Publicité
Du rapport à l?action
Ce n?est pas nouveau : les gouvernants français adorent les rapports. De préférence ambitieux et intelligents, dressant d?impeccables diagnostics et évoquant des lendemains qui chantent. Nicolas Sarkozy déroge d?autant moins à la règle qu?il entend changer la France.
C?est donc avec une belle énergie que le président de la République avait, à l?été 2007, installé deux commissions : l?une présidée par l?ancien premier ministre Edouard Balladur pour rénover en profondeur les institutions et la démocratie française, l?autre présidée par l?ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, pour libérer la croissance française et retrouver le plein-emploi. À l?un comme à l?autre, il avait recommandé de faire preuve d?audace. « Ce que vous proposez, nous le ferons », avait-il ainsi lancé lors de l?installation de la commission Attali.
Nous y sommes, dans les deux cas. Et le passage à l?acte risque d?être moins glorieux qu?annoncé. Non que les rapporteurs aient manqué à leur devoir. À défaut de changer de République, comme en rêvait son président, la commission Balladur a formulé, à l?automne, une batterie de propositions qui sont loin d?être négligeables. Elles visent à renforcer les pouvoirs du Parlement, mais aussi ceux des citoyens, en permettant notamment à ces derniers de saisir le Conseil constitutionnel pour qu?il se prononce sur la conformité d?une loi aux droits fondamentaux. L?innovation serait considérable. Or elle est menacée d?être passée à la trappe lors des derniers arbitrages en cours à l?Élysée.
Jacques Attali, de son côté, s?apprête à présenter ses « trois cents décisions pour changer la France ». Gageons qu?elles auront également quelque difficulté à être traduites en actes. Un seul exemple : l?ambition numéro un est de « préparer la jeunesse à l?économie du savoir », et donc de « se donner les moyens pour que tout élève maîtrise, avant la fin de la sixième, le français, la lecture, l?écriture, le calcul, l?anglais, le travail de groupe et l?informatique ». Parfait. Mais cela fait vingt ans que toutes les études pointent ce handicap terrible que constitue la non-maîtrise de la langue à l?entrée au collège.
Et cela fait huit ans, depuis le sommet de Lisbonne, que l?Union européenne s?est engagée, formellement, à devenir la championne de l?économie de la connaissance en conduisant la moitié des jeunes au niveau de la licence. Sans que, dans un cas comme dans l?autre, cela ait permis d?améliorer en profondeur la réalité.
Voilà donc le chef de l?Etat au pied du mur. Les rapports ont l?indéniable mérite de préparer les esprits au changement. Mais, si l?exécutif réduit leurs recommandations comme peau de chagrin ou s?il n?y consacre pas les moyens nécessaires, il est à craindre qu?il déçoive plus qu?il n?entraîne.
Editorial paru dans l?édition du 20 janvier
<B>© Le Monde 2008 Distribué par The New Times Syndicate</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents