soit condamné à se pratiquer au rabais.
Voyons les ?uvres exposées dont certaines signées par quelques-uns de nos artistes les plus talentueux et les plus appréciés par nos amateurs de Beaux-Arts. L??il du visiteur, comme celui du connaisseur en matière d?expression artistique, est d?emblée attiré par une ?uvre-affiche où la richesse du symbolisme se dispute à la sobriété talentueuse de l?artiste, Vijay Maroothynadan. Il peint excellemment un ciel spatial, après avoir mis au point un bleu autant foncé que profond, virant à bon escient au violet. La densité obtenue est d?autant manifeste que ce ciel remplit pratiquement tout l?espace disponible. On finit toutefois par apercevoir un globe tout déformé, en raison d?incessantes explosions sociales, les unes plus meurtrières et inhumaines que les autres. C?est notre planète où l?Homme est un loup pour les autres hommes. De quoi sombrer dans le pessimisme le plus total, d?autant plus que surmonte ce qui reste de notre planète, Terre, une sorte de plaie sanglante, une écorchure teintée de rouge flamboyant. Une flamme la transcende. Le sacrifice, ainsi assumé, la consécration à l?amélioration de nos vies humaines, devient Lumière éclairant le Monde. La Passion illumine et sauve notre monde en le retirant de l?obscurité. Ce chef-d??uvre devient une vraie icône (Véronique) de la Résurrection. La toile devient inspirée.
Autant de réussite chez Nalini Treebo-bhun qui limite sa ville aux barreaux d?une cellule. Le visage d?un détenu se fige derrière ces entraves. Le regard se fait lourd d?interrogations. Une silhouette d?évasion se profile dans un coin. La pensée devient évasive. Le corps demeure en prison mais l?esprit est déjà loin. On ne bride pas l?imagination. On n?enchaîne pas le rêve. Il devient résistance intérieure. Il se mue en militance. Il se met au service de plus malheureux que soi. Il vainc la tentative d?enchaînement.
Neermala Luckeenarain choisit le style de l?estampe japonaise. Le parchemin de qualité est même pressé en relief pour être davantage valorisé. La masse sombre au centre déroute. Une guirlande de fils barbelés, que d?autres appellent couronne d?épines, l?entoure, le cerne, l?emprisonne. Des silhouettes humaines s?en détachent pourtant, nous fournissant le message que l?Homme doit toujours conquérir sa liberté et ne jamais transiger quand il s?agit de sa conscience et de ses droits les plus sacrés.
Le symbolisme de Reshma Luchoomun est moins évident. La technique compense la part d?incompréhension. L?utilisation d?une gaze, collée à la toile, accentue l?allure légère et éthérée des masses colorées. On devine des silhouettes humaines émergeant d?un sol de jade. Les formes humaines sont évanescentes à souhait.
Krishna Luchoomun est plus heureux avec un cadavre, entouré de linceul et de fil barbelé, accroché au bois de ce qui peut être une croix. Une croix qui peut être l?autel d?un sacrifice, plaisant et agréable à qui de droit et permettant le salut de l?humanité, la réconciliation entre les hommes, une confraternité acceptée mutuellement. Mais que ce linceul blanc rappelle le Ku Klux Klan, honni par tous sauf par les racistes et autres sécessionnistes du sud des Etats-Unis d?Amérique.
Patrice Offman nous offre un cierge quadricolore, aux couleurs mauriciennes, illuminant notre société, en distillant le rappel des droits universels et inaliénables de l?Homme : droit de pensée, droit de conscience et de croyance, liberté religieuse à titre personnel ou collectif, droit de conversion, etc. Faut avoir de bons yeux pour accéder au message sacré. Comme il faut en avoir pour oser voir que les droits de l?homme sont bafoués autour de nous, devant notre porte, sur notre lieu de travail, dans notre quartier.
L?âme d?une communauté
La balance d?Anabelle Choureemootoo est admirablement peinte. Le fond hésite élégamment entre les tons bleuâtres et verdâtres. Les plumes d?oiseau collées à la toile soulignent l?insoutenable légèreté de l?être. Appel à la grâce pour échapper à toute pesanteur. Le sculpteur Jean Lewis Dick se lance dans le figuratif mais sublimé. Un policier tient Kaya à la gorge à l?aide de son bâton la reine. Le chanteur est à l?article de la mort. Le policier à visage d?enfant de ch?ur. Il semble même inconscient du fait qu?il est en train d?assassiner un musicien inspiré, l?âme d?une communauté. Le policier semble posséder l?innocence de l?enfant étranglant un chaton parce qu?il est incapable de prendre conscience de la force animant ses doigts, de la force que confèrent abusivement un uniforme et des pouvoirs policiers.
La place fait ici défaut pour dire tout le bien qu?il faut penser des ?uvres de Mamod Issah Lalloo, Khalid Nazroo, Jocelyn Louise, Dhyaneswar Dausoa, Mirella Motet, Ashwinee Appadoo-Ramasamy, Reena Noursai, Ouma Appadu, Dinesh Munsah, Ram Yenkadu, Kishan Kumar Sookarah, Aly Mardabux et Manoj Seeruttun. Ils ont droit à notre appréciation et à nos félicitations tout comme les promoteurs et organisateurs de cette manifestation.
L?exposition du LPT est, sinon pleinement réussie, du moins largement prometteuse. Mais comme on aurait souhaité la savoir pouvoir quitter le huis-clos de GRNO afin que son message à la fois artistique et idéologique, devienne accessible à tous. Si Vasant Bunwaree croit dans l?émancipation des classes laborieuses, il se doit de prendre contact avec LPT pour négocier une plus grande diffusion de l?exposition Artis pur la liberté kont represyon.
Publicité
Publicité
Les plus récents