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En quête de vérité
Sur le monde extérieur, Pamella Edouard jette un regard pétillant de malice. Mais dès qu?il s?agit d?introspection, ses yeux voguent vers des contrées lointaines, connues d?elle seule. Les mots «liberté» et «vérité» deviennent alors rengaine dans sa bouche.
Cette habitante de Ste Croix est initiée à la littérature et à la poésie par sa s?ur Sylvia, de quatre ans son aînée, qui les étudie à l?école. Pour Pamella et sa jeune s?ur Jennifer, la littérature ainsi distillée tous les après-midi, est un moyen d?échapper à leurs réalités quotidiennes, à savoir composer avec des parents stricts et avec des habitants du quartier qui les regardent différemment parce qu?elles ont eu accès à l?éducation secondaire.
Mais c?est grâce à un enseignant qu?elle parvient à développer un esprit analytique et établir le lien entre la littérature, le théâtre et la vie courante. C?est dans ce même cadre scolaire qu?elle monte sur les planches, campant le rôle d?Ismène dans Antigone. L?expérience lui plaît et elle se jure de récidiver.
Fréquentant la communauté St Joseph à Roche-Bois, Pamella côtoie Chiranjeev Mooneesamy, auteur de pièces de théâtre qui lui propose de jouer dans sa dernière création intitulée L?Empire 555 qui relate la révolte de cartes à jouer de petits nombres contre celles de la royauté et des nombres supérieurs. Pamella y incarne une carte à jouer de petit nombre. Présentée au cours du Festival d?art dramatique organisé par le ministère des Arts et de la Culture, la pièce est primée. L?année suivante, la jeune comédienne rempile avec le même auteur et pour le même festival dans la pièce Dou dan sale. Celle-ci décroche aussi le premier prix.
Après une pause de deux ans, Pamella renoue avec la scène, toujours dans une pièce de Chiranjeev Mooneesamy. Cette fois, elle est une jeune fille amoureuse d?un homme d?une religion différente. C?est son premier rôle important et elle s?attend à être plébiscitée. Elle est déçue que la pièce ne décroche pas le premier prix.
En parallèle, elle entame des études de communication à l?université de Maurice. Sa vie théâtrale prend un tournant important quand elle rencontre le metteur en scène Henri Favory dont elle intègre la troupe. Pour Pamella, c?est la découverte non seulement de l?histoire du théâtre et de la philosophie mais aussi de la connaissance de soi à travers la découverte de son corps. «On est souvent très cérébral. La formation dispensée par Henri et de Marie-France m?a permis de canaliser mon énergie vers une expression artistique alors qu?avec Chiranjeev, c?était le texte surtout qui primait.»
Au sein de la troupe, elle joue plusieurs pièces d?auteurs connus à l?échelle internationale. On la voit aussi dans Nu Traverse. «Avec Henri et Marie-France, j?ai pu casser mes blocages et exprimer mes sentiments véritables.» Elle est si emballée par son engagement, quand la Troupe Favory tente de vivre de son art, qu?elle abandonne son emploi pour faire de même. Même si elle voyage et découvre la diversité du théâtre africain, elle se rend à l?évidence qu?il est impossible de survivre de cette manière.
Et puis, il y a les émeutes. Cette militante engagée politiquement est choquée par la mort de Kaya et de Berger Agathe. «Sachant que mes s?urs et moi serions en mesure de les aider, les familles de la région se tournaient vers nous pour leurs démarches. Quand j?ai vu que les miennes n?aboutissaient pas, j?étais découragée. A l?époque, il n?y avait pas de volonté politique pour rassurer les gens. Et puis, ça a été la goutte d?eau au moment où des organisations m?ont accusée d?être montée au créneau pour mes intérêts politiques. J?étais éc?urée. Je ne me voyais plus évoluer dans ce type de société. Mon objectif alors était de partir n?importe où.»
Pamella fait des demandes d?admission dans plusieurs universités en vue de poursuivre ses études supérieures. L?université de Paris II ASAS l?invite à participer au concours d?entrée et la jeune femme prend le risque de partir rien que pour cela. Elle est acceptée et réussit sa licence et sa maîtrise en informations et communication. Sa vie d?étudiante est difficile car elle doit aussi travailler. Elle obtient aussi son diplôme d?études supérieures spécialisées en ressources humaines.
«LE PERSONNAGE A UN PASSÉ»
Le théâtre la démange pourtant. «Quand tu commences à jouer, cela devient une drogue. Les seuls moments où je suis vraiment moi, c?est quand je suis sur scène. Dans la vie, on passe notre temps à répondre aux attentes des autres, sans être hypocrite mais on n?est pas totalement soi-même. Sur scène, tous tes sens s?éveillent, toutes tes énergies, tes émotions, ton intelligence. Il y a la lumière sur toi et tu n?as pas envie de montrer ce que tu n?es pas. Tu y injectes tout ce que tu es car le personnage doit vivre, doit avoir un passé, un présent. Tu te mets à nu pour être vrai et ne pas tomber dans le caricatural.»
Pamella fait alors des petits stages de formation chez divers metteurs en scène et rencontre une poétesse qui lui fait réciter les poèmes d?Edgar Poe sur une scène à Nancy. Pamella s?éclate. Quelque temps après, elle rencontre celui qui va devenir par la suite son mari, l?auteur italien Gaspare Dori. Ensemble, ils montent des petits projets et Dori lui écrit un monologue intitulé Un ange frappe à ma porte. Il s?agit d?une trilogie contant l?histoire de femmes vivant dans trois contextes différents mais prisonnières de leur milieu. L?une d?elle n?est autre qu?Houria, la femme afghane voilée qui vit l?oppression et l?injustice et qui finit par se révolter.
Pamella est séduite aussi bien par les textes que par son auteur. Elle joue les extraits de la trilogie mais aussi l?inconscient de Hamlet dans la pièce du même nom montée par la troupe Arsenic et Vieilles Dentelles, se produisant à plusieurs reprises dans des théâtres parisiens.
Ses retrouvailles avec le metteur en scène Christophe Luthringer, qu?elle avait côtoyé au Centre culturel Charles Baudelaire à Maurice, viennent relancer le projet Un Ange vient frapper à ma porte. Elle lui demande de mettre en scène la pièce. Il réfléchit le temps de trois mois avant d?accepter, épurant la pièce de deux histoires de femmes, conservant celui d?Houria, personnage qu?il étoffera en compagnie de Gaspare Dori.
Houria, dit Pamella, peut être n?importe quelle femme ou quel homme brimé et qui décide un beau jour de se rebeller. «Houria, c?est aussi moi. C?est une quête de liberté que j?ai vécue et que je continue à vivre. Pour moi, la liberté est une quête quotidienne que j?assouvis surtout sur scène.»
En mars et avril dernier, Pamella joue Houria, la femme que j?étais dans deux théâtres et au siège de l?Unesco au cours de la Journée internationale de la femme.
La jeune comédienne recueille les éloges de la presse, France 2 qualifiant son interprétation de «parfaitement maîtrisée, fluide, qui par la magie du geste et du jeu, paraît couler de source». Théâtre On Line va jusqu?à la comparer à Maria Casarès qui est une tragédienne consommée.
C?est cette pièce qui figure au programme du Port-Louis Theatre Festival, organisé par l?agence Immedia. Il y a tout à parier que les 9 et 11 août, Pamella y donnera la vraie mesure de son talent.
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