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Du virtuel au réel
A force d?entendre sonner le glas de l?industrie de textile-habillement, le gouvernement a enfin réagi. Les paroles du nouveau ministre de l?Industrie, Sushil Khushiram, dans le cadre de sa première interview à ce poste publiée lundi dans ?l?express?, ressemblent à une mobilisation des troupes avant l?affrontement final. Tant mieux. Il y va de la survie de ce secteur qui représente, directement ou indirectement, plus de 20 % des emplois de ce pays.
Les mesures d?accompagnement financier et technique annoncées par le ministre constituent en tout cas un signal fort qu?on désespérait de voir venir de la part du gouvernement.
Les ultralibéralistes crieront sans doute que ce n?est pas le rôle de l?Etat de voler au secours des entreprises en difficulté. C?est faux. Tous les pays le font. De plus, le gagne-pain de 80 000 pères et mères de famille est plus important que l?idéologie.
Au contraire, on peut regretter que ce réveil des autorités soit si tardif. Mais l?heure n?était sans doute pas mûre encore. D?un côté, les industriels n?avaient pas encore pleinement saisi l?urgence d?une restructuration. Et partant, ils n?étaient sans doute pas prêts à s?engager dans un contrat aussi contraignant. Car c?est bien d?un contrat qu?il s?agit. Le gouvernement propose le rééchelonnement des dettes des entreprises de textile-habillement en échange d?un engagement total dans la restructuration et la modernisation de ces dernières.
De son côté, l?Etat n?avait pas encore déchiffré les ombres chinoises derrière le démantèlement de l?accord multi-fibre étant pris dans son rêve virtuel. Mais faute reconnue est à moitié pardonnée, dit-on.
Il s?agira maintenant de veiller à ce que le gouvernement respecte le délai de livraison de ces mesures. Mars, comme le promet Khushiram, ce n?est pas si loin. Les donneurs d?ordre étrangers ont une boutade favorite lorsque les industriels leur demandent la date à laquelle ils souhaitent être livrés. ?Hier, si c?est possible?, aiment-ils répondre. Le soutien attendu en faveur du textile-habillement étant ?long overdue? le gouvernement devrait s?inspirer de cette boutade des clients européens et américains.
Par ailleurs, il faudra aussi s?assurer que la rallonge financière que consentiront les banques et les institutions étatiques rapporte des résultats, et vite. Il s?agit surtout de s?assurer que le processus de restructuration se poursuive même après réception du ballon d?oxygène financier promis.
Nous connaissons trop la mentalité de certains industriels ? pas tous, qu?on se rassure ? pour mesurer combien il sera important d?avoir un cerbère vigilant qui fera plus qu?aboyer au moindre manquement aux engagements pris.
Par ailleurs, au-delà d?un sauvetage espéré de l?industrie du textile-habillement, les mesures annoncées par le ministre Kushiram traduisent probablement une nouvelle approche à la gestion économique. Lors de son dernier point de presse en tant que ministre des Finances, Paul Bérenger, avait annoncé son intention de rectifier le tir sur le plan économique. La formule ayant été tellement usée, pratiquement personne n?y a prêté attention.
Pourtant au moins deux éléments viennent confirmer qu?il y a bel et bien un réajustement de la stratégie. D?une part, le gouvernement parle avec beaucoup plus de modestie du potentiel de la cybercité. Les discours de 2004 sont loin des 20 000 emplois annoncés pour demain ou presque alors que la cybertour émergeait à peine de terre.
D?autre part, l?annonce d?une réelle stratégie de soutien au textile-habillement découle certainement de cette lucidité retrouvée. Sans compter que la hausse du chômage dans un contexte où les échéances électorales se rapprochent a du donner à réfléchir. Surtout après la défaite de Piton-Rivière-du-Rempart.
Le gouvernement a enfin compris que l?économie réelle passe avant le virtuel. Depuis le temps qu?on le dit.
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