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droit : les nouvelles recrues ont du charme

9 octobre 2004, 20:00

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Rêve d?enfant ou héritage familial ? C?est ce que l?on est tenté de dire à force de côtoyer les nouvelles avocates et de connaître les raisons derrière la profession. Bien souvent, les choix sont intimement liés à un père magistrat, une cousine avocate ou un frère avoué. Elles ont donc décidé de marcher sur leurs traces. Enfant, Adeelah Hamuth, 24 ans, la fille de l?actuel Directeur des poursuites publiques (DPP), Abdurraseek Hamuth, était fascinée par la profession de son père qui a consacré plus de vingt-cinq années de sa vie au droit. « D?abord, il a été avocat, magistrat, Deputy Master, Master, juge de faillite et finalement DPP. « Quand j?ai évoqué mon souhait de devenir avocate à mes parents, ils ont respecté mon choix. Ils m?ont dit que c?était bien mais qu?il fallait le faire correctement et ne pas se laisser aveugler par le prestige », confie-t elle. En 1998, la jeune femme entame des études de droit dans le Kent en Angleterre. De retour à Maurice quelques années plus tard, elle effectue son pupillage à l?étude Moollan et prête serment en septembre 2003. Comme elle, Anjala Ramburuth, 25 ans, est une nouvelle venue au barreau après avoir étudié au Council of Legal Education en Angleterre également. « Avec le nombre d?avocats qu?il y a et la compétition, il y a tout de même de la place pour tout le monde. L?accueil des hommes et des femmes, déjà dans la profession, est très encourageant », soutient-elle.

<B>Beaucoup de femmes profitent de la lutte féministe</B>

À l?heure actuelle, la Cour suprême a recensé un nombre total de 213 avocats et avocates, exerçant dans le privé de janvier à juillet 2004. Toutefois, ces statistiques émanent du Registry de la Cour suprême, elles ne comprennent pas ceux qui officient au parquet et dans la magistrature. Bien que cette instance ne comptabilise pas le nombre d?avocates exerçant à Maurice, on remarque une véritable ruée des femmes vers la profession juridique.

D?où vient cet engouement ? « Cela découle de l?évolution sociale. Il y a de plus en plus de femmes quichoissent le métier d?avocate mais cela se passe aussi dans d?autres domaines », affirme Adeela Hamuth. Ses propos sont réitérés par Shirin Aumeerduddy-Cziffra,actuelle Ombudsperson for children, qui a prêté serment en juillet 1974. À ce moment-là, seule une infime poignée de femmes était dans ce métier ? Laure Pillay, la doyenne alors magistrate, Vydia Narainen, Premila Balgobin, Ah Foon Chong étaient au barreau. « La profession se féminise depuis un certain temps et c?est tout naturel. Je pense que c?est une tendance dans tous les métiers. Beaucoup de femmes profitent aujourd?hui pleinement de la lutte féministe qui a porté ses fruits. Elles choisissent leur profession et bâtissent une carrière avant de penser à se marier. La carrière dans le domaine juridique est intéressante. Elles sont avocates, mais aussi avouées et notaires. Elles deviennent juges, DPP, et occupent d?autres positions où la connaissance du droit est essentielle », déclare-t-elle. Cette dernière a aussi occupé le poste de ministre de la Justice de 82 à 83. Priscilla Balgobin-Bhoyrul, avocate depuis cinq ans, confirme : « Dans tous les domaines autrefois réservés aux hommes, nous avons de plus en plus de femmes. Peut-être que cela découle du fait que les études supérieures sont plus accessibles aux femmes de nos jours qu?avant et qu?il a un changement dans la mentalité des gens. »

Qu?en pensent donc leurs homologues masculins ? Pour Sanjay Buckory, président du Bar Council, il y a une perception qu?il y a plus de femmes dans la profession légale qu?auparavant mais pour cela, il faut se plier aux chiffres. « Dans mon cabinet, j?ai une associée et trois stagiaires qui sont des femmes. Si vraiment il y a plus de femmes dans la profession juridique, je ne crois pas que ce phénomène se produise à Maurice uniquement mais que c?est la tendance en France et en Angleterre. Je dirais qu?il y a plus de femmes qui sont portées vers une carrière juridique dans la magistrature car c?est mieux organisé. Les horaires sont moins difficiles. » Et à Yatin Varma, avocat depuis 4 ans, d?indiquer : « C?est vrai qu?il y a plus de filles avocates, avouées, notaires, mais ce n?est pas délibéré. C?est la tendance internationale. Il y a d?ailleurs une plus grande égalité où garçons et filles ont leur aptitude et accomplissent leur ambition ».

