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Entre chiens et chats

13 juin 2004, 20:00

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On dit d?un homme dont la barbe est grise et les cheveux noirs que la mâchoire travaille plus que le cerveau. Chez les animaux consommateurs de chair rien ne trahit que la mandibule est plus active que les cellules grises. Mais la dissection montre que des muscles puissants l?actionnent pour rendre plus efficaces les crocs.

L?assemblage d?espèces carnassières est dominé par deux groupes : chats et proches ainsi que chiens et cousins. Selon le folklore chat et chien ne s?entendent guère, mais l?ami des animaux sait que chez lui les deux font bon ménage.

Lequel choisir pour commencer ? Comment décider entre minou et milou ? Une note de tristesse, le petit chat est mort, figurant dans divers textes, dont une chanson de Renaud, nous fait pencher pour les félins. Ils réunissent une quarantaine d?espèces, dont la plus impressionnante, selon les fables, serait le lion, roi des animaux.

Grands et petits félins partagent plusieurs traits. Leurs yeux sont très sensibles. Ils voient six fois mieux que nous. A cause d?une couche logée derrière la rétine qui reflète la lumière ayant traversé cette surface détectrice sans l?influencer. Mais les rayons renvoyés ne sont pas tous captés et quelques-uns s?échappent par la pupille. Ils font luire les yeux dans l?obscurité.

Les félins portent aussi des griffes rétractiles, ce qui permet au matou de faire patte de velours et au tigre de marcher sans bruit lors de la chasse. Encore un atout est la langue râpeuse. La lime de minet n?est pas évidente mais le tigre peut enlever la chair des os de sa proie. En rugissant occasionnellement mais pas en ronronnant comme l?animal de compagnie.

Le petit chat encore vivant est caressant. Il s?insinue donc dans la maison mais, assez indépendant, peut préférer sa liberté. Tel est le chat de gouttière. Tel est aussi le haret devenu complètement sauvage, comme on le voit chez nous. Cet amour de liberté existe depuis longtemps, comme le témoigne la vieille berceuse si baba pa fer dodo sat maron va nana li. D?où vient notre association avec Felis catus ? Elle se développa il y a quelque 7 000 ans chez les Egyptiens, probablement à partir d?un chat sauvage africain. La collaboration coïncida avec le passage de la vie nomade à la plus séduisante sédentarisation.

De l?Egypte à nos jours

L?agriculture attira des rongeurs qui tentèrent des chats. On n?était pas encore au stade de ?tas de riz tenta tas de rats? mais, même en groupuscules, les pique-assiette attirèrent suffisamment les félins. Ils devinrent graduellement sacrés pour les Egyptiens. En Europe bien qu?existant au IXe siècle, les chats n?étaient pas encore au XVe les minous familiers. On se fiait à divers autres petits carnassiers pour détruire la vermine. Et on brûlait parfois les matous comme sorcières à la Saint-Jean.

L?élevage a créé diverses races félines et les connaisseurs sont fiers de leurs siamois, persans ou autres chinchillas. Une forme curieuse, dépourvue de queue est celle de l?île de Mann et de diverses autres régions.

Les chats ne sont pas seulement animaux de compagnie mais figurent aussi dans les cours de génétique au lycée. Par exemple, pour divers aspects du poil. Nous nous contenterons de la couleur. Les taches noires du pelage sont dues à un gène logé sur un bâtonnet héréditaire (chromosome) dit X. Celui des taches orange est logé sur un autre X.

La femelle porte deux bâtonnets X, le mâle un seul. Donc, seules des femelles peuvent réunir dans le pelage les deux taches sur fond blanc.

Le langage à son tour s?enrichit de fables comme Le chat, la belette et le petit lapin. Plus modestes sont des expressions : ?Jouer au chat et à la souris? ou ?Chat échaudé craint l?eau froide?. Nous préférons enn foa mem sat boir dilo so.

Si pour Renaud le petit chat est mort, pour Henri Salvador, c?est plutôt le lion qui l?est. Mais ne nous laissons pas tenter par le charme de la chanson. Vivant longtemps en Asie et en Afrique, le lion était même connu dans la Grèce des temps classiques. Sa distribution contemporaine est maintenant étalée devant le téléspectateur qui l?admire dans la savane.

Le roi des animaux, très conscient de sa majesté, laisse la corvée de la chasse à ses compagnes. Ce qui l?aurait fait un peu gigolo s?il n?y avait, dans notre monde, des princes consorts. On peut donc continuer sans gêne à parler de la part du lion, de Richard C?ur de Lion et de Belfort, en France, où il symbolise dans le roc la résistance de la ville au XIXe siècle.

Terminons avec la légende d?Androclès. Cet esclave tira une épine de la patte d?un lion et fut reconnu plus tard par le félin quand les Romains le jetèrent dans l?arène. Bernard Shaw en a fait une pièce satirique.

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