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Eloges contestables pour la démocratie mauricienne

9 août 2005, 00:00

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David Howard Lempert est l?auteur d?une thèse universitaire intitulée : ?The Survival of Democracy in Mauritius : A Demographic ? Economic Theory of Political History?. Elle a été présentée à l?université de Yale, New Haven, Connecticut, Etats-Unis, en avril 1980, en vue de l?obtention d?un B.A. Economics and Political Sciences. D.H. Lempert présente à Sir Seewoosagur Ramgoolam, le mardi 5 août 1980, un exemplaire de sa thèse. A la presse mauricienne, il explique que de tous les pays africains, il a choisi la démocratie mauricienne pour rédiger sa thèse en raison de la co-existence pacifique et harmonieuse de communautés humaines originaires de plusieurs continents et adhérant aux plus grandes religions dans le monde. La thèse de D.H. Lempert a ceci d?intéressant qu?elle prédit la défaite du Parti travailliste aux prochaines législatives, un détail étant apparemment passé inaperçu à la presse ramgoolamienne de l?époque.

Il explique à Bertyco Berthelot de l?express sa méthodologie et résume à son intention ses principales conclusions. Il s?efforce d?expliquer l?évolution politique mauricienne par l?interaction des facteurs démographiques, économiques et politiques. Berthelot déplore l?absence de taille du facteur idéologique dans sa thèse. Heureux temps quand l?idéologie politique avait encore un rôle à jouer à la veille d?un scrutin législatif.

Bertyco Berthelot met toutefois en garde des lecteurs de l?express contre la jeunesse et l?inexpérience de cet universitaires américain. Il souligne que sa thèse repose essentiellement sur des données statistiques mais révèle une méconnaissance du terrain et des principaux acteurs du maintien de cette démocratie à la mauricienne. La thèse Lempert demeure utile, non pas comme parole d?évangile, mais pour les besoins d?une discussion, à ce sujet.

Lempert attribue la survie de la démocratie à Maurice au maintien de certaines traditions politiques, au sens noble du terme, et à certains éléments structurels tels la séparation des pouvoirs. Il fait l?éloge du système de désignation des députés correctifs en lui attribuant le pouvoir d?atténuer le choc émotionnel post-électoral. L?opinion publique joue en faveur du maintien des différentes libertés existant à Maurice (celles de la presse, du syndicalisme). Il cite encore, dans ce registre, la décentralisation qui permet à une participation de tous au ras des pâquerettes. Ce qui est peut-être trop généreux.

Lempert se fonde sur les théories de Malthus pour expliquer l?histoire de Maurice comme un processus cyclique où les facteurs économiques, démographiques et politiques sont en interaction.

Curieusement Lempert se base sur les résultats, pour le moins exceptionnels, des législatives du 21 décembre 1976, pour soutenir que la politique mauricienne est déterminée par des considérations de classe plutôt que par des critères communalistes. Il estime que le changement rapide des loyautés politiques, apparu alors, ne peut s?expliquer par des considérations communalistes. Il sous-estime, à ce sujet, la possibilité plutôt nouvelle que, avec l?arrivée du MMM sur la scène politique, les données changent du tout au tout. Les membres des différentes communautés politiques les plus influentes ? hindous, musulmane, créoles ? obtiennent alors une alternative ? voter autrement sans forcément donner l?impression de voter pour une autre communauté ? n?existant pas précédemment.

Lempert a le mérite d?avoir étudié les résultats électoraux de décembre 1976 selon une méthodologie éprouvée et se fondant sur l?examen des données psychologiques. On aboutit ainsi de façon plus scientifiquement qu?intuitivement ou émotionnellement aux corrélations existantes, par exemple, entre le vote travailliste et la population rurale et agricole.

La thèse Lempert apparaît encore moins compréhensible en 2005 qu?elle ne l?était, il y a 25 ans, aux yeux de Bertyco Berthelot. N?oublions pas que nos impressions s?obscurcissent par des événements survenus depuis et qui oblitèrent ce qui était davantage évident et pertinent en 1980 et qui l?est moins aujourd?hui. Cette thèse a donc une valeur sans doute plus historique que réelle et définitive. C?est comme une photographie datant d?un quart de siècle. Elle est à la fois exacte et mensongère. Exacte en ce sens qu?elle traduit incontestablement une réalité historique datant de l?époque où elle est prise. Elle est cependant dépassée par toutes les modifications apportées depuis sur le site photographié, dans un sens comme dans l?autre, dans des ajouts comme dans des suppressions. Elle rappelle ce qui fut mais devient trompeuse en ce qui concerne la réalité d?aujourd?hui qui n?est déjà plus celle de demain.

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