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Du jeu de jambes au... saut de puce
LE PLUS long des voyages commence par un unique pas, souligne un proverbe. Par exemple, ce petit pas pour l?homme dont parla Armstrong sur la Lune. Il promet d?autres sauts jusqu?aux astres.
Nos pas font confiance à deux pieds. Mais le bébé doit patiemment apprendre à s?en servir sous l??il de parents admiratifs. Son petit corps et son cerveau s?habituent graduellement aux liaisons complexes entre sensations, y compris celles de l?oreille interne, et muscles. Plus tard son rythme dépendra de la longueur des membres.
Le jeu des jambes n?est pas le même pour le promeneur admirant le paysage et l?athlète volant vers la victoire. Les subtilités du mouvement sont étudiées par des techniciens plaçant des électrodes sur des champions. L?analyse permet non seulement d?améliorer leurs performances mais aussi de rendre plus vivants des déplacements de personnages dans des images de synthèse.
Lors de la marche lente le balancement des jambes est tel que le sujet peut s?arrêter instantanément sans chuter. Le promeneur plus pressé conserve le poids du corps entre les deux pieds. Mais, quand intervient une grosse pierre qu?il n?avait pas remarquée, les pieds s?arrêtent en butant tandis que le tronc avance. C?est alors la chute. On peut aussi considérer d?autres bipèdes plutôt volumineux comme les canards. Leur démarche s?associe à un roulis, dit de canard, faisant passer le poids par la patte reposant sur le sol à chaque déplacement.
Le monde des quadrupèdes montre plus de stabilité. Ce qui n?exclut pas les culbutes lors de courses hippiques. Même avec quatre pattes le style peut être rampant. Témoin lézards et crocodiles. Le plus choyé des sauriens est le gecko. Ses pattes collées au plafond posent problème. Les orteils sont garnis de millions de fins cils qui adhèrent chacun à la surface par une faible force. Mais des millions de petits riens font un grand beaucoup, dirait la tante Angèle. Ce beaucoup est si fort qu?on pense produire sur son principe une sorte de tresse collante qui permettrait au vulgum pecus d?émuler Spiderman et de grimper aux murs.
Les tortues, bien que reptiles, dédaignent le style ondulant des sauriens. Ces symboles de lenteur figurent non seulement dans la fable mais aussi dans le paradoxe de Zénon où Achille remplace le lièvre. Le philosophe grec démontre que le coureur ne devrait jamais dépasser la tortue si elle a une légère avance. ?Et pourtant il gagne?, pourrait-on dire un peu comme Galilée devant l?Inquisition. Les mathématiciens se chargent d?expliquer cette ?impossibilité?.
Les savants passent en revue les pattes ténues des souris et les membres plus étendus des chevaux en expliquant leurs avantages. Avec quatre pattes bonnes et longues, l?animal avance vite en terrain plat. Mais placé sur un plan qu?on inclinerait graduellement il chuterait à la renverse quand l?angle atteindrait 30 degrés. La petite souris tiendrait le coup !
La façon de déplacer les membres est fille de la vitesse. Vous connaissez bien les trois styles courants du cheval: la marche, le trot et le galop. Durant la marche, la plus noble conquête de l?homme, comme a dit Buffon, avance d?abord les pattes du même côté et pour le pas suivant celles qui sont diagonalement opposées. Mais d?autres quadrupèdes, comme chameau ou girafe, avancent toujours les deux pattes du même côté. On dit qu?ils vont l?amble. Le cheval peut aussi être dressé à l?adopter. Dans le passé, de tels équidés, dits haquenées, étaient les montures de dames et d?ecclésiastiques.
Il existe d?autres subtilités dans le mouvement des pattes mais laissons les ingénieurs s?en délecter pour passer aux six pattes des insectes. Ils se déplacent en levant deux membres d?un côté et un de l?autre, de façon à toujours reposer sur un trépied. Chez les chenilles toutefois les six ?pattes? adoptent un style qui fait plus ou moins ramper cette larve.
Ce serait mal connaître la nature que de penser qu?elle pourrait faire une bestiole dotée de six pattes se contenter de la marche. La sauterelle, comme le dit son nom, avance par bonds. La puce aussi. Ce parasite a longtemps détenu le record du saut en hauteur. Mais il n?utilise pas ses muscles comme vous et moi. Sa performance est due au stockage de l?énergie dans la compression d?une paire de coussinets faits d?une protéine particulière. Leur brutale décompression propulse la puce. Des études de l?an dernier accordent maintenant la couronne à un cousin de la cigale, le cercope, qui saute beaucoup plus haut : une moyenne de 40 centimètres pour un corps de 6 mm.
Les ingénieurs ont naturellement analysé muscles et performances d?hommes et de bêtes supérieures. Ils pensent qu?en comparant ce qui est comparable on devrait inclure le galago parmi les champions du saut sans élan : deux mètres pour une taille de 20 cm. Comme c?est là un cousin de nos ancêtres, l?honneur des primates est sauf.
?Ce serait mal connaître la nature que de penser qu?elle pourrait faire une bestiole dotée de six pattes se contenter de la marche. La sauterelle, comme le dit son nom, avance par bonds.?
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