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Enquête sur les FRAUDEURS
L?île Maurice demeure une destination de choix prisée des touristes. Des 907 000 visiteurs qu?a reçus le pays en 2007, environ 20 % vont dans des campements et villas, qui aussi surprenant que cela puisse paraître, ne disposent d?aucune licence d?opération. En plus de travailler au noir, les conditions de certains de ces campements peuvent laisser à désirer. Ajouté au fait qu?ils ne déclarent aucun des revenus provenant de leurs activités de location aux autorités fiscales, les propriétaires de ces campements se trouvent être des véritables resquilleurs.
En effet, le loyer payé par les touristes pour ces campements représenterait des dizaines de millions de roupies de manque à gagner pour le fisc. Afin d?y mettre bon ordre et de formaliser ce secteur d?activités, les autorités ont décidé de passer à l?action.
En effet, l?année 2008 sera fort probablement celle de la chasse aux bungalows et aux villas qui travaillent au noir. À en croire les autorités, il n?y aura pas de répit, car il y va de la sécurité des touristes et de l?image de marque de la destination. Selon les indications, c?est dans ces lieux, que d?aucuns appellent « campements illégaux », que résident 75 % des touristes qui disent avoir été victimes de vol et d?autres petits larcins.
Beaucoup des touristes se trouvent piégés par ignorance et par manque de sensibilisation. Le dernier cas de vol recensé au début du mois de janvier accrédite cette thèse de lieu non sécurisé : un appartement loué à des touristes britanniques et qui a été cambriolé n?avait ni été enregistré auprès de la Tourism Authority et n?avait pas plus de cahier de charges pour garantir la sécurité des touristes. Il est plutôt rare qu?un visiteur résidant dans un hôtel cinq-étoiles ou une résidence proprement déclarée auprès des autorités se fasse détrousser.
Et Internet a contribué à l?écheveau, car il est devenu le lieu de prédilection des annonces publicitaires de nombre de ces campements hors-la-loi. Pour s?en convaincre, il suffit de faire une recherche sur le moteur Google avec ces deux mots-clés : bungalows et île Maurice. Un labyrinthe de 332 000 liens Internet est proposé. Bien de ces publicités seraient mensongères, car ce qui est proposé sur le Web ne correspondrait pas à la réalité.
Les autorités veillent au grain
Selon un opérateur, nombre de ces sites existant sur le Net et proposant des locations à Maurice seraient en fait l??uvre de Mauriciens établis à l?étranger et qui toucheraient en retour des commissions une fois qu?un touriste choisit de louer la résidence proposée.
Cependant, les autorités veillent au grain. « Il y a une équipe de veille en place et nous traquons les propriétaires de bungalows qui font des annonces sur Internet et dans des journaux étrangers. Sur les derniers six mois, une centaine de bungalows qui opéraient sans permis ont été visités par les officiers de la Tourism Authority et la police du Tourisme », souligne Joël Rault, directeur de la Tourism Authority. Mais au-delà des services Internet, « ces bungalows opérant dans l?illégalité attirent la clientèle par le bouche-à-oreille ou à travers des taxis par exemple », explique-t-il.
Au niveau de la Mauritius Revenue Authority (MRA), la stratégie de traque des campements frauduleux a déjà été élaborée. « Les bungalows qui ne sont pas enregistrés et qui se livrent à l?évasion fiscale seront traqués. Il y a déjà des enquêtes qui sont en cours. Ceux qui ne sont pas règle vont être sanctionnés, mais à ce stade je ne peux pas quantifier le montant de ces évasions », confie Champa Gunnoo, directrice du département des enquêtes à la MRA.
De son côté, Joël Rault explique qu?il « est difficile d?arriver à un chiffre concernant l?évasion fiscale dans le cas des campements car cela dépend de la saison. Il y a des saisons hautes, comme en décembre, où il y a davantage de bungalows remplis. »
Qu?en pensent les propriétaires de campements ? Jean-Paul, qui possède un campement dans le Nord de l?île, ne voit pas d?un très bon ?il cette « chasse aux sorcières » initiée par la MRA. « J?ai du mal à comprendre où ils veulent en venir. L?État a déjà introduit une taxe sur les campements et maintenant, il faudra aussi payer une taxe sur les revenus issus de la location. On veut nous saigner à blanc », tempête ce cadre d?une institution financière qui affirme louer son campement cinq mois par an. Et d?ajouter : « L?argent de la location me sert exclusivement à entretenir l?habitation. Il ne faut pas croire que l?on gagne des fortunes en la louant avec des touristes. »
« On reste une destination sûre »
Et quand on lui demande combien il loue son campement avec piscine et jacuzzi, il lâche après quelques moments d?hésitation : 400 euros par jour, soit environ Rs 16 000. La location de sa résidence secondaire lui permet au final d?amasser un pactole annuel d?un peu plus de Rs 2 millions. Or, l?argent qu?il devrait normalement reverser à la MRA s?élève à un peu plus de Rs 300 000. Malheureusement pour l?État, il n?a, jusqu?à présent, jamais bénéficié de cet argent.
