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Erreurs médicales, désarrois ignorés

26 avril 2008, 20:00

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Des détresses enfouies, mais qui chaque année émergent. Quatre familles attendent depuis plusieurs années que justice leur soit rendue, ou de connaître la vérité sur le décès d?un de leurs proches qu?elles attribuent à une erreur médicale.

Ces familles souffrent d?un même sentiment d?abandon. Jean-François Sevathian a perdu sa s?ur, Helena Harel, le 12 mars 2004, à la suite d?une césarienne pratiquée en urgence à l?hôpital Victoria. La vérité lui a été distillée après plusieurs mois d?acharnement auprès des autorités concernées. « Aujourd?hui, après avoir rassemblé toutes les pièces du puzzle, nous savons ce qui a entraîné la mort de ma s?ur. Nous avons été maintes fois découragés à aller de l?avant.

Mais nous n?abandonnerons pas tant que le coupable ne sera pas puni », lâche Jean François.

Lorsqu?en février 2005, il apprend que le Medical Council (MC) a terminé son enquête, Jean-François veut en savoir plus sur la mort de sa s?ur. Mais il se heurte à un mur. Ce n?est qu?après une manifestation qu?on lui avouera que « certaines choses n?ont pas été faites » pour Helena. Il mène alors sa propre enquête pour connaître les dessous de l?affaire.

La jeune femme présentait des complications. Le placenta recouvrait le col de l?utérus. C?est ce qu?on appelle un placenta praevia, qui rend un accouchement par les voies normales impossible. Il s?agit là d?une anomalie décelable à l?échographie au cinquième mois de grossesse, et qui amène souvent le médecin à programmer une césarienne. Or, ladite anomalie n?a été décelée que le jour de l?accouchement d?Helena, après un ur-gent ultra sound scan. Et la césarienne a été pratiquée, selon les dires de la famille, par un généraliste inexpérimenté.

Le manque de compassion

Quatre ans plus tard, les proches de Helena Harel ne perdent pas espoir de voir la lumière au bout du tunnel.

« L?enquête du Medical Council a été bouclée et l?affaire référée au Medical Discipli-nary Tribunal. Mais nous attendons tou-jours que le ou les coupables soient sanctionnés. » Un dernier combat se profile à l?horizon : la famille envisage des poursuites pour réclamer des dommages au ministère de la Santé.

Autre cas, celui de Mary-Joyce Botte, qui perd son bébé à son sixième mois de sa grossesse en 2004. Une plainte pour négligence médicale sera déposée, mais Mary-Joyce n?en verra pas la conclusion. Elle avouera avoir retiré sa plainte « parski pran tro létan ». Le désir de tourner la page a sans doute pesé dans la balance.

Mais cela ne l?empêche pas de revenir sur ces malheureux événements. C?est une hypertension non traitée qui a causé, selon elle, la perte de son enfant. Ce qui explique la baisse de vue dont elle s?est plainte à une proche venue à l?hôpital. Souffrant d?une crise d?éclampsie (crise convulsive, souvent suivie de coma, frappant les femmes enceintes NdlR), elle a dû accoucher par césarienne. N?étant pas arrivé à terme, l?enfant n?a pas survécu. La jeune femme émergera du coma après cinq jours.

Le manque de compassion et de sensibilité à la détresse des familles en-deuillées est aussi souligné. Les Mootoo-samy ont dû, malgré la réponse jugée insatisfaisante du MC, faire le deuil de leur fils Michaël. Ce dernier souffrait d?une tumeur au poumon. Mais à deux reprises, son opération sera renvoyée. Il ne passera pas au bloc opératoire à temps et décédera en laissant derrière lui une veuve et deux enfants.

Sa mère, Marlène, n?en revient toujours pas de la conclusion de l?enquête du MC. « Ils ont dit que sa maladie était si grave qu?il allait mourir de toute façon. » Une manière déguisée de se disculper?

