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Du vent dans les voiles

27 décembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

ALORS MÊME QUE BEAUCOUP de destinations touristiques à travers le monde, y compris Maurice, se plaignent encore des effets du 11-septembre-2001, New York City enregistre cette année son plus fort taux de croissance en arrivées touristiques depuis 2001. Les hôtels se trouvant à proximité même du Ground Zero font le plein en termes de taux d?occupation. Pour la première fois dans l?histoire du tourisme mondial, le cap des 700 millions de visiteurs (+3 %) a été franchi dès 2002.

C?est ça, le tourisme, une industrie qui touche à l?être humain dans toute sa complexité psychologique, son environnement socio-économique, son tempérament et sa curiosité. La mauvaise conjoncture qui affecte le tourisme mondial n?a pas diminué le volume de voyages à travers la planète. La psychologie du voyage, elle, a toutefois changé sous l?effet d?autres événements majeurs, l?épidémie de SRAS, la guerre en Irak et le terrorisme. Une psychologie nouvelle qui appelle des ajustements de la part de ces destinations qui veulent rester reines. Ces ajustements sont d?autant plus souhaités que l?Organisation mondiale du Tourisme (OMT) prévoit une belle récolte pour 2004 avec l?amélioration de l?économie mondiale qui s?annonce.

La stratégie de marketing du pays, d?abord, doit être impérativement revue par rapport aux nouvelles données mondiales, tant en matière de compétition internationale qu?en market repositioning. La visibilité de la destination Maurice dans les différents marchés émetteurs est relativement faible aujourd?hui alors que la concurrence est devenue plus féroce et le marketing, un exercice professionnel hautement complexe et sophistiqué.

Avec l?augmentation prévue du parc hôtelier mauricien (Bel Ombre, St Félix, Les Salines, La Prairie, projets sous l?Integrated Resort Scheme et autres extensions) sans compter l?accroissement constant du secteur informel qui absorbe près de 30 % des arrivées, la priorité des priorités demeure la croissance - arrivées et recettes. Malgré la hausse de l?euro, les revenus du tourisme ont stagné alors que les dépenses par touriste ont chuté de 1,09 % en 2002.

Question stratégie, celle de la compagnie aérienne nationale de revoir la desserte de certains marchés non-rentables interpelle également. L?on est tenté de se demander, après la fermeture de la desserte de Manchester et bientôt de celles de Bruxelles et de Vienne, « Which one is next ? ». Doit-on craindre d?autres fermetures pour cause de non-rentabilité ? Est-ce vraiment la solution ? Et si la réponse se trouvait dans un manque cruel « d?actions de marketing » de la compagnie sur ces marchés. Ce n?est pas parce qu?Air Mauritius décide de desservir une route que le trafic suivrait notre paille-en-queue. Un marketing plus intelligent et un ciblage mesuré de ces nouveaux marchés par rapport à l?offre devraient se faire de façon plus stratégique et concertée pour donner un boost au trafic. La volonté de réussir chez Air Mauritius est à la fois palpable et sincère. Mais l?industrie a besoin de beaucoup plus pour réussir.

La politique de tarification du billet d?avion est aussi un facteur important dans l?équation. La demande de places devient pressante par moment sur les marchés. Les hôtels se retrouvent avec une moyenne de 60 % de leur taux d?occupation. Une meilleure planification, bien à l?avance, de la capacité de sièges est devenue primordiale pour l?avancement du secteur.

Au niveau de la destination elle-même, l?industrie se consolide davantage en termes de qualité du produit et des services. Le secteur hôtelier mise aussi sur la tendance du marché en mettant en relief le nouveau concept de bien-être, le développement du corps, de l?esprit et de l?intellect ? spa, thérapie, massage, relaxation, etc. ? dans le décor tropical, soleil, mer et plage, jadis le plat principal de notre tourisme.

La Police du tourisme doit poursuivre sur la voie ouverte. Leur opération commence à porter ses fruits. Discrets et efficaces, les officiers de la nouvelle unité font un bon travail. De même, la Tourism Authority et la Tour Operators and Travel Agency Authority, récemment mises en place, devraient aider l?industrie à se professionnaliser.

L?Ecole hôtelière semble s?être adéquatement ajustée aux besoins immédiats du secteur. Elle a augmenté sa capacité de 200 à 800 élèves par an avec l?ouverture de son établissement pour des cours du soir et la décentralisation de son programme de formation vers les centres régionaux qui fonctionnent déjà dans les hôtels. La signature d?un accord avec l?Ecole hôtelière de Lausanne vise à donner une reconnaissance mondiale aux cours dispensés à cette école, qui se veut être un centre d?excellence dans la région. Cependant, le refus du gouvernement d?investir davantage dans l?infrastructure de l?école d?Ebène aura des conséquences sérieuses sur la qualité de notre main-d?oeuvre aussitôt que les nouveaux hôtels entreront en opération à partir de 2004-2005. Le braconnage chez les confrères deviendra pratique courante comme dans les années 90. Et le service en souffrira.

L?extension de l?Ecole hôtelière de Maurice aurait permis de former davantage de jeunes pour notre industrie mais aussi d?exporter notre main-d?oeuvre très recherchée dans l?hôtellerie et l?aviation vers d?autres destinations touristiques, telles que les Emirats.

Les récents incendies qui ont ravagé certains hôtels du littoral sont source d?inquiétude. Qu?ils soient accidentels ou criminels, l?image du pays prend un coup. Cela est d?autant plus préoccupant que les attentes du secteur touristique sont plus grandes du fait de la fragilité de l?agriculture et du textile. En attendant les travaux de recherche initiés par le Mauritius Research Council sur une meilleure protection pour les toits de chaume, l?inquiétude s?installe chez beaucoup d?hôteliers.

Alors que les indications touristiques sur le plan mondial sont encourageantes, les défis pour notre tourisme sont énormes. Nos priorités sont la croissance dans les arrivées et les recettes, le remplissage des avions ? pourquoi ne pas encourager l?arrivée de plus de jets privés avec des formalités plus simples ? ? et les infrastructures de formation. Il nous faut une nouvelle vision pour le tourisme, un nouveau dynamisme sur les marchés ? bref être plus audacieux !

Sen Ramsamy

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