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D?îles en ils
Point commun : ils sont tous nés dans une île. Portant en eux le vécu d?une terre entourée d?océan. L?expérience d?une mer déchaînée par le vent méchant. Partageant ce double regard, celui tourné vers l?ailleurs. Celui aussi braqué sur l?intérieur. Cliché ? Souffrance réelle ?
Depuis samedi, et ce jusqu?au jeudi 28 juin, InsulART réunit 25 insulaires. Pour qu?ils disent leur art. Là, face à l?océan, du côté de Flic- en-Flac. Prise en charge totale par l?association pARTage, avec rien d?autre à l?agenda que créer. Deux semaines de conférences, de rencontres, de balades pour ces plasticiens venus des états membres de la Commission de l?océan Indien. Mais aussi des îles Andaman et Nicobar et de Martinique.
Si la géographie les éloigne, les préoccupations sont étrangement familières. Il n?y a pour cela qu?à écouter l?exposé du Martiniquais Jean François Boclé. Vivant à Paris depuis une vingtaine d?années, c?est dans la ville lumière qu?il a choisi de ?faire revenir les fantômes d?esclaves dans Paris?. Image à l?appui, il nous montre Zone d?attente, installation consistant en une silhouette tracée en rouge sur une route. Comme après un accident. ?Les gens dans la rue s?inquiétaient. Ils voulaient savoir qui est mort. Je répondais : ?Des millions?.? Car à côté de la silhouette sur le bitume, Jean François Boclé a aussi écrit des coordonnées géographiques, des points de repère entre l?Afrique et l?Amérique où les esclaves ont trouvé la mort.
?Mon expérience de l?insularité m?amène au plus près de la démesure?, explique-t-il. ?C?est paradoxal, mais c?est comme cela. Mon île c?est un département français, mais j?y pense comme à un pays.? Contrée menacée par la pollution, par l?envahissement des sacs en plastique. Alors, Jean François Boclé a créé Tout doit disparaître ! Quinze mille sacs en plastique bleu, ?que l?on secoue juste pour faire entrer de l?air? puis empilés. Oeuvre éphémère de 250 mètres carrés qui ?chaque jour perd de sa hauteur? alors à chaque fois l?installateur ajoute d?autres sacs. Il a fait le compte, à l?heure actuelle il y en a 125 000. ?Cette installation, c?est un regard sur l?Atlantique.? On est entre l?échange, car le sac en plastique renvoie à la consommation ? et la perte par la pollution ? par le commerce humain.
La mer pour Pratibha Sarkar, d?Andaman (île indienne), c?est cette montagne d?eau qui a effacé le lieu où elle est née, lors du tsunami en 2004. D?une voix passionnée, Pratibha raconte comment sa vie ressemble à celui d?un îlot. Enfant, elle n?a connu d?Andaman que les murs du pensionnat où elle était scolarisée. ?Vous savez comment peuvent être les jeunes filles qui grandissent dans ce contexte : toujours à rêver, à se demander ce qu?il y a derrière les murs.? Après l?école, cette printmaker découvre le ?main land?, l?Inde. Sans avoir pu explorer Andaman. Sept ans d?études qui la retiennent loin de sa terre natale. ?Je suis revenue après le tsunami en 2004. C?est là que j?ai vu tout ce que j?avais manqué. Il n?y a pas d?école de Beaux-Arts à Andaman, l?art y est surtout tribal.? Depuis Pratibha Sarkar s?efforce de reconstruire son imaginaire, son Andaman, tissant des liens entre l?art traditionnel et les formes modernes.
Les liens entre ?la façon de penser, de réagir face à certaines situations? sont tangibles pour Afzal Shaafiu Hasan des Maldives. Quand Pratibha parle, il acquiesce. Dit qu?il n?y a pas non plus d?école d?art dans son pays et que la seule galerie du pays a ouvert ses portes il y a deux ans. Des difficultés qui ne l?empêchent pas d?écarquiller les yeux là où il va. Nous expliquant qu?il trouve qu?en terme de distances
?Maurice est un grand pays?. Toutes ces sensibilités ont jusqu?au 28 juin pour faire mûrir leur participation à l?atelier résidentiel. Leurs travaux seront exposés alors jusqu?au 29 juin au MGI.
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