C?était il y a deux ans. Depuis, les Mootoosamy ont accepté leur sort, certes avec amertume et une méfiance pour les praticiens. « Nous avons eu vent que cela se passerait entre médecins. Qu?il existerait une solidarité et que chacun couvrirait son collègue quand des problèmes surgissent », déclarent-ils. Ils ne sauront jamais si leur fils aurait pu être sauvé s?il avait été opéré à temps.

Connaître la vérité

Une autre vie anéantie par une erreur médicale alléguée, c?est celle de Joyce Constant. Le 19 juin 2004, le pouls de son bébé est anormalement bas. Ce n?est pas pour autant qu?elle sera opérée immédiatement. Son bébé mourra in utero et ne lui sera enlevé que 12 heures plus tard.

Une chose entraînant une autre, le médecin devra lui faire subir une ablation de l?utérus à cause d?une hémorragie. « Cette affaire a détruit Joyce », racon-te son père, qui souligne que Joyce tente de refaire sa vie loin de Maurice. Les conclusions de l?enquête l?ont encou-ragée à poursuivre l?hôpital pour négligence médicale.

Et ce n?est pas une mince affaire de chercher à connaître la vérité. Pourtant, en 2007, des amendements avaient été apportés au MC Act. Il était question que les procédures visant à sanctionner les médecins trouvés coupables d?erreur médicale soient simplifiées.

La Public Service Commission (PSC) aurait délégué une partie de ses pouvoirs au MC, ce qui permettrait ainsi à cette instance d?informer la PSC et d?envoyer directement le dossier au Disciplinary Tribunal si l?enquête révélait des preuves accablantes contre un médecin.

Mais ces pouvoirs n?ont pas encore été délégués au MC, qui a écrit au ministère de la Santé pour l?obtenir. « Selon nos informations, le ministère de la Santé y travaille. Mais le Conseil n?est pas encore au courant des modalités de cette délégation de pouvoirs », souligne le Registrar du MC, le Dr Keshaw Deepchand.

Il faut toutefois souligner que beaucoup de médecins militent pour une approche plus humaine de ces drames. « Ces familles ont l?impression de faire face à une forteresse lorsqu?elles veulent des réponses. Ce n?est pas normal qu?elles doivent batailler pour connaître la vérité », conclut un médecin de la santé publique.

LE « MEDICAL COUNCIL » SANCTIONNE?

■ Le cas de cet anesthésiste a été référé au Medical Disciplinary Tribunal pour être entendu. Il s?avère qu?il a été négligent en anesthésiant un malade qui est mort pendant une opération.

■ Un chirurgien a gardé un patient blessé à la tête en observation sans mêmechercher à savoir ce qui s?était passé. Il n?a pu arriver à un diagnostic concluant. Le patient est décédé.

■ Un ophtalmologue qui avait appliqué un médicament de photocoagulation à l??il d?un patient l?aurait rendu borgne.

■ Durant l?épidémie de chikungunya un malade a été vu à trois reprises à l?hôpital par deux médecins. À sa quatrième visite à l?hôpital, il est décédé. L?autopsie a conclu qu?il est mort d?une acute suppurative broncho-pneumonia.

■ Un ophtalmologue a omis de dire à un malade qu?il avait opéré d?une cataracte, qu?une complication est survenue. Le malade a quitté l?hôpital sans le savoir.

■ Et que dire de ce praticien qui délivre un certificat de décès avec la cause de la mort écrite en abréviation : DM pour Diabetes Mellitus, IHD pour Ischaemic Heart Disease.

■ Un généraliste et un cardiologue ont été sanctionnés pour négligence. Ils ont été reconnus fautifs dans la prise en charge d?un patient après l?avoir opéré d?une artère coronaire dans une clinique privée.

■ Un autre médecin a été trouvé coupable et condamné par une cour de justice pour possession d?héroïne.

■ Enfin, un praticien a été sanctionné pour avoir délivré un certificat médical illisible.

QUESTIONS AU DR KESHAW DEEPCHAND, « REGISTRAR » DU « MEDICAL COUNCIL »

« Le conseil peut donner un avertissement sévère »

Quel est le nombre de cas de négligences médicales alléguées rapportés au « Medical Council » depuis 2006 ?