Égalité certes mais la méthodologie de ces hommes et femmes de loi diffère. « Bien souvent certains clients pensent qu?avoir le look de Sylvester Stallone et les talents d?acteur d?Amitabh Bachan sont des qualités essentielles pour gagner un procès. Ainsi ils préféreront un avocat qui brandit son poing en l?air et qui ne dit pas grand-chose à une femme qui fait une plaidoirie intelligente mais sans artifices », explique Priscilla Balgobin Bhoyrul.

<B>« Maintenir un niveau de professionalisme »</B>

Anjala Ramburuth souligne que les atouts sont surtout le calme, le charme, la féminité. Et Shirin Aumeerduddy-Cziffra d?ajouter : « C?est aussi un métier où la personnalité joue beaucoup. L?avocat est un plaideur et je pense que beaucoup de femmes ont le don de la parole. Il faut aussi des qualités d?écoute, de la patience, de la persévérance et l?envie de se battre surtout pour les causes difficiles. Là c?est vraiment sur un plan individuel qu?on reconnaît les professionnels de qualité. Je dirai qu?il y a beaucoup d?avocats à Maurice et seuls les plus doués peuvent vraiment attirer les clients. Il faut une plus grande spécialisation car le droit devient de plus en plus complexe. Les femmes comme les hommes deviennent de plus en plus des conseillers juridiques ; ils sont dans « l?offshore » et le business et ils abandonnent la toge assez vite après leurs premières années au barreau? ».

Comme dans toutes les professions, on a parfois tendance à croire que l?herbe est plus verte ailleurs. Les avocates n?y échappent pas. Les difficultés du métier corsent parfois la situation ? horaire inflexible, portable qui sonne en permanence et indisponibilité pour la famille ! Il ne faut pas non plus se laisser aveugler par le prestige. « C?est très important que cette nouvelle génération maintienne un niveau de professionnalisme, en toute honnêteté, droiture et intégrité », dit Adeela Hamuth. Malgré les obstacles, beaucoup d?entre elles s?accrochent, puisent dans leur détermination pour défendre la cause des clients au nom de la loi.

<B>Combien ça coûte ? </B>

En général, les étudiants en droit préfèrent se tourner vers desinstitutions spécialisées anglaises pour effectuer leurs études.

La licence en droit peut durer 3 à 4 ans et coûte environ 10 000 livres par an. Avec une moyenne de 55 % aux examens,on peut entamer une formation au Bar Vocational Course, qui revient à 12 000 livres annuellement. Après cette étape, les futurs avocats peuvent retourner au pays pour y effectuer un pupillage au sein d?un cabinet d?experts de la profession légale avant de prêter serment devant un juge.

<B>Débuter à tâtons

Me Anupama Basanta-Lalla : </B>

« Je me suis fixée trois mois pour m?adapter ». Cela ne fait que trois semaines qu?Anupama Basanta-Lalla a prêté serment. Depuis le vendredi 1er octobre, elle est consultante au sein d?une entreprise d?offshore de la capitale. Après des études à l?Imperial College of London, la jeune femme de 25 ans, est rentrée à Maurice et arpente depuis peu le monde de la profession légale.

« C?est vraiment tout nouveau pour moi. J?appréhende un peu le début. Je me suis fixée un délai de trois mois pour m?adapter. Je voulais exercer un métier indépendant dans le secteur financier », déclare la jeune avocate. Selon elle, le nombre de femmes à exercer au barreau augmente. « Les mentalités changent. Aujourd?hui, on peut mieux exploiter son potentiel. En ce qui concerne les qualités nécessaires pour être avocat, je crois qu?il faut tout de même conserver un esprit indépendant et objectif sans ignorer la sensibilité envers le client, donc maintenir cet équilibre dans la profession », ajoute-t-elle.

<B>Pour une histoire de petits pois</B>

Voilà une anecdote qui ne passe pas inaperçue ! Priscilla Balgobin Bhoyrul, 29 ans, a décidé de devenir avocate à cause d?une histoire de petits pois.

« Quand j?étais enfant, mon père avait réussi à convaincre un officier de police de m?enfermer pour quelques minutes dans une cellule policière parce que je refusais de manger des petits pois ! Dès lors je me suis dis que ces malheureux avaient bien besoin de quelqu?un pour les défendre surtout s?ils étaient enfermés pour des délits aussi mineurs que refuser de manger des petits pois ! », raconte-t-elle. À 13 ans, elle est déterminée à s?orienter vers cette profession. « Bien que mes parents soient dans cette profession, ils ne m?ont jamais encouragé à faire des études de droit mais ils ont tout de même respecté mon choix », confie-t-elle. Exerçant depuis cinq ans, Priscilla Balgobin-Bhoyrul partage sa vie avec Ashwin Bhoyrul, son époux et sa petite fille de 20 mois.

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