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Entre rhétorique et réalités
Madagascar veut être le grenier de l?île Maurice. Voilà une rhétorique qui sonne familier. Cela fait au moins deux ans que le président malgache Marc Ravalomanana évoque l?idée. La Chambre d?agriculture de Maurice en parle depuis encore plus longtemps. Mais aujourd?hui pas plus qu?hier, ce concept n?est prêt à se concrétiser. Et ce, quel que soit le nombre d?accords de coopération bilatérale que les deux pays ont pu signer !
Les gouvernements malgache et mauricien ont justement signé trois accords de coopération cette semaine. C?était même le clou de la visite dans l?île d?une délégation de haut niveau, dirigée par le président Ravalomanana. Les accords portent sur la collaboration technique dans le domaine agricole, la facilitation des échanges commerciaux et la lutte contre le trafic de drogue.
Mais c?est surtout l?agriculture malgache que la délégation a essayé de vendre durant cette mission. Les Malgaches proposent aux Mauriciens de les aider à développer leur capacité productive. Ils veulent aussi exporter leurs produits vers Maurice. Pour les convaincre, le gouvernement Ravalomanana parle des dispositions prises pour rendre la terre enfin plus accessible. Même si, pour l?heure, celles-ci concernent davantage le développement touristique qu?agricole.
La culture malgache rend la terre particulièrement inaccessible aux étrangers. L?initiative du gouvernement malgache a donc de quoi rassurer les entrepreneurs mauriciens. Néanmoins, ceux-ci ne se bousculeront pas pour aller cultiver grains, légumes et fruits à Madagascar.
Ce n?est pas l?intérêt qui leur manque. Produire sur la Grande île contribuerait à faire baisser la note d?importation mauricienne d?aliments, tant pour la consommation directe que pour faire tourner les entreprises agro-alimentaires.
Si l?on en est là, c?est que les entrepreneurs mauriciens se sont brûlés les doigts plus d?une fois à Madagascar. Jean-Cyril Monty, responsable du dossier de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture, connaît bien les contraintes d?investissement dans la Grande île.
« Les Mauriciens sont au Mozambique, en Tanzanie, en Côte d?Ivoire, mais pas à Madagascar qui est juste à côté et où nous prospectons depuis des années. Il y a une raison à cela. La réalité est hélas très différente des beaux discours des politiciens. La terre est certes disponible en abondance. Cependant, elle est inaccessible en raison d?une administration lourde et des infrastructures inexistantes », avance Jean-Cyril Monty.
Les terres tombent sous la juridiction d?au moins trois autorités distinctes : le ministère de l?Agriculture, celui des Terres et les communes. L?investisseur préférerait avoir une seule porte à frapper pour des questions relatives à ce sujet.
Il aimerait également disposer de support logistique et d?infrastructures adéquates pour accéder aux régions agricoles et pour exporter les produits. Un réseau routier digne de ce nom et un port moderne favorisant le transit rapide de produits agricoles hautement périssables sont le minimum demandé.
Par ailleurs, le secteur agricole n?est pas structuré, ce qui ne contribue pas au développement de l?exportation. Il existe peu d?exploitations industrielles et l?accès au financement pour développer une entreprise agricole est difficile. Les Malgaches sont en retard sur les pratiques culturales.
« Madagascar doit d?abord mettre de l?ordre dans ses affaires. Alors, les entrepreneurs mauriciens pourront s?embarquer dans un vrai partenariat avec les Malgaches et ensembles, ils pourraient viser le marché européen », conclut Jean-Cyril Monty.
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