De novembre 2006 à novembre 2007, le Medical Council (MC) a enquêté sur environ 60 plaintes. Des recommandations ont été soumises au Conseil de l?Or-dre des médecins pour des délibérations et des décisions à prendre. Bon nombre de ces cas ont dû être rejetés, car il n?y avait pas de preuves concluantes de né-gligence médicale, de faute professionnelle ou de violation du code d?éthique.

Quelle est la sanction pour le médecin trouvé coupable d?avoir causé la mort d?un patient ?

L?article xiii (1) du MC Act donne le pouvoir au MC d?enquêter. Un Inves-tigation Committee comprenant des membres du conseil est constitué pour mener des investigations. Après l?enquête, le comité transmet son rapport au conseil qui décidera s?il y a eu négligence. Le conseil peut ensuite décider de rejeter le cas ou de sanctionner le praticien.

Ainsi, le conseil peut donner un avertissement ou un avertissement sévère au médecin ou référer l?affaire au Medical Disciplinary Tribunal. Dans ce cas, les charges sont constituées et l?affaire est référée au Tribunal. Ce dernier entend l?affaire et remet son rapport au MC.

Si les charges sont avérées, le conseil sanctionne le médecin. Ce dernier peut s?attendre à un avertissement ou un avertissement sévère, à une réprimande, une suspension pour une période n?excédant pas 12 mois, ou la radiation de l?ordre des médecins.

Quels sont les facteurs qui mènent à une erreur médicale ?

Il y en a plusieurs. D?abord un man-que de communication entre le médecin et le personnel paramédical et vice-versa. Nous notons aussi une incapacité du praticien à consacrer suffisamment de temps à la consultation du malade à cause du grand nombre de patients qu?il doit examiner.

Sans parler de la fatigue et du manque de concentration. Des études ont conclu que ces facteurs contribuent à des erreurs de diagnostic et de traitement. Le manque d?expérience et l?absence de protocoles pour diverses pa-thologies sont aussi pointés du doigt.

Il faut également souligner que le man-que d?infirmiers peut être fatal. Il y a alors une absence de suivi du ma-lade et un retard dans l?exécution des directives du médecin.

Quelle est la part de responsabilité des malades ou de leur famille, dans l?erreur de diagnostic ? Est-il possible qu?ils puissent omettre (ou refuser) de dire au médecin un fait important sur le malade et que cela ait pu induire en erreur médicale ?

Ces possibilités existent. Par exem-ple, les proches d?un malade peuvent cacher que la personne est tombée et qu?elle a été blessée à la tête, pensant que cette information est sans intérêt. Pourtant, cela aurait pu aider le médecin à faire un diagnostic.

Le passé médical du malade pour ce qui est des allergies à certains médicaments, des problèmes antérieurs ou des complications post-opératoires non révélés au praticien peuvent résulter en un traitement inapproprié.

Un médecin informé en vaut deux. Omettre de lui parler d?une précéden-te visite ou d?un autre traitement peut entraîner des interactions médicamenteuses.

La controverse sur le cursus de huit médecins formés en ex-Union soviétique avait relancé le débat sur la nécessité de tenir des examens pour désigner les médecins aptes à exercer. Où en êtes-vous de ce projet ?

Le Medical Council Act de 1999 a été amendé en 2002. Un certain nombre d?amendements ont été faits pour les sections traitant les pouvoirs d?évaluation du MC. Ces pouvoirs ont été enlevés du MC Act. Ils donnaient la possibilité au MC de s?assurer qu?une personne voulant s?inscrire comme généraliste ou spécialiste ait les connaissances nécessaires.

Les spécialistes devaient se soumettre à une formation pratique d?un an au moins avant d?être inscrits. Mais le MC n?a plus ces pouvoirs. Le conseil insiste que ces prérogatives lui soient conférées de nouveau. Mais nous se-rons vigilants sur tout nouveau médecin. Nous souhaitons que les amendements soient apportés au plus tôt, dans l?intérêt du public.

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