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Eloge du cartésianisme gréco-latin de Sir Francis Herchenroder

11 mai 2007, 00:00

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Début mai 1982, la Cour suprême rend hommage à son chef juge des années 1949 à 1960, Sir Francis Herchenroder, décédé le Vendredi Saint précédent (9 avril). Sir Maurice Rault préside avec le talent oratoire qu’on lui connaît. Il commence par rappeler que Sir Francis est le fils d’un des plus éminents légistes mauriciens, un autre chef juge d’ailleurs, Sir Alfred Herchenroder. Il précise tout de suite que Sir Francis n’accède pas à nos plus hautes fonctions judiciaires par héritage familial mais par ses mérites propres, tout en concédant la possibilité incontestable que nous héritons aussi le meilleur de nos mérites.

Il veut rappeler que Sir Francis est le brillant lauréat de 1915. Il hésite à le faire tant avons-nous banalisé l’épithète “brillant”. Cela n’empêche qu’au début du XXe siècle, seuls les plus brillants des brillants peuvent prétendre devenir lauréats, sans diminuer pour autant les qualités de leurs rivaux.

En début de carrière, Sir Francis est affecté au tribunal de Moka. Cette fonction initiale lui laisse du temps libre qu’il met à profit pour constituer déjà la plus solide banque des données qui soit sur la jurisprudence mauricienne. Le visionnaire, qu’il est, sait d’instinct que ses recherches, ses compilations, ses synthèses, lui seront de la plus grande utilité au fur et à mesure qu’il grimpera dans la hiérarchie judiciaire de son pays et que plus lourdes seront ses responsabilités juridiques. Il accumule ainsi une érudition aussi étendue que profonde. Sir Maurice commente que “c’est à ce savoir acquis sans autre raison que la soif de connaître et la volonté de comprendre que nous devons tant de jugements si lucides qu’ils ne cessent d’éclairer ceux qui cherchent une voie dans les méandres du droit mauricien”.

Sir Maurice salue, en son illustre prédécesseur, ce paradoxe qui permet à qui maîtrise le grec et le latin de parvenir à une rigueur et à une exactitude scientifique. Il conclut : “Entre les mains d’un Herchenroder, le droit devient une science exacte”. Mieux que ses confrères, il pousse plus loin la “volonté cartésienne de n’admettre rien de plus en ses jugements que ce qui se présente clairement et distinctement, sans doute possible”.

Sir Maurice se demande ce que Sir Francis pourrait penser de ceux qui, comme lui, après avoir épuisé les ressources de la logique, se laissent aller à imaginer d’hypothétiques solutions. Sir Francis appartient à la haute école juridique recommandant que toute déduction découle logiquement de déductions antérieures. Il parle à ce propos d’enchaînements inévitables.

Il serait stupide de classer Sir Francis parmi les conservateurs, estime Sir Maurice Rault. Nul pourtant ne possède plus que lui le respect des aînés. La sagesse et la prudence recommandent d’ailleurs, lorsque nous parvenons logiquement à une conclusion différente de celle de ceux qui nous ont précédés, que nous commençons par mettre en doute les nôtres avant de les confronter aux leurs. Sir Francis n’hésita, pas à plusieurs reprises, de tenir pour vraie une opinion simplement parce qu’elle était tenue pour telle par nos aînés. Reprenant chaque problème à sa source, il réussissait à remettre “notre jurisprudence dans le droit chemin qui est le chemin du droit”. Sir Maurice se reconnaît donc traditionaliste avec Sir Francis en précisant toutefois que “la plus vénérable tradition juridique est la tradition d’innover”.

Prenant la parole au nom du Barreau, Me André Raffray, le doyen des avocats mauriciens, présente ses excuses de ne pas pouvoir mettre de côté ses souvenirs personnels en saluant la mémoire de Sir Francis Herchenroder. Il rappelle que celui-ci, reçu avocat à Middle Temple en 1919, est accueilli par son père quand il se présente au Barreau mauricien à son retour au pays.

André Raffray se souvient de ses premiers procès devant le magistrat Herchenroder à Moka. Sa courtoisie et sa grande attention aux moindres détails de tout procès font son admiration. Ses jugements ont la grande qualité de permettre en toute occasion la victoire incontestable de la Justice, qu’elle entraîne dans son camp la poursuite ou la défense.

Il rappelle que Sir Francis est élevé à la dignité de King’s Counsel, en 1943. Il exerce comme juge de la Cour suprême de 1942 à 1945. Il devient ensuite Procureur général. Il est fait chevalier en 1953.

L’Attorney General, Paul Cheong Leong, rappelle que jamais n’a-t-on autant ressenti, à Maurice, la présence fraternelle de Sir Francis Herchenroder alors même qu’il s’était établi en Grande-Bretagne. Il rappelle qu’il a eu l’occasion de remplir, par intérim, les fonctions de secrétaire colonial de Maurice. Il termine sa longue et fructueuse carrière en tant que conseil légal du Commonwealth à Londres.

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