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Du meeting au débat : est-on prêt à changer ?
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Du meeting au débat : est-on prêt à changer ?
<B>Nando Bodha secrétaire général de Mouvement socialiste militant (MSM) </B>
<B>Vous avez été homme d?audiovisuel. Pensez-vous que ce soit par crainte de s?exposer ou par ignorance des vertus de cet outil qu?est l?audiovisuel que des politiciens restent réticents aux débats ? </B>
Il n?y a jamais eu de véritables débats audiovisuels à Maurice. Il n?y a eu que des débats ratés. On ne peut pas qualifier de débats les émissions auxquelles les représentants de différents bords politiques sont conviés. L?organisation de débats nécessite la mise en place d?un plan cadre et des balises précises par rapport à la durée, au sujet, au respect de l?opinion de l?adversaire, à la gestion des risques de dérapages que les participants doivent respecter. D?où la nécessité pour l?Independent Broadcasting Authority, les partis politiques et les médias de mettre en place un cadre audiovisuel pour assurer le suivi des débats.
<B>Vous parlez de respect de l?adversaire. Pensez-vous que le politicien mauricien soit prêt à débattre sans injurier celui qui est en face ? </B>
Je pense que les politiciens sont prêts à faire le grand saut dans le nouveau paysage audiovisuel. Cela dit, la clé à des débats riches dans leur contenu, pédagogiques dans leur approche, édifiants pour les participants et l?électorat réside autant dans l?impartialité et le professionnalisme des arbitres que dans le sérieux des participants.
<B>Etes-vous d?accord que les débats auraient été plus payants et moins épuisants pour les politiciens qui s?éreintent en réunions nocturnes alors qu?ils auraient pu convaincre une plus large audience par la radio et la télé? </B>
Les débats sont importants mais ne remplaceront jamais les réunions et les meetings publics. Il y aura de moins en moins de meetings, certes. Mais la tradition de grands meetings régionaux et nationaux va perdurer. Le député n?échappe pas aux exigences de la loi de la proximité. L?électeur revendique le droit de voir son député. C?est à celui-ci de trouver un juste équilibre entre ces exigences et des impératifs de l?audiovisuel.
<B>Le meeting est-il plus qu?un simple folklore ? </B>
Ils servent à galvaniser les troupes et à influencer les indécis. C?est une épreuve de force.
<B>On entend souvent dire que l?électeur mauricien a besoin de cette présence physique, l?émotion des meetings. En quoi est-il différent des autres électeurs ? </B>
C?est vrai que l?électeur mauricien vit au rythme de l?actualité politique. Il s?informe sur tout ce qui se passe sur la scène politique. Petit à petit, il a pris conscience du poids de la politique sur son propre destin et celui d?un pays. Il n?y a qu?à voir le taux de participation à des élections, plus important qu?ailleurs. Le Mauricien n?est pas touché par le désintérêt que l?on note dans certaines grandes démocraties. Nous avons une démocratie dynamique.
<B>Madan Dullo leader du Mouvement militant socialiste mauricien (MMSM) </B>
<B>Les meetings du 1er Mai sont suivis inévitablement par une polémique sur les foules. Le meeting n?est-il plus qu?une démonstration de force et non plus un moyen de communiquer ? </B>
Non. Les meetings et les réunions publiques ou privées restent le moyen privilégié de mobiliser des troupes, de faire passer directement des messages au peuple. Lors du meeting du 1er Mai, le leader de l?Alliance sociale a donné des indications de son programme. C?est en même temps une épreuve de force. Le rassemblement du 1er Mai en est une parfaite illustration.
<B>Avec les radios privées, la population est devenue plus demandeuse de confrontation d?idées. Le politicien en est-il conscient ? </B>
Il en est très conscient. Il y a une certaine impatience, voire une certaine irritation du fait qu?il n?y pas suffisamment de débats. La radio-télévision nationale a lamentablement échoué sur ce plan. Cette plate-forme idéale aurait permis d?éclairer l?électorat. Mieux informé, il ferait son choix en connaissance de cause.
<B>Mais les radios privées sont en train de combler cette lacune. Pourquoi le glissement du meeting au débat ne se fait pas plus vite, comme ailleurs ? </B>
Je pense que le meeting restera un bout de temps encore le moyen privilégié des politiciens pour communiquer directement avec ceux présents. Mais pour être plus effectifs, ils peuvent être complétés par le recours aux moyens audiovisuels voire aux nouveaux outils de communication comme l?Internet...
<B>La tenue des députés au parlement donne à penser que tout face-à-face risque d?être un pugilat. Que répondez-vous à ceux qui disent que le politicien mauricien ne sait pas débattre dans le respect de son adversaire ? </B>
Je pense que la transmission audiovisuelle peut amener un changement de ton. La retransmission des débats parlementaires importants, plus particulièrement lors des séances de questions-réponses ou des Private Notice Questions, pourrait contribuer à assainir la situation. Et puis, pour le débat comme à l?Assemblée, il faut un arbitre. Il incombe au président de l?Assemblée de faire respecter les règlements.
<B>Y a-t-il des conditions indispensables aux débats audiovisuels ? </B>
Il n?y a pas lieu d?établir un régime ou une législation spécifique. Dans les grandes démocraties, il y a régulièrement des débats selon des règles préétablies. Les radios libres organisent de plus en plus des débats. C?est le manque de volonté et d?indépendance qui empêche une plus grande ouverture vers les débats politiques audiovisuels.
<B>Vous parlez plutôt du débat télévisé? </B>
Le problème est purement politique. L?explication à la réticence de la radio-télévision nationale à organiser une confrontation d?idées entre gouvernement et opposition est qu?elle est toujours contrôlée par le gouvernement du jour.
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