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Enfants de détenus : Que l?espoir soit !

2 décembre 2007, 00:00

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«Papa, mo sagrin ki to pa la? » La petite Roxane ne pourra pas terminer cette phrase dans la lettre qu?elle écrit à son père. Ses yeux larmoyants ne peuvent plus supporter le supplice, la douleur lancinante qui tenaille son c?ur d?enfant, meurtri par l?absence de son père qu?elle chérit. Celui qui fredonnait le générique des Tortues Ninja, leur dessin animé fétiche. « Ena fwa, li ti pe pran mwa lor so zepol pou al aster gato, li amene mwa kot fami ou bien kot so ban neveu ek niece. Aster la li nepli la », confie la fillette de 11 ans.

Roxane ne se souvient plus depuis combien de temps son père a été incarcéré, ni ce qui s?est passé. Elle contemple, de son regard hagard, le vide laissé par ce malheur. « Li pe mank mwa bokou. Li pa pou la pu Noël?. Mo pa kone kan li pou revini », ajoute-t-elle.

Sa mère tâche de joindre les deux bouts et de lui trouver un cadeau pour qu?elle puisse, elle aussi, goûter à la magie de Noël. Mais ce n?est pas toujours évident ! « Pou Noël, mo pa le zouzou ! Mo pense mo papa ki ti pou ofer mwa enn ti pair zano avec ban ti pierre rouze me li pa fine ressi parski linn al dan prizon », confie-t-elle.

L?émotion est palpable dans sa voix. Elle est également récurrente dans le timbre de voix de Steven, 11 ans, également. Ce petit bonhomme s?affale dans un fauteuil et essaie de se consoler avec un ourson ou un jeu, mais en vain.

Il y a quelque temps, il a été témoin de l?arrestation de son beau-père. « Mo ti pe ale aste mine dans snack kan lapolis finn debarke. Mone panike, mo ti nepli kone ki pou fer. Zot fine telefonn mo mama. Mo boper touzour dan prizon », raconte-t-il. Ses yeux sont injectés de sang. Il ressasse des clichés de celui qui l?emmenait pêcher à Grand-Baie ou qui jouait avec lui. « Mo envi li retourne? me zis lane prochaine ki li pou revini », explique-t-il.

À Noël donc, Steven ne le verra pas. Idem pour Bruce, 9 ans, qui a vu son père partir derrière les barreaux, mais il était tout petit. « Line sorti ene fwa, apre line reale de fwa, mo mama ki okip mwa aster la. Avan papa ek mwa, nou ti kontan guet fim karate, papa ti amen moi promene, me la mo meme pa kapav ale rane li visite pena assez cas? Nou saye fete Noël me pa facil. Sa zour la li pa pou avek nou?», explique-t-il.

Comme nos trois jeunes interlocuteurs, beaucoup d?autres enfants seront privés de leurs parents en ce jour si spécial, en cette fête qui leur est dédiée. Nous en avons dénombré plus de 150 dans le cadre du projet Noël de l?espoir (voir encadré). Ce projet a pour objectif de collecter des cadeaux et de les remettre à ces enfants. Voilà un mot d?ailleurs que certains d?entre eux ont même occulté. Pour eux, la magie s?est éteinte, ou n?a jamais existé !

Et pourtant, il suffit d?un rien pour que l?espoir renaisse?

COMMENT LES SOUTENIR

C?est avec le souhait de raviver l?espoir qu?Expresso, en collaboration avec le groupe Elan, lance dès aujourd?hui le projet Noël de l?espoir. Celui-ci se déroulera en deux étapes.

La première débute aujourd?hui avec une collecte de cadeaux pour les enfants de détenus, âgés entre 5 et 12 ans.

Ainsi, jusqu?au 20 décembre prochain, vous pouvez déposer vos cadeaux non emballés dans tous les supermarchés Winner?s, à l?exception de celui de Port-Louis.

Des caddies ont spécialement été aménagés dans le cadre de ce projet. Vous pouvez également déposer des jouets en bon état pour les enfants. Ceux-ci habitent plusieurs régions de l?île, notamment Baie-du-Tombeau, Roche-Bois, Richelieu, Vacoas, Bambous, Camp-Levieux, Cité-La-Cure et Sainte-Croix. La collecte démarrera dès 9 heures.

À l?issue de cette collecte nationale, nous organiserons une journée récréative le samedi 22 décembre 2007, de 10 heures à 14 heures, avec des animations, des spectacles et la remise de cadeaux par le père Noël. Un déjeuner est prévu pour les enfants ce jour-là.

Le Noël de l?espoir, mené par Expresso, bénéficie du soutien de La Sentinelle Ltée, Caractère Ltée, Graphic Press, Winner?s, Elan, Rose-Hill Transport, LKS, Event Creators, Shooters, M.T.M Catering Services, Subana et Bake Master Pastry School.

QUESTIONS A LINDSAY AZA, PRESIDENT DU GROUPE ELAN

« Plusieurs de ces enfants vont célébrer Noël pour la première fois »

Qu?est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans le projet « Noël de l?espoir » ?

Quand nous avons été sollicités par Expresso, nous étions enthousiastes. Nous nous sommes dit que c?est une idée extraordinaire. À Elan, qui s?occupe de la réinsertion des prisonniers et qui encadre leurs familles, nous étions arrivés à un stade de démotivation face au manque de volonté des autorités. Depuis notre création, nous avons pu faire construire un siège, mais cela ne suffit pas pour résoudre ces difficultés auxquelles les enfants et proches de détenus sont confrontés.

Et lorsque vous nous avez approchés pour ce projet, nous avons été enchantés du fait que des gens s?intéressent à notre cause, qu?une organisation pense aux enfants des détenus. Car ceux-ci n?ont personne qui puisse leur donner la joie de vivre. Grâce à ce projet, nous permettrons à ces enfants de la retrouver, mais aussi de célébrer Noël. Plusieurs d?entre eux vont célébrer cette fête pour la première fois.

Quelles sont ces difficultés auxquelles les enfants de détenus font face ?

La majorité de ces enfants sont traumatisés. Tout comme les proches des détenus d?ailleurs. Bien souvent, lorsqu?une personne est condamnée, c?est sa famille aussi qui l?est. L?entourage, les voisins et même les proches aussi les stigmatisent, en sachant qu?il y a un père ou une mère en prison. Psychologiquement, ils condamnent l?enfant. Il y a aussi des petits qui n?ont même pas les moyens d?aller rendre visite à leur parent détenu.

À Elan, nous essayons aussi de les aider à ce niveau. Mais face à tout cela, les enfants peuvent se renfermer, ne plus aller à l?école. Ils sont livrés à eux-mêmes. Dans certains cas où le proche incarcéré récidive, l?enfant subit l?absence parentale et ne sera pas épanoui.

Comment faire pour remédier à cette situation et mieux les encadrer ?

Nous avons lancé la thérapie familiale afin d?encadrer les enfants et leurs proches. Mais cela ne suffit pas. Le fait que l?État accorde une aide sociale ne va pas résoudre le traumatisme. Il faut un organisme pour les prendre en main et aussi plus de moyens pour que l?on puisse agir. Avec le projet Noël de l?espoir, nous voulons montrer à ces enfants que nous sommes là pour eux et que nous ne les laisserons jamais tomber.

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