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Epidémies animales : Des inquiétudes fondées
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Epidémies animales : Des inquiétudes fondées
Equivalents pour l?animal de nos épidémies, les épizooties n?ont pas manqué au cours de ces derniers mois. Fièvre aphteuse, fièvre catarrhale ovine (FCO ou maladie de la langue bleue), peste porcine, sans oublier l?interminable feuilleton de la grippe aviaire, les nouvelles flambées en Europe et ailleurs n?ont pas cessé. Assiste-t-on à une recrudescence de ces maladies, ou bien l?attention qui leur est portée est-elle seulement le signe d?un intérêt croissant pour un phénomène ancien ?
Il y a un effet de loupe évident, estime Marc Eloit, directeur de l?unité mixte de virologie à l?Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) en France, car le nombre de véritables épizooties ne s?est pas accru en un siècle. En outre, en identifiant des épizooties émergentes ou en devenir, comme la grippe aviaire, on se focalise sur des événements que l?on ne voyait pas auparavant.
Si les flambées épizootiques sont davantage médiatisées, c?est parce que le risque s?est accru de voir des agents infectieux franchir la barrière d?espèce et infecter l?espèce humaine. La maladie animale se transforme alors en ?zoonose? : c?est ce qui s?est passé pour la maladie de la vache folle.
?Plusieurs phénomènes favorisent les épizooties?, résume Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de l?Organisation mondiale de la santé animale : les maladies émergentes ou réémergentes, les cas de franchissement de la barrière
d?espèce, l?accroissement démographique humain et animal, les modifications de l?écosystème dues au changement climatique, ou encore les évolutions des habitudes alimentaires. Les animaux de compagnie exotiques, actuellement en vogue, sont aussi de nouveaux vecteurs de ces maladies.
?Comme en pathologie humaine, nous constatons une élévation de l?antibiorésistance, liée à la prescription d?antibiotiques aux animaux?, remarque Jean-Luc Angot. Du fait de la mondialisation, le risque infectieux concerne de plus en plus d?espèces. ?Au cours des vingt dernières années, 30 nouvelles maladies infectieuses humaines sont apparues, dont 75 % sont transmises de l?animal à l?homme?, cite Jean-Luc Angot.
L?inquiétude du public
Pour sa part, Marc Eloit souligne le lien fréquent entre les épizooties actuelles et les activités humaines, notamment le développement des échanges internationaux. Il cite comme exemple la souche du virus West Nile (fièvre du Nil) aux Etats-Unis, qui est moyen-orientale, et est vraisemblablement arrivée à la faveur d?un transport aérien.
Le souvenir des grandes épidémies passées s?est parfois estompé. ?Dans les années 1960, on dénombrait chaque année, en France, entre 600 000 et 300 000 foyers de fièvre aphteuse. C?était une maladie installée, qui a disparu avec la vaccination?, rappelle Marc Eloit. Le virologue cite également l?exemple de la peste équine, très présente en Afrique, qui ?a débarqué en Espagne en 1987 et y a persisté jusqu?en 1990, puis a disparu grâce aux mesures prises. De même, la rage, qui avait disparu d?Europe avec les loups au début du XXe siècle, est réapparue à la frontière russo-polonaise, puis s?est étendue vers l?ouest. Elle est passée d?Allemagne en France en 1968. Depuis, on a recensé 50 000 cas dans notre pays avant son éradication grâce à la vaccination d?un nouvel hôte, le renard.?
L?attention des médias et l?inquiétude du public ne sont pas sans fondement scientifique. ?Les animaux constituent un réservoir de plus en plus important pour des maladies humaines?, insiste Jean-Luc Angot. L?épizootie de grippe aviaire et la menace de pandémie grippale qu?elle entraîne le montrent : la meilleure manière de prévenir un nombre très élevé de décès humains consiste à agir en matière de santé animale.
Depuis l?épisode du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003, la Chine s?efforce d?être plus transparente. Toutefois les experts en santé animale ont un regard critique sur l?Indonésie, très touchée par la grippe aviaire, mais qui n?a pas pris le problème à bras-le-corps et pèche par manque de coordination dans l?action contre le virus, ou encore sur le Nigeria, par le biais duquel le virus grippal H5N1 a pris pied sur le continent africain.
?Les attitudes évoluent dans le sens d?une meilleure surveillance par les services vétérinaires et d?une plus grande collaboration avec les professionnels de la santé humaine. Mais il y a encore des différences culturelles Il faut une surveillance et une détection précoces. Il faut aussi impliquer les éleveurs. Cela suppose un système de compensations financières pour les pertes occasionnées?, insiste Jean-Luc Angot. Dans l?idéal, la surveillance vétérinaire devrait inclure les animaux sauvages, et pas seulement les animaux domestiques.
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