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Edward Alpers, spécialiste de la question de l?esclavage:
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Edward Alpers, spécialiste de la question de l?esclavage:
La diaspora africaine dans l?océan Indien est l?un de vos sujets de prédilection. Dans le cadre de vos recherches, vous êtes venu déjà deux fois à Maurice, en 1997 et 1999. Parlez-nous de cet intérêt?
Je suis venu à Maurice une première fois pour travailler sur le projet du Centre Nelson Mandela pour la culture africaine visant à aider les gens de descendance africaine à retrouver leurs origines. Je me suis intéressé personnellement aux fortes connexions entre l?Afrique de l?Est et Maurice. Je contribuais aux études sur le marché des esclaves par les Français et les Portugais. En 1999, j?ai participé à une conférence tenue par le Mahatma Gandhi Institute. Enfin, j?ai collaboré à l?ouvrage de l?historienne Vijaya Teelock, History, Memory and Identity.
Et la présente visite ?
J?accompagne un groupe de chercheurs dans le cadre de conférences à l?occasion de la Journée mondiale de la commémoration de la traite des esclaves et son abolition. Le groupe interdisciplinaire est composé de plusieurs spécialistes de la diaspora africaine. Françoise Lionnet, qui est Mauricienne, est la présidente du département de français et d?études francophones de UCLA, Candice Goucher, est archéologue à l?Université de l?Etat de Washington, à Vancouver, Jihad Ali Racy et sa femme, Barbara Racy, respectivement, ethnomusicologue et ethnographe sur la danse. Deux Mauriciennes qui viennent d?être diplômées en Histoire africaine, de UCLA, Emily Musil et Joyce Fortuné, se sont jointes à nous. Je souhaite revenir encore à Maurice, mais pour une période plus longue afin d?approfondir mes recherches.
Que pense le spécialiste de la question de l?esclavage que vous êtes, de la revendication des descendants d?esclaves pour une compensation?
Le mouvement en faveur de la réparation des crimes commis pendant l?esclavage a commencé aux Etats-Unis. Au départ, ce mouvement, initié par des intellectuels, avait une dimension psychologique. Il a pris au fur et à mesure d?autres dimensions ; il devenu un sujet, un projet politique. L?on a alors pensé replanifier ce qui avait été décidé au moment de l?abolition de l?esclavage, en jouant sur différents aspects.
Lesquels ?
L?éducation, entre autres. Plusieurs universités ont été créées spécialement pour les descendants d?esclaves. Certains hommes politiques africains ont d?ailleurs étudié dans des universités pour gens d?origine africaine.
Mais le devoir de mémoire, ne peut-il suffire à «réparer» en quelque sorte?
A Maurice et à la Réunion, des événements culturels sont organisés pour se souvenir. Mais dans d?autres pays, c?est un sujet beaucoup trop sensible et trop politique. Quel pays voudrait se rappeler l?esclavage, le tort commis ? Aux Etats-Unis, la Journée mondiale de commémoration du commerce d?esclaves et de l?abolition n?est pas célébrée, si ce n?est par quelques communautés. Elle n?est pas non plus célébrée dans beaucoup de pays d?Afrique qui ont vécu l?esclavage.
Dans quel sens alors devrait aller la réparation ? Comment réparer les séquelles laissées par l?esclavage ?
Avant tout, il faut réduire le fossé qui existe entre riches et pauvres. Ce fossé s?agrandit de jour en jour, les pauvres devenant plus pauvres et les riches plus riches. Si on voit la compensation comme une affaire d?argent, il faudrait qu?il s?agisse d?investissement dans l?éducation, dans les services sociaux, dans la recherche pour combattre le sida? Et il faut aussi et surtout aider les descendants d?esclaves à retrouver leur passé.
Beaucoup de sociologues et d?historiens pensent que reconstituer le passé peut «réparer». Etes-vous de cet avis ?
D?un point de vue historique et d?un point de vue social, les recherches généalogiques sont d?une extrême importance. Les descendants d?esclaves cherchent légitimement à savoir d?où ils viennent; il faut les aider dans leur quête d?identité. Beaucoup des descendants d?immigrants d?origine indienne ou chinoise peuvent savoir d?où venaient leurs ancêtres car ils ont des registres et des photos leur permettant de retrouver facilement des traces de leur famille. C?est un luxe que n?ont pas les descendants d?esclaves.
Le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, qui propose d?aider ceux qui pensent descendre d?esclaves à retrouver leurs origines, est-il en mesure de répondre à la demande dans ce sens ?
Jean-Claude Augustave, directeur du Centre Mandela pour la culture africaine, dit avoir reçu 16 000 demandes pour des recherches généalogiques. Vous voyez bien comme ce besoin, cette demande est importante parmi la communauté créole essentiellement. Or, reconstruire le passé, c?est un grand travail. Car les registres d?esclaves sont très sommaires. Il est difficile de retrouver jusqu?au village d?origine car ces registres parlent d?esclaves en provenance «de Madagascar» ou «du Mozambique». Et l?on sait, de plus, que mozambique était parfois une simple appellation pour dénommer un Africain de l?Est. C?est dire la difficulté. Il est en somme probable que les origines des Mauriciens descendants d?esclaves soient plus variées que ce qui paraît.
Cela dit, il est tout à fait possible pour un descendant d?esclave de remonter assez loin dans le temps pour retrouver des ancêtres. Certains sont parvenus à le faire, à recomposer leur arbre généalogique.
On peut aussi reconstruire le passé grâce à des recherches archéologiques. Candice Goucher, qui participera à la conférence de vendredi (NdlR : hier), parlera du rôle de l?archéologie dans la reconstruction de la diaspora africaine et donnera l?exemple des travaux qui ont été faits dans les Caraïbes.
L?Université de Maurice vient, d?ailleurs, de proposer un cours en archéologie, initié par Vijaya Teelock et l?archéologue indien Amitav Chowdhurry.
Diriez-vous que le Centre Nelson Mandela a un rôle de reconnaissance primordiale dans cette reconstruction de l?identité ?
Tout à fait. Ce centre est une institution d?importance. Avant qu?il ne soit créé, l?on ne percevait pas aussi bien la présence de la culture africaine à Maurice. Ces recherches que le centre aide à effectuer sont, je le crois, d?importance tout aussi fondamentale.n
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