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Débat toujours avorté
Le signe distinctif d?une société mûre est sa capacité à gérer les conflits qui ne semblent pas avoir d?issue. Il est certes des problématiques qu?on ne se résoud pas à aborder tant elles sont porteuses d?autres apories insurmontables. C?est le cas de la question de l?avortement. Qu?est-ce qui reste à rajouter dans ce dossier déjà fort volumineux? Sinon une incapacité congénitale à exercer notre responsabilité collective? En effet, tout le monde s?est prononcé. Les pour et les anti. Les modérés et les consensuels. Et même ceux qui n?ont d?opinion qu?entre les quatre murs d?un salon qui les protègent d?une réaction contradictoire. On pourrait continuer la séquence.
Le démantèlement d?une «clinique» clandestine, où des femmes sont livrées à une chirurgie approximative et mercantile de ceux qui ont fait du triturage de la chair humaine leur business, a fait surgir pour la énième fois cette question de l?avortement. Mais même ces chirurgiens de l?underground médical ne sont coupables qu?en tant que produits déviants d?une société qui peine à prendre des décisions et à se débarrasser des tares de l?hypocrisie. Et c?est ainsi que des pratiques illicites deviennent pérennes.
Il existe ces cliniques, nullement cryptiques celles-là, qui autorisent l?avortement sous couvert des interventions autorisées. Les dénoncer ? Pourquoi ? Parce qu?elles accueillent celles qui ont des moyens ? Ces structures répondent à un besoin et tant mieux si elles peuvent éviter à certaines femmes de se faire taillader le corps. Elles nous permettent en fait de préserver notre bonne conscience. Elles remplissent une fonction sur laquelle nous pouvons gentiment fermer les yeux. Implicitement, on reconnaît aux femmes qui ont recours à leur service cette liberté de conscience individuelle qui transcende les préjugés sociaux et les interdits et autres tabous confessionnels.
Il reste celles et ceux qui agissent par conviction. Oui pour l?avortement. Non contre l?avortement. Au fond, peut-on avoir une position sur cette question ? Quelle est cette autorité immatérielle qui nous permet de prendre position ? Quelle est cette vérité révélée qui fait de l?avortement un mensonge ? On pourrait certes nous sortir des chapelets de pieux versets, énoncés ici et là, pour faire la démonstration de notre responsabilité vis-à-vis d?un f?tus. Mais, dans ce même processus de divinisation de l?humain que préconisent les religions remises aux goûts des croyances et valeurs contemporaines, il y a un droit non négociable qu?on a accordé à l?individu-citoyen. La femme ne peut-elle pas l?exercer à ce chapitre de l?avortement?
Quittons ce terrain du cléricalisme pour emprunter la voie du séculier. La femme moderne a tous les droits. Sauf qu?elle devient coupable lorsqu?elle décide, pour une raison qui lui est particulière, de mettre fin à une grossesse. Les prophètes de la morale et de la bienpensante religieuse sont conscients de l?anomalie mais ils sont liés par la loi des hommes et la foi des dieux.
Aucun humain ne peut décider ou pontifier quoi que ce soit sur une femme qui porte un enfant et qui décide ou de le garder ou de le sacrifier. On dit qu?il ne peut y avoir de sens sans contexte. Prendre position dans le cas de l?avortement, c?est généraliser et prétendre qu?il y a une situation uniforme qui justifie une posture unilatérale. Cela n?exonère pas pour autant l?Etat de sa responsabilité de savoir naviguer dans ces eaux troubles. C?est d?ailleurs l?une de ses principales fonctions : savoir trancher là où le bon sens ne rime pas forcément avec la bonne casuistique.
De tout temps, les gouvernants mauriciens ont remis aux calendes grecques toute cette question. Parce qu?ils ont été incapables de se dissocier de l?Etat, d?afficher une conviction personnelle et de penser qu?en donnant la liberté de décision aux femmes ils contraindraient les autres à renoncer à leur éthique. Seulement qu?en renonçant à leur responsabilité, ils déresponsabilisent tout le monde?
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