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Du temporal

8 mai 2004, 20:00

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Depuis quelque temps déjà, l?espace de l?information publique est ponctué de scandales. Une fois une affaire éclatée, elle occupe les premières pages de nos publications et les grands titres de nos ondes pendant des semaines, voire des mois. Ce sont ces grandes histoires de corruption qui animent le débat public. Elles déterminent le contenu des conversations et deviennent inévitablement des sagas qu?il convient de suivre pour être au fait des derniers développements, mais aussi pour ne pas se laisser décrocher par les actualités. Notre temps de parole et de réflexion étant consacré à essayer de comprendre et à expliquer les motivations des présumés gangsters, nous finissons ainsi par nous retrouver dans une société où les acteurs les plus mis en évidence sont les policiers, les avocats, les juges, les animateurs du débat public et les malfaiteurs. Ils font circuler l?information et sont aussi ceux qui sont à même de porter un jugement, sinon à proposer une lecture critique, sur les affaires en cours.

Lorsqu?on a ainsi tous les regards tournés vers soi, il y a plusieurs possibilités de postures qu?on peut prendre. On a, à cet effet, pu se rendre compte que certains n?hésitent pas à se présenter comme la personnification des institutions qu?ils sont censés représenter, alors que d?autres cèdent facilement à la griserie de l?exposition médiatique pour interpréter des rôles qui ne sont pas les leurs. C?est de cette manière que nous entrons dans un train de vie où quelques acteurs, détenant et façonnant l?information, nous tirent vers un ancrage référentiel de notre quotidien qui se conjugue avec les affres d?une série noire.

Depuis quelques années, nous vivons à ce rythme. On nous dirait que les scandales existent de tout temps. On nous citerait même des exemples du passé. Ce sont d?ailleurs toujours les mêmes qui reviennent. Aujourd?hui néanmoins, c?est la multiplicité et la fréquence des affaires qui interpellent. Une certaine lecture facile nous ferait croire que le nombre de corrompus a augmenté ou encore que les m?urs ont subi un pourrissement. Il s?avère que la société a connu de profondes métamorphoses. C?est dans l?ordre des choses quelque part, que la société génère au fil du processus de sa modernisation, des anomalies et des dysfonctionnements autant que les individus deviennent plus vulnérables aux pratiques douteuses. Un suivi du cheminement des sociétés modernes donne clairement à voir que nous n?éviterons pas ce basculement dans la surmatérialisation de l?information et de notre mode de vie.

C?est précisément dans la phase dans laquelle nous nous retrouvons qu?il importe de ne pas oublier l?essentiel. L?actualité ne devrait pas occulter l?information. Les affaires ne peuvent mobiliser toute notre activité critique. Chacun, remplissant son rôle, doit respecter l?importance des affaires qu?il traite. Le piège est de céder au désir du grossissement. Il y a en effet une certaine inflation dans le traitement du ponctuel qui évacue de notre espace public tout ce qui relève de l?abstrait. C?est en profitant de cette obsession du temporel que certains se donnent à c?ur dans leur entreprise d?abêtissement du débat public.

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