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E.I.U : La taxe de sortie est le talon d?Achille du Sucre

23 janvier 2008, 20:00

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Sir Claude Noël, un des porte-parole attitrés des barons sucriers en 1983 mais aussi un ami intime de Sir Seewoosagur Ramgoolam dont il est un des conseillers avisés, n?en déplaisent aux idéologues et démagogues travaillistes de 2008, l?a dit. L?E.I.U. (Economist Intelligence Unit) le confirme, à la demande toutefois de la MSPA, association de producteurs sucriers : La taxe de sortie est le talon d?Achille du Sucre.

N?allez surtout pas prendre l?E.I.U. pour un simple élément de ce que certains politiciens nomment « la section raciste » de notre presse car soupçonnée d?être antinoubaniste, cette presse que d?aucuns et non des moindres vilipendaient, il y a un an, l?accusant d?irresponsabilité et même de prostitution. Non, l?E.I.U. est une institution chargée de faire des analyses économiques rigoureuses, à la demande de pays, d?entreprises, ou encore d?organismes internationaux. Ses verdicts sont souvent pris pour parole d?évangile, par une catégorie très prisée d?opérateurs : les investisseurs et les fondés de pouvoir, chargés de placer, ici et là, à bon escient, les fortunes qui leur sont confiées. C?est dire que la moindre réserve, la moindre mise en garde, émise, même à tort, même imméritée, peut faire obstacle à de prometteuses implantations. L?inverse est heureusement vrai. Toute note favorable ouvre la porte à une bienveillance qui demande toutefois à être raffermie. C?est dire combien les pays émergents raisonnables ont intérêt à éviter les mauvaises notes de l?E.I.U. et à s?attirer ses recommandations et autres congratulations. C?est aussi sans compter avec l?arrogance coutumière de tout pouvoir en place, le seul convaincu de son bon droit et jamais assez modeste pour reconnaître qu?il ne peut être le seul à se donner raison quand tous les autres lui donnent tort. C?est aussi dire que lorsqu?on n?est pas arrogant et ambitieux dans l?âme, on ne cherche guère à embrasser une carrière politique partisane.

Il faudrait encore donner la signification de l?expression talon d?Achille. Nul besoin, diront les lecteurs de nos réminiscences. C?est oublier ce journal partisan, éminemment dithyrambique et encenseur à tous vents, titrant jadis sur neuf colonnes à la une : Le ministre Untel rendra à notre agriculture sa place de... talon d?Achille de notre économie ! Seigneur, gardez-moi de mes... amis...

A tort ou à raison, l?E.I.U. décrète donc, à la mi-janvier 1983, que, si taxe de sortie il doit y avoir sur notre Sucre, elle doit frapper les profits qu?il génère mais non pas son chiffre d?affaires. La priorité exige aussi d?établir des bases solides sur la force économique du Sucre plutôt que sur sa prédominance économique et historique. La crise économique, que subit l?île Maurice du début des années 1980, ne sera surmontée, à partir de 1985, que par une relance des activités de l?industrie sucrière.

A la demande donc de la MSPA, cinq experts de l?E.I.U. séjournent cinq semaines à Maurice et mettent sur pied une banque de données sur notre industrie sucrière. (N.B. Où est-elle en 2008 ? Est-elle accessible aux chercheurs au cas où ceux-ci existeraient ?) Ils concluent à la nécessité de réviser 1. la répartition de la production sucrière qui est, en 1983, de 74% pour le planteur et de seulement 26% pour l?usinier, 2. la part du Sucre dans notre PIB, 3. son apport de devises dans notre économie.

A ce propos, ils notent que, même lors d?une année aussi mauvaise que 1979-80 (cyclones Claudette et Hyacinthe, pluies abondantes, inondations), le Sucre contribue pour 60% des devises obtenues alors par le pays.

Les experts de l?E.I.U. attribuent la précarité de notre Sucre, en 1983, 1. à la taxe de sortie, le frappant illogiquement et iniquement, 2. à la répartition du sucre trop favorable aux planteurs et inadéquate pour l?usinier, 3. aux coûts excessifs de la main d??uvre, 4. à la rémunération insuffisante du capital investi, 5. à la méthode de calcul de dépréciation. Ils qualifient la taxe de sortie à la source de blunt instrument. De 1970 à 82, notre Sucre génère des profits de 2 230,3 millions de roupies avant la taxe de sortie. Il est toujours rentable même dans les pires années. Après la taxe de sortie, ces profits des meilleures années sont réduits à Rs 1 191,5 millions, desquels il faut malheureusement déduire les Rs 784,6 millions de pertes enregistrées pendant les pires années. Le déclin du Sucre débute après le boom sucrier 1973-76, perturbé d?ailleurs par l?année cyclonique 1975 (Gervaise). De bailleur de fonds, notre Sucre devient un emprunteur patenté, sinon un mauvais payeur. Ainsi la Banque Agricole devient BDM, dans les années 1970, prêtant surtout aux industriels et entrepreneurs, pour retrouver sa vocation agricole, au début des années 1980, quand les banques commerciales doivent fermer leurs robinets à des planteurs canniers, devenus insolvables pour cause de taxe de sortie indue et inique. O Toute-Puissance de sa Majesté la Démagogie politicarde.

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