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En quête d?un sérum
Le MMM face à son destin. Esseulé, à la croisée de la rue Edward VII, à Rose-Hill, pour la deuxième fois après 2000, le parti devra relever un défi de taille : démontrer qu?il est la tête d?affiche de l?opposition, et faire en sorte que le nombre de ses militants soit supérieur à celui du MSM, son ancien partenaire devenu son frère ennemi.
Le rendez-vous du 1er Mai est crucial sur plus d?un plan. Une affluence bien plus conséquente que celle de son rival, donnera au MMM une certaine légitimité dans l?opposition. Le fauteuil de leader de l?opposition lui ayant été enlevé de manière hostile par le MSM, le MMM veut à nouveau briller au Parlement et dans le paysage politique mauricien. Il se doit donc d?occuper le terrain, de remotiver ses troupes, de réactiver ses régionales, bref un retour à la case zéro?
Remporter la bataille des foules, c?est aussi démontrer à l?électorat ce qu?il répète depuis des semaines. Que le MSM a la majorité au sein de l?opposition grâce au MMM, ayant eu sa bénédiction de puiser de son réservoir de votes en milieu urbain.
Tout en tirant à vue sur son rival de l?opposition, le MMM devra également faire en sorte de cibler leur adversaire commun : l?Alliance sociale. C?est quitte ou double.
En dégringolade depuis les élections générales et municipales, le meeting peut être le sérum nécessaire pour requinquer les dirigeants et les troupes.
Seul face à ses partisans
En 37 ans d?existence, le MMM n?aurait jamais envisagé un tel scénario catastrophe : faire élire un malheureux conseiller municipal et dix députés alors qu?il a contrôlé la majorité des municipalités depuis sa première participation en 1977. Et dire que le leader a concocté une winning formula qui n?aura été qu?un fiasco.
Pour repartir sur de meilleures bases et affronter 2010, le parti est condamné à un sérieux remaniement, à faire une cure de jouvence pour ratisser plus large. Le débat de janvier, tenu en l?absence de Paul Bérenger, pour s?injecter du sang et des idées neufs n?aura été en fin de compte que de la poudre aux yeux, un joli exercice de communication.
La liste de ceux qui seront au perchoir demain l?atteste. Des vieux de la veille ont été favorisés au détriment des étoiles montantes comme Deven Nagalingum, Seilendra Gokhool, Abdullah Hossen, et autres. Cela, faute de temps, comme soutient le leader du MMM. Il a gardé les recettes d?hier et son « team » d?orateurs est un savant mélange de représentation ethnique, l?éternelle obsession de plaire de Paul Bérenger.
Ce sont ces mêmes dinosaures mauves, à l?instar d?Ahmad Jeewah, d?Ivan Collendavelloo et de Veda Baloomoody, entre autres, qui viendront une fois de plus vociférer aux oreilles des militants sur des thèmes ressassés ad nauseam.
À y regarder de près, le meeting de demain est un remake de celui de 2000. Le MMM sera seul, face à ses militants au c?ur de son fief de la rue Edward VII. Et le discours n?a guère évolué : « anou sauve nou pays » des travaillistes, et le MMM aurait mieux fait s?il était au pouvoir?
Sur l?estrade, demain, le MMM fera feu de tout bois sur les sujets d?actualité, déjà largement exploités lors de ses conférences de presse. Il remerciera ses militants pour leur soutien dans les moments durs et leur demandera de rester mobilisés? Certains le sont depuis les années 70 malgré les contorsions du parti, au pouvoir comme dans l?opposition. Mais beaucoup d?autres, fatigués, blessés ou dégoûtés, ont abandonné le navire MMM, rejoignant d?autres blocs politiques? Le défi aujourd?hui est de les ramener au bercail. Mais comment ?
■ Stratégie de com
Campagne d?affiches et de banderoles dans les principales artères des villes et villages. Spots à la radio où Rajesh Bhagwan invite les militants à se déplacer. Sans parler de la dernière conférence de presse du leader au restaurant La Petite Cannelle, au Domaine-Les-Pailles. Le parti espère surtout que les propos de Paul Bérenger seront largement repris par la presse hebdomadaire et les journaux de lundi. Pour que le meeting soit haut en couleur, les différentes régionales mettent la dernière main à la pâte pour préparer des bandanas, fanions, t-shirts et autres bannières.
