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Dr Abu Kasenally définit l?éthique médicale

1 septembre 2005, 20:00

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Il est toujours médecin et même un éminent spécialiste de nos hôpitaux, aujourd?hui à la retraite. Il est devenu notre ministre des Services publics, après une brillante victoire électorale à La Caverne-Phoenix, le 3 juillet dernier. Il compte parmi ses prédécesseurs à ce poste ministériel, un certain Swalay Kasenally, son frère. En septembre 1980, le Dr Abu Kasenally est aussi le président de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA). Il se laisse interviewer par Bertyo Berthelot de l?express, à qui il confie ses sentiments sur l?éthique professionnelle et médicale, sur le serment d?Hippocrate et ses adaptations aux réalités actuelles. La raison d?être de cette interview : la jungle de la profession médicale qui défraie la chronique en 1980 et qui fait l?objet de trois articles dans l?express à la mi-août de cette année. Nous sommes prévenus : la situation n?est pas nouvelle ni propre à l?année 1980. L?introduction à cette interview fait notamment allusion à des insertions publicitaires répréhensibles remontant aux années 1965.

Dûment autorisé par son employeur, le ministère de la Santé, le Dr Abu Kasenally souligne que l?inconduite médicale ne peut être isolée d?un fléau global qui ronge la société mauricienne : déjà ! la course générale et effrénée à l?argent facile. Une nouvelle ruée vers un or nauséabond, s?autorisant tous les moyens même les plus inavouables et ne s?embarrassant d?aucun scrupule. Seul compte le résultat. Il passe, bien sûr, avant l?honneur et le respect des devoirs et responsabilités.

Abu Kasenally résume ainsi l?éthique médicale : c?est un code de conduite auquel les médecins souscrivent volontairement. Il s?agit d?un ensemble de conventions non écrites. C?est l?expression du comportement civilisé attendu d?un professionnel. ?Just plain civilised behaviour?. Le médecin doit toujours placer le bien-être de son patient au-dessus des autres considérations. Pas de visée pécuniaire donc pour les médecins de la clientèle privée. Pas de quête de promotion et d?avancement non plus pour ceux de la fonction publique. Le code de conduite règle aussi les relations entre confrères. Tout médecin, qui se respecte, évite de critiquer ses confrères, n?encourage pas ses patients à le faire et ne débauche pas ceux des autres médecins.

La Déclaration de Genève veut corriger les abus commis par certains médecins, dont de nombreux nazis, pendant la Guerre 1939-45 et avant. Elle prohibe la publicité personnelle et toute collaboration avec une tierce personne, pouvant mettre en péril l?indépendance professionnelle d?un médecin. Le serment d?Hippocrate et ceux qui l?ont suivi ont aussi pour but de protéger le public des charlatans qui prolifèrent jusqu?en 1858 et? depuis. Cette année-là, la Grande-Bretagne introduit le General Medical Council, chargé d?inscrire sur un registre les noms des personnes possédant les qualifications universitaires en médecine ou en chirurgie. Elles sont tenues de respecter en tous points et à tout moment l?éthique médicale.

Abu Kasenally admet qu?il puisse exister un certain nombre d?infractions à l?éthique médicale mais c?est le fait, estime-t-il, d?une minorité de médecins. Le bruit, que fait cette minorité réfractaire ou qu?on répand à son propos, couvre cependant la gratitude que nous devons avoir à l?égard de cette majorité de praticiens irréprochables ou presque. La GMDOA a toujours condamné, avant 1980, tout comportement médical allant à l?encontre de l?éthique médicale. Certains patients encouragent hélas certaines infractions à l?éthique. Ils exercent des pressions indues pour obtenir un traitement de faveur. Les médecins sont des êtres humains et, de ce fait, faillibles. Nul, hormis Dieu, n?est parfait ni impeccable.

Quelques brebis galeuses parmi les médecins ne justifient pas qu?on fasse de ceux-ci les boucs émissaires d?une société mauricienne loin d?être irréprochable. ?Le non-respect de l?éthique médicale reflète un laisser-aller généralisé?. D?autres éthiques professionnelles sont également violées pour des raisons vénales

L?élargissement du corps médical ne facilite guère les choses d?autant plus que les médecins reçoivent de plus en plus une formation morale et professionnelle diversifiée. A Maurice, il est grand temps, en 1980, de mettre sur pied un General Medical Council sur le modèle britannique afin de régulariser la profession. Il appartient au gouvernement de concrétiser ce projet.

N?anticipons pas sur ce qui se passera au sujet de l?éthique médicale après 1980 et sur lequel, il y a beaucoup à écrire. Relevons en revanche cette aberration mise en évidence par l?express dans l?introduction à cette interview : ?L?Assemblée législative vote, en 1967, le Medical Council of Mauritius Ordinance (No 33 of 1967)?. Treize ans après, soit en 1980, cette loi n?a toujours pas été promulguée. Rien ne se fait à Maurice sans volonté politique.

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