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Du devoir d?opposer

12 juillet 2003, 20:00

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Ces derniers temps, au Parlement, le Parti travailliste et son allié, Xavier-Luc Duval, se sont signalés par des prestations qui ont même attiré des notes d?appréciation des rangs gouvernementaux. Après plus de deux ans de K.-O. politique, après des ratages rhétoriques de son leader, le Parti travailliste emprunte des accents plus réfléchis, du moins au sein de l?Assemblée nationale.

Mal remis de son échec électoral aux dernières législatives, comme l?aurait été tout parti ainsi vaincu, le Parti travailliste s?est cherché vainement une posture d?opposant, alternant à l?image de son leader, le bon et le nettement mauvais. Le ton y était, mais le fond bien moins. Une stratégie, construite sur le seul rejet de Paul Bérenger comme Premier ministre, a montré très vite ses limites. Sentant toutefois un certain électorat réceptif à ce discours, les ténors du parti en ont fait leur cheval de bataille, persistant dans une voie dangereuse d?ethnicisation du débat politique. La radicalisation de cette démarche a suscité des réactions de rejet auprès d?une large partie de l?électorat qui avait déjà voté en faveur d?un système de partage de pouvoir entre Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger.

Parallèlement, il y a eu un gauchissement dans la démarche politique qui est loin de rendre compte de la réalité. Critique des capitalistes, stigmatisation du système économique libéral, refus de participer aux débats démocratiques sous prétexte que tous étaient manipulés par Paul Bérenger? Cette attitude a fini par lasser, mais elle était surtout puérile. On ne construit pas toute sa stratégie politique sur le seul sentiment de rejet qu?un homme peut occasionner. La facile man?uvre d?assimiler Bérenger à la classe possédante ne pouvait qu?interpeller ceux qui sont déjà dans cette croyance.

Pour retrouver un peu de crédit à son action sur le terrain, finalement ce parti a sorti la fameuse « alliance sociale ». Celle-ci est devenue aujourd?hui une plateforme qui ne fait que réagir ponctuellement à certains événements politiques. Pourtant, le réflexe était bon : réunir des partis d?opposition pour développer une synergie commune afin de coincer l?alliance gouvernementale. Souvent les partis traditionnels l?ont appliqué lorsqu?ils se retrouvaient dans l?opposition. Sauf qu?ici on ne sentait pas que le c?ur y était. Une plateforme commune présuppose une action concertée alors que là on s?est retrouvé avec des partis et des hommes où chacun tire de son côté.

Puis est intervenu le départ de Siddick Chady. Véritable coup de massue pour le Parti travailliste, car l?ancien ami de Navin Ramgoolam était un maillon clé dans la tentative d?affaiblissement du MMM, surtout auprès de l?électorat musulman. Un départ qui bouleverse une nouvelle fois les calculs de ce parti. On attendait, par conséquent, de voir quelle allait être la réaction des dirigeants rouges. Aujourd?hui, ils ont en face d?eux un gouvernement qui fait du bon et du moins bon. Le pays est dans une sorte de léthargie socioéconomique.

Dans un tel contexte, on devrait s?attendre à une opposition requinquée et pugnace. Or, jusqu?ici, cela n?a pas été le cas. Car la critique du pouvoir se limite principalement à la seule critique du choix de gestion économique du pays, alors que toute une série de réformes est enclenchée et que celle-ci définit le modèle de société qu?on veut créer. C?est à ce chapitre qu?on attend le Parti travailliste. Mettant de côté toute démagogie, en tant que principale formation de l?opposition, ce parti se doit de jouer au chien de garde. Non seulement pour accomplir sa fonction démocratique mais aussi parce que c?est la première fois qu?un gouvernement enclenche autant de réformes presque simultanément.

Il ne s?agit pas d?être socialiste-démocrate moderne ces temps-ci. Il importe d?éclairer une population sur le modèle de société qu?on est en train de construire pour lui. Au devoir d?opposer s?ajoute une fonction essentielle dans la conjoncture actuelle qui consiste à proposer une analyse critique de la société de demain. Il ne reste plus qu?à espérer que les dernières interventions des membres de l?opposition au Parlement ne font qu?esquisser une contribution plus poussée pour une meilleure compréhension des faits sociaux et économiques.

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