Claude, un entrepreneur d?une quarantaine d?années, même s?il reconnaît la nécessité de garantir une meilleure sécurité pour les touristes, n?approuve pas le fait que le gouvernement prélève une taxe sur les propriétaires de résidences secondaires. « Si les autorités veulent des taxes, qu?elles la prélèvent sur ceux qui possèdent de nombreux campements et dont la location est l?activité principale », déclare-t-il.
Son campement, soutient-il, est équipé de caméras de sécurité et d?un système d?alarme pour lequel il s?acquitte d?un abonnement mensuel. « J?ai investi de l?argent pour offrir aux vacanciers un endroit agréable et sûr où loger et je trouve injuste que d?autres se fassent de l?argent sur mon dos », lance-t-il.
La campagne menée par le ministère du Tourisme et la Tourism Authority pour inciter les propriétaires de campements à se faire enregistrer n?est pas passée inaperçue. Et l?enregistrement comporte de nombreux avantages et bénéfices. « Être enregistré permet de faire de la publicité ouvertement (autour du concept de bungalow agréé par la Tourism Authority avec tel numéro de licence). Par ailleurs, le propriétaire du bungalow peut commercialiser sa location sur les brochures de la Mauritius Tourism Promotion Authority et participer aux foires. Choses qu?on ne peut pas faire lorsqu?on n?a pas de statut officiel », soutient Joël Rault.
Si 80 % des vols contre les touristes se passent dans les « bungalows marron », au-delà des statistiques, il y a le risque que les touristes en conservent une mauvaise expérience et que cela ternisse l?image de la destination. À l?exemple de M. C (touriste française) qui raconte volontiers avec des trémolos dans la voix : « J?ai été victime d?un vol en 2006. C?était une expérience traumatisante. La première nuit de mon arrivée à mon bungalow on m?avait tout volé, argent, carte téléphonique, carte bancaire et ordinateur. C?était à Flic-en-Flac. J?ai rapporté mon cas à la police, mais je n?ai jamais récupéré mes affaires. »
Bien qu?elle ait choisi de revenir à Maurice pour ses vacances, elle concède : « Désormais, je me tiens toujours sur mes gardes. Si la fenêtre est ouverte, les cambrioleurs peuvent facilement prendre des bâtons et les utiliser comme des cannes à pêche pour voler des objets qui se trouvent à l?intérieur du bungalow. C?est vrai qu?on n?est pas tranquille donc, je fais toujours attention. »
Toutefois, Joël Rault tempère : « Il n?y a pas plus de délits que d?habitude. On reste une destination sûre. Sur 100 000 touristes en décembre, on a répertorié 96 délits. Un délit est toujours un délit de trop, mais les statistiques sont favorables. »
Par ailleurs, dans un communiqué du ministère du Tourisme, on peut lire qu?un « comité de sécurité a déjà arrêté une liste de mesures qui entreront en vigueur au moment du renouvellement des licences auprès de la Tourism Authority, le 1er juillet prochain. Ainsi, pour les résidences touristiques, elles comprennent l?installation de caméras de surveillance et d?un système d?alarme lié par contrat avec une compagnie de sécurité. »
Sensibiliser les prestataires de services
Cependant, hormis ces mesures préconisées dans l?immédiat, le défi à long terme consiste à sensibiliser les prestataires de services et également les touristes. C?est dans cette optique que des guidelines concernant la sécurité des touristes seront distribués aux prestataires de services à partir de la semaine prochaine.
Et dès le mois de février, des brochures seront distribuées aux touristes à leur arrivée à l?aéroport. « Tout passe par l?éducation de nos prestataires et du public en général. Il nous faut protéger notre industrie qui est l?épine dorsale de notre économie et tout sera fait pour que notre île conserve son statut de destination sûre », assure Joël Rault.
La collaboration du public est recherchée afin de permettre l?assainissement de la situation et ainsi procurer plus de sécurité aux visiteurs étrangers dans un contexte où les autorités se penchent sur l?arrivée de 2 millions de touristes à l?horizon 2015.