■ Thèmes abordés
« Pei inn vir anba lao. » Pour parler aux gens, pour les intéresser, mieux vaut relever ce qui les touche au plus près. Il y a d?abord les augmentations des prix, le chômage, la réforme de l?éducation et la MBC. Il y a ensuite l?allégation de demande de pots-de-vin contre le ministre des Terres, Asraf Dulull, l?immunité accordée à l?Icac et la dégradation du Law and Order, en plus du sentiment que la police est menée par le bout du nez par le pouvoir. Pravind Jugnauth ne sera pas épargné et l?ancien frère d?armes des Mauves sera accusé de vouloir se frotter avec les Rouges.
Liste des orateurs
Paul Bérenger, Jayen Cuttaree, Alan Ganoo, Ahmad Jeewah, Ivan Collendavelloo, Sam Lauthan, Soodesh Roopun, Rajesh Bhagwan, Steven Obeegadoo, Ajay Gunness, Veda Baloomoody, Françoise Labelle, Pradeep Jeeha, Leela Devi Alleear, Ho Chan Fong, Arianne Navarre-Marie.
■ Moyens déployés
Un parti dans l?opposition a bien moins de moyens financiers pour mobiliser ses troupes. Et c?est le mal dont souffre le MMM cette année car l?échéance d?une élection est assez loin.
Face à l?Alliance sociale au pouvoir et le MSM qui peut compter sur les millions du Sun Trust, le MMM fait figure, pour cette édition 2006, de parent pauvre face à l?armada de moyens mis en place par ses deux adversaires pour ratisser large demain. Comme l?argent n?est pas tout, et qu?il a quand même connu des années de braise, le MMM a misé sur son traditionnel réseau : le parti a organisé 21 réunions et congrès dans différents coins du pays. Ainsi environ 140 autobus seront nécessaires pour acheminer les militants. Sur ce chiffre, la CNT ne lui aura laissé que 75 de ses véhicules.
Les régionales devront donc se débrouiller avec des moyens de transport alternatifs : minibus, voitures privées?
En termes d?affluence, le parti compte sur une foule de 10 000 personnes. Mais il ne faut pas se leurrer.
En l?absence d?enjeux politiques, au pis aller, le mieux que puissent faire les militants c?est un chiffre tournant autour de 7 000 à 8 000. Le pire pour les Mauves c?est de faire un score en deçà de 6 000.
QUESTIONS A RAJESH BHAGWAN : secrétaire général du Mouvement militant mauricien
« Nous sentons l?enthousiasme des militants »
Comment se présente le 1er Mai ?
Nous sommes satisfaits de notre campagne. Nous avons démontré une fois encore notre capacité à occuper le terrain. Notre machinerie était déjà en marche depuis la tenue de notre assemblée de délégués le 19 mars à l?auditorium Octave Wiehé. Ce fut un franc succès. Nous avons enchaîné avec 21 congrès et réunions, à partir du 27 mars à Richelieu, et qui se sont terminés le 27 avril, soit jeudi dernier, à Beau-Bassin. Toutes ces rencontres avec les militants ont été animées par le leader. Paul Bérenger, les principaux dirigeants et moi-même avons fait le tour des vingt circonscriptions.
Nous sentons l?enthousiasme des militants et je peux aussi dire que tout a été fait dans le respect de l?adversaire. Il faut d?ailleurs dire que nos congrès à St-Pierre et à Bel-Air ont été des succès d?affluence.
Pensez-vous que les militants vont se mobiliser ?
Non, nous n?avons pas loué les services d?un orchestre pour attirer les gens. C?est la première fois depuis 2000 qu?on va se retrouver à la rue Edward VII, à Rose-Hill, seuls. Il y a un enthousiasme des militants à se retrouver autour du leader. Ils sont révoltés par l?agression de Pravind Jugnauth, leader du MSM, contre Paul Bérenger. C?est un égoïste. Puis il y a aussi eu la trahison de Maurice Allet. Le leader du PMSD avait été élu avec nous, et le voilà avec l?Alliance sociale. Les militants constatent également que le pays, qui était un chantier, est devenu un cimetière. Il n?y a aucun projet de développement, rien.
Combien de personnes vous attendez-vous à réunir demain ?
On s?attend à une bonne foule, à des milliers de militants. Je ne veux pas faire d?estimations exagérées. Notre électorat est motivé et il y a bon nombre de vétérans et de jeunes qui sont mobilisés. Beaucoup vont se déplacer par leurs propres moyens.
Offrirez-vous du « briani » à vos militants ?
Nu pa donn briani. Pena kass. Chaque régionale s?organise à sa façon. Nous faisons preuve de débrouillardise.
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