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Décoincer le supérieur

13 mai 2005, 00:00

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Aussitôt nommé à la tête de l?université de Maurice, le professeur Indurlall Fagonee, a affiché son ambition de transformer Maurice en un pôle de compétences. Il se rendra vite compte qu?il n?en a pas vraiment les moyens. Il est d?abord limité par les infrastructures inadéquates. Sur les 6 000 jeunes qui solliciteront une place à l?université cette année, seulement 2 000 seront inscrits.

Si le gouvernement a permis au préscolaire de réaliser des avancées considérables, au primaire d?accomplir une révolution et au secondaire de repartir sur des bases saines, il n?a pu procéder à la transformation annoncée de l?enseignement supérieur. On attend toujours la publication du livre blanc sur la réforme de ce secteur.

La situation va encore empirer. Le goulet d?étranglement, au niveau de l?université, deviendra encore plus étroit avec les dernières réformes éducatives. La construction de dizaines de nouveaux collèges et la scolarité obligatoire jusqu?à 16 ans vont dans le bon sens. Mais, pour aller jusqu?au bout de la logique de démocratisation, ces progrès doivent être accompagnés par le développement d?un enseignement supérieur de masse. Pour l?heure, il est réservé à une élite. La frustration est grande dans les rangs de ceux qui sentent que les horizons sont bouchés tandis qu?ils ont envie d?aller plus loin.

L?université n?a pas la maîtrise de ses moyens. C?est l?Etat qui lui alloue son budget. Donc, sans une politique officielle qui met l?accent sur le renforcement de ses capacités, l?université ne pourra pas répondre à la demande pour une augmentation du nombre de places. Or, l?intérêt qu?attache l?Etat à la question est en deçà des attentes. Entre-temps, nous accumulons du retard. Citons, à tout hasard, un chiffre pour illustrer cela : la ville de Shanghai compte à elle seule plus de 30 universités, dont une dizaine qui sont affiliées à des institutions prestigieuses aux Etats-Unis ou en Europe.

Certains stratèges du développement soutiennent que le progrès d?un pays s?appuie moins sur les ressources naturelles et les technologies que sur la disponibilité de ?brain power?. Tenant compte du nombre de jeunes Mauriciens qui essuieront une fin de non-recevoir de l?université de Maurice, ce mois-ci, on peut dire que nous passons à côté du progrès.

Si ses moyens infrastructurels dépendent des ressources que l?Etat lui offre, en revanche, l?université dispose d?une grande marge de man?uvre en ce qui concerne la recherche. Mais, dans ce domaine également, l?échec est manifeste. Personne ne peut soutenir que cette ?developmental university? ait atteint ses objectifs en soutenant les industries locales. Elle a même été régulièrement frileuse à l?égard de cours innovateurs à chaque fois qu?un nouveau créneau d?emplois apparaît. D?abord, le textile, puis les Tic, en ont fait l?expérience.

Il reste la question d?ouverture aux universités privées. Le cadre institutionnel pour l?accueil de ces universités est dépassé. A l?exception du SSR Medical College qui existe grâce à la détermination et la persévérance d?un homme, R.P.N. Singh, les autres universités qui ont voulu établir une antenne ici ont buté contre la bureaucratie tatillonne des responsables de la Tertiary Education Commission. Ces derniers se révèlent très créatifs quand il s?agit de bloquer les demandes des universités étrangères.

Si l?enseignement supérieur continue à occuper les derniers rangs au tableau des priorités des politiciens, il y a peu de chances que le pays puisse se positionner comme un ?knowledge hub?.

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