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Edwin de Robillard, notre conscience nationale

5 mars 2007, 20:00

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Pas d’élections législatives sans le retour, au devant de l’actualité, d’Edwin de Robillard, de son vivant notre conscience nationale, pour rappeler aux candidats briguant (comme c’est bien dit) un siège parlementaire leurs devoirs envers l’électorat et pour rappeler à celui-ci autant ses droits que ses devoirs. Et quand Edwin de Robillard ne va pas à la presse, celle-ci vient à lui. C’est du moins ce qui se passait il y a 25 ans, au lendemain de la publication des Writs of Elections du 11 juin 1982. Elle le décrit comme un nom, comme un symbole, comme un croyant qu’éclaire l’Evangile, comme un Mauricien exemplaire, un obsédé de Justice, de Fraternité, de Paix universelle.

A la genèse d’Edwin de Robillard, il y a une solide formation chrétienne qu’étayent des traditions familiales fondées sur le roc de la foi. Il est, dans les années 1930, un des animateurs du Cercle Saint-Augustin, berceau de nombreuses vocations et pas seulement sacerdotales. La découverte de nouvelles exigences sociales l’incite à dépasser le cadre restreint de son milieu bourgeois et chrétien. C’est le départ pour une exaltante aventure humaine, une entrée au service de son pays et de ses frères et sœurs. C’est l’abolition de toute frontière raciale, culturelle, religieuse, sociale. C’est le début d’un véritable sacerdoce social. Il sait choisir l’épouse qui saura le soutenir et l’accompagner efficacement.

Parmi les innombrables étapes et réalisations de ce cheminement social et fraternel hors du commun, l’on peut noter l’ouverture d’un centre fraternel à Pointe-aux-Sables, lieu privilégié de rencontres amicales et interethniques, point de départs de nombreuses réalisations caritatives mais aussi fraternelles, multiraciales, et suscitant de nouvelles vocations sociales. En novembre 1959, Edwin de Robillard reprend au pied levé une suggestion de Max Moutia et crée la semaine d’amour fraternel, à observer, chaque année, entre la Noël et le Nouvel An. Il invite la nation à une trêve de méchanceté et de haine sous toutes ses formes et à un engagement de la prolonger le plus longtemps possible. En juin 1965, après des bagarres raciales, il obtient de nos journaux qu’ils déposent leurs armes de haine fraternelle et de méfiance mutuelle. Fin juillet 1967, il réussit l’exploit, peut-être sans précédent à Maurice et peut-être dans le monde, de réunir sur une même plateforme, des représentants des différentes communautés religieuses. A la veille d’élections législatives particulièrement décisives, ils invitent leurs compatriotes à agir en toutes occasions comme des hommes de bonne volonté et des artisans de paix. Suivra la création d’un comité interreligieux pour la paix. Après les bagarres raciales de janvier 1968 – car les forces du mal sont, hélas, autant actives que les forces du bien – Edwin de Robillard aide à créer un comité de réconciliation et de paix reconquises.

En 1959, il crée la Solidarité Fraternelle Mauricienne, appelée à devenir ensuite la Solidarité Fraternelle Mondiale. La devise du mouvement est particulièrement motivante : “Ensemble, nous bâtirons un monde meilleur avec le ciment de l’amour fraternel.” Le logo montre cinq mains jointes représentant les mêmes continents. Tout cela ne peut se faire qu’au prix d’une correspondance assidue, inlassable et ne se laissant abattre par aucun déconvenue. Cela est d’autant plus méritoire qu’il n’y a, à l’époque, ni photocopieuse, ni internet, facilitant l’envoi de circulaires collectives.

Le 20e anniversaire de la déclaration universelle des droits humains, Edwin de Robillard met en pratique un projet qu’il caresse depuis 1968 et propose une Charte et une Déclaration Universelle des Devoirs humains. L’OUA et l’unesco s’enthousiasment pour cette idée. Il s’inspire volontiers à ce sujet de Rémy Ollier qui, déjà à la mi-XIXe siècle, disait : “L’homme, quel qu’il soit, est fils de Dieu et, à ce titre, notre frère.” Il se fait aussi un disciple de saint François d’Assise et popularise à Maurice, comme dans le monde, sa célèbre prière : “Là où est la haine que je mette l’Amour.”

Edwin de Robillard n’est plus. Il serait bon que son Message d’amour fraternel demeure car il n’a rien perdu de son acuité. Il serait surtout souhaitable que tous ceux qui ont eu la chance, le bonheur, le privilège, de le connaître, de travailler avec lui, de répondre à son appel de création d’un monde meilleur avec le ciment de l’amour fraternel, se réunissent et examinent ensemble les meilleurs moyens de reprendre son œuvre bienfaisante et de perdurer ses meilleures initiatives.

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