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En attendant l?heure de vérité
En Europe, le changement d?heure est le genre de sujet que les journalistes appellent un marronnier, c?est-à-dire qui revient chaque année (deux fois même). La difficulté avec les marronniers c?est qu?ils nécessitent un nouvel angle à chaque fois qu?ils sont traités. Mais, contrairement à la plupart de ces sujets récurrents, le changement d?heure fournit un avantage journalistique de taille : il est loin de faire l?unanimité.
De fait, les médias ne manquent jamais de matière en ce qu?il s?agit des implications de faire avancer ou reculer les pendules d?une heure. Car même si des pays comme l?Angleterre et la France ont mis en place le changement d?heure depuis 90 ans, ce système continue de faire débat.
Prenons l?Hexagone, par exemple. D?aucuns, telle l?Agence de l?environnement et de la maîtrise de l?énergie (ADEME), citent les économies d?énergie créées par le régime de changement d?heure. C?est d?ailleurs l?argument utilisé par le ministre des Finances, Rama Sithanen, lors du discours du budget. «Les gains pour le pays et pour la réduction des émissions globales de carbone peuvent être significatifs. Les économies attendues s?élèvent à 15 mégawatts, soit l?équivalent de la production d?une petite centrale électrique.»
Ces prédictions sont peut-être quelque peu optimistes. Dans les années 1990, la firme de consultants hollandaise Research voor Beleid avait réalisé une étude sur l?incidence du changement d?heure sur la consommation énergétique. Le rapport avait conclu que les économies d?énergie étaient «relativement modestes» même si elles sont un peu plus prononcées dans les pays de l?hémisphère sud. De leur côté, ses détracteurs brandissent les troubles du sommeil et autres dérèglements comme raisons pour abolir le changement d?heure.
«Le changement d?heure ne deviendra permanent que s?il apporte les bénéfices attendus non seulement en termes d?économies énergétiques mais aussi en termes de sports, de loisirs, de shopping et d?autres activités...»
Quoi qu?il en soit, le pays se doit de réduire sa facture énergétique coûte que coûte même si les gains obtenus sont relativement modestes. Car la frugalité énergétique passe par les économies les plus petites. Le Central Statistics Office (CSO) a publié la semaine dernière les derniers chiffres relatifs à l?énergie. Et le résumé est truffé de surprises, certaines bonnes, d?autres biens moins.
En attendant la mise sur pied d?un Observatoire de l?énergie, annoncé par le Grand argentier lors du budget, ces statistiques permettent de faire le point sur l?évolution de la production et de la consommation énergétiques. On apprend, par exemple, que «contrairement aux années précédentes, l?importation de produits pétroliers a baissé en 2007». Les bons sentiments suscités par ce constat sont toutefois tempérés par le fait que les importations de charbon ont augmenté de presque 20 % pendant la même période. De plus, la crise énergétique mondiale a engendré une hausse de 15 % dans les dépenses du pays. En effet, Maurice a dépensé plus de Rs 21 milliards sur les énergies fossiles importées en 2007, comparé à Rs18,8 milliards l?année précédente. Si cela ne donne pas une impulsion supplémentaire au projet de Maurice île durable, rien ne le fera.
Même si les énergies fossiles importées (produits pétroliers et charbon) continuent de se tailler la part du lion du gâteau énergétique (82.1 %), les besoins énergétiques primaires de Maurice ont augmenté de «seulement 0.4 %» entre 2006 et 2007. Fait encourageant quand on considère qu?une des conditions sine qua non de l?indépendance énergétique est la nécessité d?infléchir la demande.
En ce qu?il s?agit des énergies renouvelables, le tableau est un peu plus sombre. «La production totale d?énergie à partir de sources renouvelables locales a chuté de 3.5 %» entre 2006 et 2007. Cette baisse s?explique par une production moindre de bagasse qui représente près de 94 % de la production d?électricité à partir de sources renouvelables. Par contre, la production d?hydroélectricité a légèrement augmenté.
Autre fait marquant de l?année 2007, les Independent Power Producers (IPP) ont pour la première fois produit plus d?électricité que le Central Electricity Board (CEB). La mise sur pied de la Compagnie Thermique de Savannah a en effet amené la part des IPP dans la production électrique du pays à 55%.
Ce qui nous amène au volet sur la consommation énergétique. Si la consommation d?électricité par habitant a augmenté de 1501 kilowatts/heure à 1567 kilowatts/heure, la consommation finale d?énergie a baissé de 2,1% en 2007. Cela s?explique par le fait que les deux secteurs les plus énergétivores, en l?occurrence ceux du transport et de la manufacture, ont diminué leur consommation d?énergie de 2.5% et 3.5%, respectivement.
De l?aveu de Rama Sithanen, le régime de changement d?heure ne deviendra permanent que s?il «apporte les bénéfices attendus non seulement en termes d?économies énergétiques mais aussi en termes de sports, de loisirs, de shopping et d?autres activités». Comme le démontrent les chiffres du CSO, Maurice à encore fort à faire s?il espère réduire sa dépendance sur les énergies fossiles. Ce n?est pas le fait de reculer ou avancer nos montres d?une heure qui changeront cela.
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