Publicité
Elle fugue pour voir son petit ami
La fugue lui semblait la seule voie possible. Une fois de plus. Trop longtemps privée de l?amour parental, Sophie (prénom fictif) se résout, jeudi dernier, à s?enfuir avec deux amies, du shelter dans lequel elle a été placée quelques jours plus tôt. Amoureuse d?un habitant de Richelieu, l?adolescente de 14 ans a toujours voulu vivre chez lui, à Petite-Rivière.
Retrouvée mardi, elle a été placée dans un Rehabilitation Youth Centre (RYC) du ministère de la Sécurité sociale en attendant qu?une décision soit prise par le tribunal. Une énième famille d?accueil l?attend sans doute quelque part?
Sophie a le regard absent de ceux qui auraient préféré être ailleurs. Interrogée sur les raisons de sa fugue, elle lâche d?une voix à peine audible : ?C?est parce qu?on ne m?aime pas.? Vêtue d?un T-shirt rouge et d?une jupe à carreaux, elle triture nerveusement une mèche de cheveu. Méfiante, elle garde le silence pendant de longues minutes avant d?accepter d?évoquer les circonstances de sa fugue alors qu?elle venait tout juste d?être placée dans le shelter du ministère de la Femme.
Avant ce triste épisode, elle vivait chez ses parents adoptifs à Quatre-Bornes. C?est une des filles avec lesquelles elle s?est enfuie, raconte-t-elle, qui a réussi à subtiliser la clef d?une porte donnant sur le porche. ?Au début, je ne voulais pas m?en aller mais une des filles m?a demandé de l?accompagner chez sa mère à Mahébourg?, dit-elle, visiblement nerveuse.
?Ils m?écoutent et me comprennent?
C?est donc vers deux heures du matin que les trois adolescentes se glissent hors du bâtiment et de passer une grande partie de la journée à la plage. Sophie assure n?avoir, à aucun moment, éprouvé de crainte. Livrée une fois de plus à elle-même, elle décide de trouver refuge chez son petit ami à Richelieu. Ce dernier, qu?elle fréquente depuis bientôt un an, se rend, avec son accord, au poste de police pour tenter de trouver une solution, mais en vain. ?Ils m?ont dit que je ne pouvais pas rester chez lui, même si sa mère était d?accord car il y avait une décision de la cour pour que je sois placée dans un centre.?
De retour au RYC, Sophie se confie spontanément aux responsables du centre. ?Ils sont très corrects envers moi. Ils m?écoutent et j?ai vraiment l?impression qu?ils me comprennent?, lâche-t-elle.
De ses parents, la jeune fille ne sait pas grand-chose. ?Ma mère est morte peu après ma naissance. Je ne me souviens plus d?elle?, confie-t-elle en réprimant un sanglot. Quant à son père, il l?a abandonnée peu après pour ne plus jamais redonner signe de vie. ?J?ai appris récemment qu?il était marié et qu?il avait eu deux autres enfants?, note-t-elle non sans un certain ressentiment, même si elle avoue souhaiter rencontrer cet homme qu?elle n?a jamais connu. ?C?est quand même mon père. Qui sait ? Les choses peuvent peut-être s?arranger.?
Sophie a été placée dans de nombreuses familles d?accueil. La dernière en date ne lui a pas laissé que des bons souvenirs. ?Ils étaient trop sévères. Je n?avais pas le droit de regarder la télé, de jouer hors de la maison ou encore de sortir avec des amis durant les vacances scolaires.?
Mais toutes ces années passées dans des centres et des foyers divers n?ont jamais entamé sa détermination à s?en sortir. Actuellement en Form I, Sophie souhaite reprendre ses études secondaires au plus vite. ?J?aime bien l?école, je réalise que cela m?aidera à avoir un avenir meilleur.?
Son ambition : devenir coiffeuse. Un sourire revenu sur ses lèvres, elle explique avoir tenté, avec l?aide des responsables de son ancien centre, de décrocher un stage pour s?initier à la coiffure. Mais cela n?a pas abouti. Qu?à cela ne tienne, elle tentera de nouveau sa chance. Sa seule crainte : que la justice la place dans une nouvelle famille d?accueil. ?Je ne veux pas revivre ces mêmes expériences. Je veux tourner la page et m?en sortir.?
Publicité
Publicité
Les plus récents