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Elia Kazan disparition d?un cinéaste brillant mais controversé
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Elia Kazan disparition d?un cinéaste brillant mais controversé
Le réalisateur, mort dimanche à New York à l'âge de 94 ans, a tourné des oeuvres comme A l'est d'Eden (East of Eden), Le fleuve sauvage (Wild River) ou America, America. Marlon Brando sera l'un des acteurs préférés de Kazan.
La presse s'est accordée à saluer ses films engagés et emblématiques du grand cinéma américain, ainsi que son grand talent de directeur d'acteurs. Mais elle n'a pas épargné le fils d'immigrés grecs qui a dénoncé une dizaine de personnes pendant la chasse aux sorcières anticommuniste des années 1950.
Ce geste sauva sa carrière, mais beaucoup ne lui pardonnèrent jamais.
«C'était le plus influent réalisateur de l'époque», souligne Victor Navasky, historien de cette période, dans le New York Times. «Il aurait dû se servir de cette assise pour refuser de livrer des noms et lutter contre les listes noires, mais il a cédé à la pression.»
Le cinéaste n'a jamais présenté d'excuses, même s'il a énoncé quelques doutes à la fin de sa vie.
MAGNIFIQUE MACHINE DE CINÉMA
Dans ses mémoires, Une vie, publiées en 1988, il raconte avoir d'abord refusé de dénoncer ses anciens camarades communistes ? il avait lui-même été membre du parti de 1934 à 1936 ? avant de céder aux pressions des grands producteurs d'Hollywood.
«Je détestais les communistes depuis de nombreuses années et je ne voyais pas pourquoi je renoncerais à ma carrière pour prendre leur défense», écrit-il.
Mais dans un livre d'entretiens avec Jeff Young, publié en 1999, il confiait : «Toute personne donnant des informations sur d'autres fait une chose dérangeante et dégoûtante. Ca ne peut pas ne pas peser lourd sur la conscience (...) je savais que beaucoup de gens me tourneraient le dos».
La polémique sur ces dénonciations d'avril 1952 était réapparue à la une des journaux en 1999, lorsque l'académie des Oscars, plus hautes récompenses du cinéma américain, lui accorda une statuette pour couronner l'ensemble de sa carrière.
Il avait alors été soutenu par Martin Scorsese, grand défenseur du patrimoine cinématographique, et Robert DeNiro, ancien étudiant de l'Actors Studio dont Kazan était le co-fondateur. Plusieurs dans la salle, notamment les acteurs Nick Nolte ou Ed Harris, étaient restés ostensiblement assis, bras croisés, pendant les applaudissements.
Warren Beatty, comédien engagé à gauche, n'a pas tenu rigueur à celui qui lança sa carrière en 1961 avec La fièvre dans le sang, où il jouait les jeunes premiers auprès de Natalie Wood.
«C'est une magnifique machine de cinéma, quelles que soient vos opinions politiques sur l'homme», avait-il déclaré à l'époque.
Il a été l'un des premiers à réagir à l'annonce du décès de son «premier professeur de cinéma». «C'était un mentor indispensable, une personnalité stimulante, généreuse, modeste et éminente du théâtre et du cinéma» notamment des années 1950 et 1960, a-t-il déclaré au Los Angeles Times.
Le ministre français de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, a rendu hommage au cinéaste, dont les films «corrosifs et tendres, scandaleux et généreux, sont devenus des références».
«Son oeuvre, à l'instar de sa vie, rend compte des engagements et souvent des errements des hommes aux prises avec l'Histoire», a ajouté le ministre dans un communiqué.
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