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Emmanuel Papillon se serait tué ?par humiliation?

22 mars 2005, 00:00

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Dans la bouche d?Alix Zéphir, 69 ans, Emmanuel Papillon est ?sa zom-la.? A croire qu?elle parle d?un étranger. Mais en écoutant leur histoire longue de 34 ans, on réalise que les liens entre eux se sont distendus au gré des insultes dont il l?abreuvait régulièrement, à la suite des beuveries répétées.

Quand Alix Zéphir rencontre Emmanuel Papillon lors d?un bal populaire, elle a 34 ans et vit seule avec la fille qu?elle a eue d?un précédent compagnon. Lui est chauffeur de camion. Croyant qu?elle a enfin trouvé l?homme de sa vie, elle emménage avec lui. Alix réalise rapidement qu?elle a fait une erreur. Son compagnon boit comme une éponge. Son salaire y passe souvent. Sous l?influence de l?alcool, il est agressif, l?insulte et la menace d?un couteau de cuisine toujours à portée de main. Les deux filles qu?elle lui donne ? Marie-Andrée et Véronique ? ne parviennent pas à le décrocher de la bouteille.

Mariée, Marie-Andrée, leur aînée, vit ailleurs. Véronique enseigne les langues au collège La Confiance. Elle et son époux, Dominique Razafindrasoa, habitent chez Alix et Emmanuel. En attendant de réunir les fonds nécessaires à la construction de leur maison.

Malgré les injonctions d?Alix, Véronique s?interpose régulièrement entre sa mère et son père. Ce dernier s?en prend alors à elle, la menaçant de son arme. La jeune femme a interdit à son mari de se mêler de ces histoires de famille. Pour ne pas envenimer les choses.

L?année dernière, Alix et sa fille, lasses de faire les frais de l?ivrogne, ob-tiennent un Protection Order de la Family Protection Unit (FPU) de Curepipe. Papillon n?est pas disposé à suivre une cure de désintoxication, il ignore la convocation. Si les deux femmes continuent à le tolérer, c?est par ?pitié?.

Le 11 mars, Papillon boit sans discontinuer jusqu?à mardi dernier. Ce jour-là, quand Alix rentre du travail, il est encore plus agressif que d?habitude. Il déguerpit avant l?arrivée des policiers. Le lendemain, Véronique fait à nouveau appel à la FPU. Mère, père et fille sont convoqués samedi matin. Papillon reste sobre jusqu?au rendez-vous. Il est surpris quand sa compagne et sa fille évoquent son ?défaut? à la policière de la FPU et lorsqu?elle lui dit qu?il doit se désintoxiquer. Rendez-vous est même pris pour lui pour lundi (NdlR : hier) au Centre de Solidarité.

Mécontent, il reste silencieux. A 22 heures, il sort. Véronique s?est réveillée à quatre heures du matin et a vu la porte de derrière ouverte. ?Je l?ai refermée, sans penser au pire.? A 6 h 30, Alix trouve le corps sans vie de son compagnon à une trentaine de mètres de la maison, avec ?enn ti bout lakord ki atas boit dan contener otour so likou. Un couteau et une montre sont découverts sur le toit de la maison.

Les deux femmes et le mari de Véronique sont interpellés et longuement interrogés séparément. Puis ils sont relâchés. ?Nou pa finn bat sa zom-la?, répète Alix. Véronique ne comprend pas qu?on ait pu les soupçonner. ?Nous n?aurions pas été à la FPU la veille si nous avions mijoté un coup contre lui. C?est insensé?. Pour elles, Papillon ?n?a pas supporté l?humiliation d?être dénoncé à la FPU? et se serait pendu. Quand et comment ? Comment se fait-il qu?elles n?aient rien entendu ? Voilà un écheveau que la police devra démêler.

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