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Ecole paternelle
??A VOIR en famille?. En général, quand on est un adulte émotionnellement équilibré et en possession de ses facultés intellectuelles, ce commentaire signale d?emblée que le film est à éviter. Il y a des exceptions, bien évidemment, mais on peut dans la plupart des cas s?attendre à des films édulcorés, chargés de clichés et de stéréotypes, aux propos simplistes, donnant dans la sensiblerie et surtout très peu inspirés. Les commentaires relatifs à École paternelle, comédie réalisée par Steve Carr parlant d?un film que tout adulte (émotionnellement équilibré, etc.,) devrait aller voir accompagné de sa progéniture ou de celle de son prochain, cela laissait présager le pire. En fait, cette comédie pas bien méchante se maintient dans les limites de l?acceptable.
École paternelle est un produit, ni plus ni moins; un pur produit hollywoodien, un ?produit ciblé?, comme on dit. Cela laisse entendre qu?il y existe bien un public pour ce genre de film, ce qui laisserait supposer l?existence de gens dont la pensée (pour peu qu?on veuille reconnaître à ces gens la capacité de réfléchir) serait en symbiose avec le propos de ce film.
On peut se demander s?il existe vraiment des parents qui s?inquiéteraient de voir leur enfant à l?âge de la maternelle, être initié aux sciences, aux beaux arts, aux langues étrangères, à la grande musique, la philosophie, etc. Existe-t-il vraiment des parents qui prendraient peur à l?idée que leur enfant devienne autre chose qu?un légume gavé exclusivement de cheeseburger, de foot et de rock ? On pourrait aussi se demander quel genre de parent répugnerait à confier l?éducation de son enfant à des pédagogues qualifiés pour préférer l?envoyer chez le gugusse du coin qui s?étant découvert une soudaine vocation, a transformé sa maison en garderie.
École paternelle, produit hollywoodien destiné à caresser le plus grand nombre dans le sens du poil, prend clairement fait et cause pour le gugusse du coin. Eddie Murphy et Jeff Garlin (Charlie Hinton et son pote Phil, respectivement, dans le film) sont deux cadres dans une agence de publicité, deux cadres courant après le succès, la réussite, etc. et qui se font remercier parce que le produit dont ils avaient la responsabilité n?a pas fait le chiffre de ventes espéré. Les deux ayant chacun un enfant à l?âge de la maternelle, ils se retrouvent donc à la maison, chacun avec son rejeton pendant que leurs épouses sont au travail.
On ne sait pas trop ce que fait la femme de Phil, mais celle de Charlie étant avocate, on se dit qu?il est heureux que cette histoire se passe chez des gens d?un milieu relativement aisé; transposé dans un milieu de prolétaires, un tel sujet aurait moins prêté à rire. (Autre petite réflexion : Hollywood ayant horreur de mélanger les couleurs dans ses produits, le noir est marié à une noire et le blanc à une blanche. Mais il vaut mieux éviter tout commentaire à ce sujet, vu que chez nous les choses se passent de la même façon.)
Donc, voilà ces deux papas qui, parce qu?ils se retrouvent soudainement au chômage avec leurs enfants sur les bras, décident d?ouvrir une école ?paternelle?, d?où le titre. Rien de plus facile, il suffit de disposer d?un local et d?aimer les enfants. C?est donc à la portée du premier demeuré venu. Plus tôt dans le film, on voyait le couple voulant inscrire son enfant à une prestigieuse école maternelle tenue par Angelica Huston qui tient un rôle caricatural de maîtresse d?école, Mademoiselle Laharpie. A son image, l?école qu?elle dirige se veut elle aussi caricaturale : une école stricte où des bambins très disciplinés discutent philosophie et écoutent du Mozart ? l?horreur absolue. Par contre, dans l?école tenue par les deux papas, les enfants n?ont que des divertissements et découvrent ainsi la tolérance, l?amour familial, la confiance en soi, etc. ?Il suffit d?aimer?; il y a dans ces quelques mots tout un univers de bêtise.
On pourrait aussi, pour éviter de se faire violence, se dire que le propos importe peu et considérer École paternelle avant tout comme un film d?acteurs; la démarche n?étant pas forcément malhonnête. Dans lequel cas on notera que l?air de rien, Eddie Murphy est en train de changer de spécialité.
Bons sentiments
Après les Docteur Doolittle 1&2, le voilà maintenant confirmé dans les comédies familiales (probablement plus rentables) avec des gags aussi peu inspirés qu?auparavant, sans les écarts de langage (qui le rendaient si sympathique) mais avec de bons sentiments qui raviront les enfants. Il reste quand même un petit quelque chose de son humour d?antan.
Lui donnant la réplique, Jeff Garlin, vedette de séries télévisées américaines, campe un peu le genre de personnage qu?interprétait John Goodman à ses débuts : bon vivant, balourd, toujours maladroit et éminemment sympathique, surtout. Il fait un peu l?impression d?un nounours, ce qui est un atout non négligeable dans une comédie pour enfants. Un troisième vient les rejoindre dans la deuxième moitié du film, Steve Zahn, vu dans Hors d?atteinte. Il joue toujours les doux dingues et on a plaisir ici à le voir abandonner le monde de la publicité pour découvrir sa vraie vocation.
Ce film a quand même quelques bons moments, çà et là, même si dans son ensemble il amusera surtout les enfants. Ce qui nous amène aux véritables acteurs principaux de cette comédie : les enfants. De deux au début, leur nombre s?accroît au fur et à mesure que le film progresse pour atteindre presque une vingtaine, les deux papas faisant de rapides progrès dans l?art de la puériculture. A peu près une vingtaine d?enfants, donc tout autant de personnalités qu?un François Truffaut ou même un Spielberg auraient le bon sens et le talent de porter en avant de l?écran. Steve Carr lui, a préféré les cantonner à des stéréotypes, des personnages d?arrière-plan sans aucune surprise limités à des rôles de faire-valoir. Ce n?est qu?une occasion ratée parmi tant d?autres dans ce film. Mais n?allez pas pour autant croire qu?il a laissé froid son public, l?autre jour. Presque tous se tordaient de rire, dans la salle, et pour cause : il y avait quatre adultes et trente-cinq enfants. École paternelle est donc définitivement un film à voir en famille. Désolé.
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