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Doomitra et Chana mortes dans l'indifférence
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Doomitra et Chana mortes dans l'indifférence
Elles sont mortes dans l?indifférence quasi-générale. Personne, pas même leurs voisins de palier n?avaient remarqué que les volets de l?appartement qu?elles occupaient à Aubervilliers, en France, étaient restés fermés depuis des mois.
C?est une nuée de mouches, attirées par l?odeur de pourriture qui se dégageait de l?appartement, qui a mis la puce à l?oreille des habitants, le week-end dernier. Et c?est à une scène d?horreur qu?ont eu droit les premiers secouristes français qui ont pénétré dans l?appartement ce matin-là :
les corps de Doomitra Mohanpersad, 32 ans, d?origine mauricienne, et sa fillette de cinq ans, Chana, dans un état de décomposition avancée.
Les proches des deux victimes, consternés par ce drame, se remémorent le parcours de cette jeune femme dont la vie semble avoir toujours été semée d?embûches. C?est à la suite du divorce de ses parents, alors qu?elle n?avait que deux ans, que Doomitra s?envole avec sa mère, Baby, pour la France. Ses deux frères aînés, eux, restent dans l?île avec leur père.
L?esprit d?une « battante »
En France, la mère de Doomitra refait rapidement sa vie et épouse, l?année suivante, un ressortissant indien, un dénommé Singh, installé dans la capitale française. De cette union naît un fils, Deepak. Doomitra poursuit, quant à elle, une scolarité normale avant d?enchaîner les petits boulots. La petite famille recomposée s?installe quelque temps après à Aubervilliers.
Atteinte d?un cancer, l?état de santé de la mère de Doomitra se dégrade peu à peu. « Doomitra et sa mère sont venues une seule fois passer quelques jours de vacances à Maurice. Cela remonte à 15 ans environ », lâche Sheila Mohanpersad, la belle-soeur de Doomitra, employée au ministère de la Sécurité sociale. Baby décédera cinq ans plus tard des suites de sa maladie.
Le décès de sa mère, laissent entendre des proches de la famille interrogés par la police française, aurait psychologiquement affecté Doomitra. Instable, elle enchaîne les petits boulots. Elle fait, en 2000, la rencontre d?un ressortissant français et part s?installer avec lui. La relation tourne toutefois rapidement au vinaigre et Doomitra décide de prendre ses distances. Elle découvre peu après qu?elle attend un enfant et décide de l?élever toute seule.
La jeune femme et sa fille ont ainsi emménagé dans leur appartement d?Aubervilliers en 2002. Doomitra, qui était employée dans une crèche de Levallois-Perret, avait cessé ses activités pour s?occuper de sa fille. Bénéficiaire du Revenu minimum d?insertion (RMI), Doomitra percevait également une aide sociale à l?enfance trois fois par an. C?est en novembre 2005 qu?elle a bénéficié de cette aide financière pour la dernière fois.
Sans emploi, Doomitra recevait, par ailleurs, de l?aide pour le paiement de son loyer et de l?électricité. Interrogé par des médias français, le maire d?Aubervilliers a expliqué que malgré sa situation « précaire », Doomitra avait l?esprit d?une « battante ». Elle venait même de réussir un concours de puéricultrice.
C?est donc dans un état psychologique fragile que Doomitra se serait laissée mourir de faim, entraînant sa fillette avec elle dans sa chute. Il aura fallu environ trois mois avant que leurs corps ne soient découverts dans un appartement sombre. Les rideaux, tirés, ne laissent, en effet, pas entrer la lumière. Les secouristes ont dû ouvrir les fenêtres afin de laisser pénétrer de l?air frais. C?est à ce moment qu?ils réalisent que les murs de l?appartement sont recouverts d?inscriptions « mystiques ».
Les examens postmortem réalisés par l?institut médico-légal ont, par ailleurs, indiqué que la cause du décès était « la mort naturelle par dénutrition ». La mort pourrait remonter à quatre mois. Interrogés, les voisins de palier ont expliqué n?avoir rien senti puisque la maison était fermée.
Elle s?entretenait avec les morts
Intrigués par ces inscriptions « mystiques » sur les murs de l?appartement, les enquêteurs se sont intéressés à l?entourage de la jeune femme. Les gens, qui avaient pour habitude de la côtoyer, ont expliqué que bien qu?il s?agissait d?une jeune femme « charmante » et d?une « bonne mère », il lui arrivait d?avoir, quelque temps avant sa mort, une attitude un peu bizarre.
Des témoignages disant qu?elle soutenait s?entretenir avec des personnes décédées, ont été recueillis par les enquêteurs. Ce qui expliquerait la présence des inscriptions sur les murs. Les enquêteurs ont laissé entendre que ces « délires » auraient pu être le résultat d?une longue privation de nourriture de Doomitra.
Les autorités françaises tentent maintenant de savoir pourquoi personne ne s?est inquiété de l?absence de la fillette à l?école maternelle et du centre de loisir depuis environ quatre mois. Les services de l?Éducation nationale et le Conseil général se sont réunis mercredi après-midi pour tenter de déterminer comment un tel drame a pu survenir et comprendre comment personne n?a été alerté par l?absence prolongée de la mère et de sa fillette.
Les proches de Doomitra, installés à Maurice, laissent, pour leur part, entendre qu?ils verraient si l?un d?entre eux pourrait éventuellement se rendre en France pour s?assurer du bon déroulement des obsèques.
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