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Droit de hauteur
C?est fou comme l?argent peut permettre de souffler. Et qui sait, même d?espérer. C?est sûr, le plan de pension pour les artistes est encore au stade embryonnaire. Il est encore beaucoup trop tôt pour dire combien, pour la contribution, combien à la retraite. Et à qui.
Justement à qui ? Quel système pour reconnaître les artistes ? Nous connaissons tous celui en vigueur au ministère des Arts et de la Culture. Une caisse enregistreuse, à défaut de résonance. Un filet dont les mailles ne séparent pas l?artisan de l?artiste, le découpeur de guirlandes dans du papier brillant du paysagiste ou de l?auteur-compositeur par exemple.
Qui dit reconnaître l?artiste dit aussi la professionnalisation des métiers d?arts. Nous sommes d?avis qu?une pension de retraite, fardeau supplémentaire du contribuable qui sait, doit se mériter. Par le travail réalisé par l?artiste avant ses 65 ans.
Evidemment, nous retombons là dans le cercle vicieux. Comment se lancer à fond dans l?art, comment exceller alors qu?à Maurice, ils sont une poignée, ceux qui vivent de leurs talents. Nous avons dit vivre. Pas survivre. Pas vivoter misérablement, dans la précarité, ne sachant pas de quoi sera fait le lendemain. Parce que les théâtres par exemple sont soit fermés, soit en passe de l?être. Que hormis les saisons théâtrales, qui encore ne font pas salle comble même pas pour une deuxième représentation, il est encore impensable d?envisager de monter une tournée. Ou dix représentations d?affilée. Sauf si l?on a les moyens de se permettre de perdre de l?argent. Que les sponsors ?bienveillants? vous paient les moyens de votre passion.
Les exemples ne manquant pas de gens avec un minimum de savoir-faire artistique. Ne manque plus que le travail pour que les aptitudes ou le don, c?est selon, ne se transforme en talent. Oui mais voilà. Il faut être réaliste. Revenir sur terre après avoir imaginé dix projets sur papier. Ils ont une famille. Des enfants à charges. Un job qu?ils aiment dans le cas des plus chanceux.
A l?heure de faire les courses de fin de mois, comment quitter l?emploi ?stable? dire à femme et enfant, voilà, aujourd?hui j?ai décidé d?être artiste à plein temps. Parce qu?écrire, c?est du travail. Parce que poétiser le monde ou le romancer, selon sa sensibilité, c?est un boulot de dingue et que l?on ne peut faire que cela. Parce qu?être artiste ce n?est plus la bohème du 19ème siècle, mais un gagne-pain tout ce qu?il y a de respectable au 21ème.
Sommes-nous en train de rêver tout haut. Dans un pays où les aides à la création sont de l?ordre de Rs 15 000 pour enregistrer un album. Et que cette subvention s?obtient une deuxième fois trois ans après la première fois. Une somme que les musiciens eux-mêmes jugent dérisoire car elle ne couvre pas les frais d?une semaine de location de studio d?enregistrement par exemple. Et qu?elle est plus symbolique que réellement un soutien financier sur lequel on peut compter.
Extrapolons. Savoir que la retraite venue, l?artiste pourra se rabattre sur un petit pécule suffisant pour le réconforter dans ses vieux jours. Est-ce la création d?un plan de pension pourrait se révéler un détonateur de création ? Un stimulant qui les pousse à travailler pour une compensation différée. Il n?est pas interdit de rêver.
Il est permis de vouloir prendre de la hauteur. De dire que c?est dans le maintenant qu?il faudrait soutenir les artistes. Qu?attendre d?avoir 65 ans pour ( faire la queue au bureau de poste ou à la MASA ?) toucher une reconnaissance de l?Etat pour services artistiques, c?est un peu long.
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