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Du prévisible

22 mai 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Étonnant tout ce qu?on a entendu cette dernière semaine. Outre l?inusable affaire Deelchand, on a eu un autre événement croustillant à se mettre sous la dent. Chacun y est allé de son chapelet de leçons et d?analyses. C?était, selon le camp dans lequel on se situait, ou une grande leçon de démocratie ou une autre aberration des électeurs qui devenaient de plus en plus imprévisibles. Enfin, comme si elle avait compris qu?il faut mettre tout le monde d?accord, Sonia Gandhi a renoncé au poste de Premier ministre indien. La plus grande démocratie du monde nous livrait une autre leçon de politique. Les enfants gâtés de la politique mauricienne sont restés bien muets sur cet épisode. Le poste était à elle, une majorité des électeurs était derrière elle, mais le leader Sonia Gandhi a préféré regarder devant elle. Un geste, pouvant à la fois être de renonciation et de calcul, qui laisse pantois tous ceux qui, à Maurice, cherchaient des symboles ou des enseignements de la victoire du parti de Sonia Gandhi aux élections en Inde. Enfin, à Maurice, ceux qui voyaient d?un mauvais ?il l?accession de Sonia Gandhi au poste de Premier ministre pouvaient se sentir sécurisés. Mais à défaut d?avoir un premier Premier ministre qui ne soit pas née au pays, l?Inde s?offrait immédiatement un autre premier Premier ministre non-hindou, le sikh Manmohan Singh.

Certains experts, analystes et commentateurs locaux, se sentaient quand même un peu mieux. On aurait eu du mal autrement à justifier le sain réflexe de l?électorat indien. Entre-temps, on a pu mesurer comment un événement étranger pouvait à ce point mobiliser notre attention. Mieux, à quel point il témoignait d?un certain sens d?identification à un autre peuple. Ici, on y voyait une concordance des temps politiques. Là, un détournement de sens des signifiés ethniques et nationalistes.

À présent que Sonia Gandhi a renoncé au poste suprême, on peut à nouveau camper sur nos berges et reprendre nos bonnes vieilles habitudes. Des politiques qui ridiculiseraient des officiers de police. D?autres qui joueraient aux malades pour éviter la cellule policière. Enfin une population qui s?abreuve d?une actualité qui désormais ne rate pas son rendez-vous avec le scandale annuel. Nous retrouvons donc les justifications nécessaires pour décamper de nos berges d?autant plus qu?on envisage même de distribuer des places à nos enfants dans certaines écoles, selon le mode du tirage au sort. Enfin, puisqu?il faut bien trouver une formule, pourquoi ne pas s?éloigner de toute possibilité d?une solution rationnelle.

Nous avons eu donc notre dose d?irrationalité. Nous pouvons reprendre notre sketch boulevardier sur les querelles byzantines, sur notre désamour de la raison, sur nos multiples sophismes? Oubliée la leçon de la Bharatma ! Rangées à nouveau au magasin des accessoires ces grandes valeurs de démocratie et de justice qui nous viennent d?horizons divers. L?île Maurice est occupée à essayer de trouver des coupables. Le feuilleton policier a repris. Les plus sceptiques diront que tout cela ne sert à rien. Les plus optimistes y verront un petit pas en avant. Mais, pour l?essentiel, chacun reste bien scotché à son fauteuil.

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