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Douze héros récurrents

16 avril 2007, 00:00

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La passion française de l?égalité se donne libre cours lors de la campagne officielle. Autant de temps pour Schivardi que pour Sarkozy ! Les spots télévisés sur le service public sont formatés à la seconde près. Pendant que le Conseil supérieur de l?audiovisuel (CSA) veille, le téléspectateur s?enfuit subrepticement vers les chaînes privées. Car il faut être un brin masochiste pour les regarder tous, ces fameux spots. Ils se succédaient implacablement, jeudi dernier, avant le 20 heures de France 2.

Dominique Voynet, d?abord, sur fond de verdure. ?On ne fera pas d?écologie sans les écologistes?, disait-elle. La planète se réchauffe, mais il y a plus grave encore, l?électeur semble bien décidé à zapper les Verts ! Nicolas Sarkozy ensuite, précédé d?un ciel bleu parcouru par des mouettes. On le voyait embrasser des enfants et serrer la main de garçons bouchers. ?Mes chers compatriotes, si je me suis présenté à vos suffrages, c?est parce que je sais que tous ensemble, tout peut devenir possible?, disait-il.

C?était le spot le plus visuel, le plus laconique aussi. Olivier Besancenot, en jean et blouson, les mains dans les poches, sur le bord d?un canal, s?écriait : ?Même sur l?écologie, il faut avoir le cran de dire aux multinationales : ?Vous ne ferez pas la loi !??. José Bové était accoudé au zinc d?un bistrot qui se vidait mystérieusement de ses clients pendant qu?il conversait avec Karl Zéro. ?José, si demain t?arrives à l?Elysée, tu fais quoi pour l?environnement ??, lui demandait ce dernier. Quatre moratoires, sur les Organismes génétiquement modifiés (OGM), les incinérateurs et les autoroutes, répondait l?intéressé. Marie-George Buffet, sur fond d?écran rouge, avait l?air particulièrement sévère. ?Notre pays est en souffrance?, disait-elle.

Au premier tour, selon elle, le vote utile, c?est elle. Gérard Schivardi apparaissait place de la République. ?Mesdames et messieurs, vous me connaissez peut-être?, disait-il. On avait essayé de le faire taire, en l?obligeant à refaire ses affiches, mais il continuerait, quoi qu?il arrive, à prôner la rupture avec l?Union européenne.

Frédéric Nihous se montrait, comme de juste, en lisière d?une forêt. Il souhaite une Europe ?qui arrêtera de nous empoisonner le quotidien?, une Europe ?qui arrêtera de taper sur les chasseurs?. François Bayrou fermait le ban. ?Il faut tourner la page sur les divisions du pays, droite contre gauche, une partie des Français contre l'autre partie?, disait-il.

Vous avez bien compté : ils n?étaient cette fois que huit. Par roulement, les quatre autres seront traités strictement de la même façon. Ce feuilleton n?est peut-être pas très excitant. Il était difficile d?en être autrement avec un scénario pareil : douze héros récurrents qui ne s?adressent jamais la parole !

<B>© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate

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