R. Cisarz, une Allemande :
« Maurice reste une destination sûre »
R. Cisarz en est à sa deuxième visite à Maurice et raconte volontiers que lors de sa première visite en 2007, elle avait été mise au courant par son entourage d?un vol qui avait eu lieu dans un appartement à Péreybère. « On nous avait dit qu?il y avait quatre voleurs qui avaient cambriolé un campement. Mais depuis, j?essaie d?oublier ce mauvais épisode. » Même si comme pour la fois précédente, elle a choisi de venir à Maurice à la dernière minute, cette fois-ci elle, a préféré louer une chambre dans un hôtel deux étoiles. « Le campement que j?avais loué à ma première visite n?avait pas de bons services, car je voulais avoir le petit-déjeuner et pouvoir rencontrer du monde. » « Toutefois, malgré ces petits pépins, je suis convaincue que Maurice reste une destination sûre », affirme-t-elle.
C. Poussin et P. Alexandre, deux Français : « On sait qu?on doit faire attention »
C. Poussin et P. Alexandre en sont à leur septième visite à Maurice. Interrogés sur la sécurité de la destination, ils observent que « toutes les maisons ont désormais des barreaux. Il y a des grillages et des morceaux de verre sur les murs. Il y a des alarmes partout et ils veulent mettre des volets en fer. Ça se ressent quand même et on sait qu?on doit faire attention même si on n?a jamais eu de problèmes. »
Et Mme Poussin de rappeler qu?une amie mauricienne lui a conseillé de ne pas porter de bijoux et autres objets de valeurs lors de ses promenades et d?être discrète.
EN CHIFFRES
1er juillet. Les propriétaires de campement ont jusqu?à cette date pour se conformer à la nouvelle législation en ce qui concerne l?installation de systèmes de surveillance.
Rs 120 000. C?est le prix moyen de l?installation d?un système de sécurité.
Rs 3 000. C?est ce que coûtent, au minimum, les services de gardiens de sécurité mensuellement.
Rs 2,5 millions. C?est ce qu?arrivent à gagner annuellement certains propriétaires de campements qui louent leurs habitations à des touristes.
Rs 16 000 par jour. C?est ce que sont prêts à payer certains touristes pour profiter d?un traitement VIP dans un campement discret.
PATRICE LEGRIS
« LE BUT EST DE TENDRE VERS UNE SITUATION IDEALE DE ZERO DELIT »
Le nombre de campements en location témoigne du phénomène des touristes sac à dos. Qu?en pensez-vous ? À terme, cela ne risque-t-il pas d?affecter l?image de notre destination ?
Maurice n?est pas une destination de touristes sac à dos. Le coût du billet de nos principaux marchés, soit les pays européens, est trop élevé pour accueillir ce type de visiteurs. Par ailleurs, certaines locations de campements de luxe sont plus élevées qu?une chambre d?hôtel. Ce sont des offres différentes qui correspondent à deux demandes différentes.
À partir du moment où ces bungalows sont conformes aux normes imposées par la Tourism Authority, proposent un produit de qualité et sécurisé, et qu?ils sont dûment enregistrés, cela ne devrait pas poser de problème. Enfin, il y a environ 75 % de touristes qui fréquentent les hôtels chaque année et ce chiffre est plus ou moins stable. Il n?y a pas de changement de comportement chez le touriste qui fréquente Maurice malgré la croissance vécue.
Une bonne partie des touristes venant à Maurice sont des visiteurs réguliers, l?éducation quant aux risques qu?ils peuvent encourir lors de leur séjour devrait être chose aisée. Comment faire pour éduquer les touristes ?
Le nombre de visiteurs fidélisés se situe entre 10 % et 15 %, et ce chiffre ne représente donc pas la majorité. C?est une question complexe qui dépend de beaucoup d?éléments sur lesquels nous n?avons aucun contrôle. C?est aussi une question sensible, car nous restons une destination safe and secure et nous ne voulons pas créer une psychose injustifiée. Le problème concerne une minorité de nos compatriotes et il serait plus opportun de trouver des solutions à ce niveau.
Avec davantage de touristes ? 2 millions à l?horizon 2015 ? Maurice pourra-t-elle réussir à renforcer son image de destination sûre ?
Maurice est une destination safe and secure et nous devons tout faire pour qu?elle le reste. Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités concernées afin de poursuivre le travail dans les hôtels et de mettre en place des plans d?action dans les régions côtières, en particulier dans les locations de bungalows, certains sites touristiques, dans le but de tendre vers une situation idéale de zéro délit.
A priori, plus de touristes devrait créer plus d?emplois, plus d?investissements, plus de richesse et donc agrandir le gâteau national. Donc, cette croissance attendue et projetée devrait contribuer à résoudre les actuels problèmes sociaux et économiques.
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