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Droit ou violence ?

3 avril 2004, 20:00

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Il n?y a jamais eu d?État de nature et nous n?avons jamais signé le contrat social. Aussi loin que remonte la mémoire des hommes, ils ont toujours vécu dans un monde partagé entre le droit et la violence, et où souvent droit et violence échangent leurs rôles : le droit s?établit et règne par la violence et la violence se présente comme une lutte pour que règne le droit. Le règne du droit exclusif de toute violence n?a jamais existé, ni le règne de la pure violence, pour qu?on puisse parler de règne pour ce qui est inconstance et désordre. Ce qui n?a jamais existé, existera-t-il ? Peut-être ; mais ni le dépérissement du droit, ni la fin de la violence ne semblent être pour demain.

Ainsi, pour ces hommes que nous sommes, il y aura toujours des lois et des guerres, le droit et la force. Mais c?est précisément parce que la vie réelle est ce mélange de droit et de violence qu?à chacun d?entre nous se pose l?alternative du droit et de la violence. Dois-je être le citoyen docile, soumis aux lois de la Cité, tel Socrate respectueux du droit jusqu?à accepter la mort ? Ou dois-je être le rebelle qui transgresse la loi ou tend à la renverser ? Choix politique qui renvoie à un choix théorique. S?il faut obéir au droit, est-ce parce qu?il est juste ou, si injuste ou absurde que soit la loi, elle est là pour mettre fin au déferlement de la violence ? S?il faut choisir la violence, n?est-ce pas parce qu?elle peut faire advenir le règne du droit ?

Se demander s?il faut poser l?alternative : ou le règne du droit ou celui de la violence, se révèle ainsi une autre alternative : celle de deux conceptions du droit. Le droit n?est-il que le rempart, éternellement précaire et nécessaire, à l?antagoniste irrémédiable des hommes ; sans valeur, issu de la violence et maintenu par la force, et que pourtant on ne peut préférer la pure violence d?un monde sans droit ? Quel droit véritable pourra régner un jour parce que l?homme n?est plus l?ennemi de l?homme ? Un droit oublieux de notre monde de violence mais qui, pour régner un jour, exige et justifie peut-être la violence destructrice de ce qui, aujourd?hui, usurpe le nom de droit.

Bien des « contestataires » sont des naïfs et la plupart des « conservateurs », des cyniques, la naïveté des uns consistant à ne pas reconnaître le cynisme des autres. Qui de nous n?a entendu (ou tenu) des propos « démystificateurs », dénonçant ces idoles qui ont pour nom justice, ordre, valeurs dont, nous dirait-on, les lois assurent la sauvegarde ? Marx ne dénonçait-il pas la doctrine des droits de l?homme ? L?homme, dont on affirme si hautement les droits sacrés, ce n?est que le bourgeois. Secret de Polichinelle ! Qui l?ignore ?

Certes, quand la paix règne à peu près et que les affaires vont bien, les discours sur les droits de l?homme et la justice font partie des usages, comme les v?ux de bonne année. Peut-être finit-on par y croire. Mais quand la guerre ou la révolte grondent, que l?ordre soit menacé, l?ordre établi laissera là les belles phrases et ne présentera plus que sa justification cynique, sans doute, mais sans réplique. Il n?est plus de droit divin ; le droit n?est plus le bien, mais le moindre mal.

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