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Détour mortel du déjà-vu malgré les effets spéciaux

13 novembre 2003, 20:00

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LES CITOYENS de l?État de Virginie occidentale semblent avoir toujours fait l?objet d?un certain mépris de la part d?Hollywood, les vertes collines de cette contrée ayant souvent été décrites comme abritant des bouseux dépravés, tous mentalement comme physiquement dégénérés, l?aboutissement de plusieurs générations successives de croisements consanguins. Délivrance, célèbre film de John Boorman (1972) auquel référence est faite si souvent dans Détour mortel, racontait comment un groupe de paisibles randonneurs venus se ressourcer en pleine nature, se faisait harceler, agresser, puis massacrer par toute une communauté de ces crétins congénitaux supposés habiter les collines de Virginie Occidentale.

Comme dans le film de Boorman, Détour mortel nous lâche un groupe de jeunes gens dans les collines boisées du 35e état américain. Seulement, cette fois ils sont six : deux couples, une célibataire, et un jeune homme amené à faire partie du groupe à la suite d?un accident de la route. Ces jeunes gens ayant tous cette particularité de ne présenter aucun signe particulier, on devinera que les scénaristes obéissant à certains impératifs commerciaux ont opté pour des personnages auxquels l?adolescent moyen (gavé, comme le veut la formule, de clips MTV et de Cheeseburger-Coca) pourra aisément s?identifier. Ils semblent sortis tout droit d?une série télé destinée aux 15-18 ans, tous incarnant les mêmes stéréotypes et tous totalement prévisibles au point qu?on devine dès le début qui s?en sortira et qui y restera.

Il se trouve donc, que la route que suivent ces jeunes gens en s?en allant chercher de l?aide (il y en a quand même deux qui restent pour garder les voitures et qui se font sauvagement trucider) les mène tout droit à la cabane de trois sous-êtres humains, ces ploucs dépravés, dégénérés, etc., qui ont pour habitude de massacrer quiconque croise leur chemin. Pas vraiment par méchanceté (enfin, on n?en sait trop rien), mais pour en faire des conserves, la chair humaine se trouvant être pour eux une denrée alimentaire de base.

En plus de Délivrance, tout ça lorgne beaucoup du côté des classiques tels que Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) ou de La colline a des yeux (Wes Craven, 1977) et autres films ?gore? qui firent sensation dans les années 70. Ce qui, à en croire un critique qui fait état d?un article de presse, était bel et bien l?intention de Rob Schmidt, le réalisateur.

L?horreur fonctionne

Ces films ont eu en effet, le mérite d?avoir été les premiers films d?horreur dignes de ce nom en ne laissant pas grand-chose à l?imagination. C?est-à-dire des films pleins d?hémoglobine, avec des personnages véritablement monstrueux et racontant des histoires réellement atroces. Ce qui à l?époque, était une nouveauté pour un public qui jusque-là ne connaissait essentiellement que les films d?horreur sortant de la Hammer House ou encore les films de Roger Corman. Seulement, ces ?chefs-d??uvre? étaient aussi, techniquement, des films bricolés avec des bouts de ficelle, souvent interprétés par des acteurs médiocres et avec des effets assez primitifs comparés à ce qui se fait aujourd?hui. En d?autres mots, c?étaient des films assez mal fichus, ce qui fait aujourd?hui une bonne part de leur charme.

Rien ne montre dans Détour mortel que son réalisateur Rob Schmidt ait bénéficié d?un budget plus conséquent que d?habitude (pour quoi faire ? de toutes les façons) pour ce genre de production. Rien ne vient montrer non plus qu?il ait manqué de moyens. Au contraire : comme responsable des maquillages, il y a Stan Winston (qui a aussi une part dans la production), l?un des grands maîtres en la matière, Oscar du meilleur maquillage/costumes en 1980 pour Alien et qui a aussi travaillé sur Terminator 2. Comme on l?aura deviné, les physiques des trois affreux sont le fruit de son inspiration et, on aura beau dire, ces derniers (ils ne parlent pas et restent sans nom) font quand même meilleure impression que leurs vis-à-vis. Il est dommage que Rob Schmidt n?ait pas jugé souhaitable de nous les montrer plus souvent en gros plan. D?autant plus dommage qu?à la photographie il y a John S. Bartley que les inconditionnels ses X-files devraient connaître.

Lors de sa toute première saison en effet, un épisode de cette série traitait justement de personnages mentalement et physiquement dégénérés nés de croisements incestueux et, à la caméra, il y avait ce même John S. Bartley dont le travail avait grandement contribué à une atmosphère qui maintenait les téléspectateurs entre la répulsion et la fascination.

On retrouve un peu de cela dans Détour mortel, mais comme le souligne un critique, la caméra de Bartley reste ici la plupart du temps montée sur trépied et donc hors de l?action. Alors que, tenue à l?épaule, elle aurait eu ces mouvements saccadés typiques du genre, et permis de gros plans sur les ?monstres?, ce qui aurait eu plus d?effet.

Reste que malgré tout cela, Détour mortel ne peut être considéré comme un mauvais film. L?horreur fonctionne et les épisodes sont bien agencés. Seulement, on a beau faire, tout cela reste du déjà vu quand ce n?est pas de l?archi-vu. C?est juste que le genre lui-même est épuisé, tout simplement et qu?un plus gros budget et de meilleurs effets spéciaux ne font pas nécessairement un meilleur film.

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