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Domaine de Lagrave Le royaume de Dame Nature
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Domaine de Lagrave Le royaume de Dame Nature
Une porte vitrée coulisse sans bruit. Un petit pas dans la varangue et les yeux dépassent la pensée. Bondissent sans filet dans le panorama. Drapé dans un voile brumeux, le Mont Lagrave est d?humeur maussade. Sa forêt primaire copieusement arrosée a badigeonné de vert les aspérités. Pleins et déliés ne demandent qu?à livrer leurs secrets. Ceux d?un domaine jusque-là relativement discret.
Le mot d?ordre : ni moteur ni fusil. « Pas même un vélo. » Niveau zéro de l?entrave à la Nature. Le versant ? qui culmine à 638 mètres ? tombe à pic dans la rivière. A mi-hauteur, une tache blanche plane l?espace d?une éternité. José Brunet, gérant du Domaine de Lagrave, décolle ses orbites des jumelles. A notre tour, nous suivons de près les volutes gracieuses d?un paille-en-queue solitaire. « Dans ce silence, on l?entendrait presque voler. » Volubile et enthousiaste, l?expatrié de Cagnes-sur-Mer retient sa respiration. Baisse la voix, malgré la distance, pour ne pas effrayer l?oiseau.
SEUL FACE AU SILENCE
Debout sous l?auvent de la case créole qui abrite la table d?hôte du domaine, le sourire de José pallie le soleil qui manque au décor. Droit dans ses bottes, il met des mots sur le silence souverain de ce paysage du centre de l?île. D?un geste ample, il caresse les contours du domaine qui s?étend « de la falaise jusqu?aux bambous ».
Il raconte de savoureuses anecdotes de randonnées pleines d?enfants, plus prévoyants que les adultes. De promenades qui se sont terminées par des opérations de secours réussies. Du mystère qui entoure « une borne en pierre » de 1878 qui délimite les districts de Grand-Port et de Savanne. « Elle est imposante et on ne sait pas comment ils ont fait pour la monter là-haut. » Sans parler de sa fierté : la grotte encore inexplorée qui porte son prénom. Et par-dessus tout, du ciel bleu qui s?obstine à ne colorer que notre imagination.
Le flot de paroles l?emporte au bas des trois marches de la case créole. D?un pas sûr, il emprunte un sentier menant au bord de la rivière. Nos semelles dérapent régulièrement derrière lui. Sur le bord de ce plan d?eau qui coule du lac d?Eau-Bleue en direction du réservoir du même nom, José nous montre le lieu utilisé par les entreprises lors des journées de team building.
« Le principe est simple : les groupes suscitent l?esprit d?équipe en construisant des radeaux. Nous leur fournissons l?armature. À eux de faire le reste. » Une fois le radeau monté, les équipes descendent la rivière jusqu?à une plage aménagée. Nageant dans leur élément, les pêcheurs en profitent pour taquiner le tilapia. Les amateurs de prises plus conséquentes relèvent des casiers remplis, au choix de? bouteilles de boissons gazeuses ou de rhum.
Dix-heures et demie du matin. Cela fait une heure et demie que nous faisons le va-et-vient entre le canapé en osier, les bancs en bois de la varangue et plusieurs points le long de la rivière. L?une des haltes se prolonge à l?emplacement du four à charbon de Claude, « l?un des derniers charbonniers de Maurice. » Des résidus de bois brûlé sont éparpillés en retrait des eucalyptus rouges.
Dans notre dos, des vrombissements dérangent l?entrée. C?est Gilbert Quéland, le propriétaire du Domaine de Lagrave. Il est au volant de l?unique 4x4 ayant le droit de franchir l?enceinte. Sous la pluie poudreuse, nous empruntons le parcours cahoteux menant au « Canal de Suez », un lieu-dit où nous arrivons après plusieurs pentes vertigineuses et une série de virages à la corde. De la banquette arrière, José rigole pour calmer nos angoisses : « Gilbert a fait plusieurs fois le Paris-Dakar. Il était bien classé. »
LE DOUX MURMURE DE L?EAU
Le frein à main crie sous le poignet énergique du conducteur. On entend la rivière avant de la voir. Prudemment, nous nous rapprochons du bord. Quatre mètres plus bas, de l?écume tourbillonne entre les parois. « Kan delo traverse, pena bare.» Admiratif devant la force des éléments, le propriétaire tire force parallèle entre l?ouvrage de de Lesseps et cette Nature fougueuse « baptisée par le Père Wiehé ».
Détour par le coin réservé aux canards hybrides, où l?odeur des volatiles tranche avec la brise hivernale. « Vite ! Allons voir le takamaka. »
L?arbre, quatre fois centenaire, est pour José l?un des points d?orgue des différents types de randonnées. Chaleureux dans l?âme, il se recule un instant pour mieux contempler 400 ans d?histoire avant de serrer le centenaire dans ses bras. « Je fais le plein d?ondes positives et je le laisse recycler mes vibrations négatives. »
Surpris par une ondée, nous cherchons abri parmi les grappes de pikan loulou et de plan kolie. Avant de profiter des saveurs acidulées de plusieurs grappes de goyaves de Chine sur le chemin de retour.
Terre de randonnée
Sur la route de Midlands, un village au patronyme parfumé : Banane. Situé après le réservoir d?Eau-Bleue, il abrite depuis septembre 2003 le Domaine de Lagrave.
Il s?étend sur 500 arpents occupés par le Mont Lagrave, une rivière, le lac d?Eau-Bleue, des cascades et des sources. L?environnement protégé sert d?habitat à des cerfs, des singes, des paille-en-queue. Pour s?en approcher, le Domaine propose des randonnées pédestres de niveaux différents. Les tracés sont fléchés et ne nécessitent pas forcément la compagnie d?un guide.
Le parcours pour débutant, long de 4 km, est bouclé en une heure et demie. Le chemin «intermédiaire», se parcourt, lui, en trois heures et fait quelque 6,5 km. Quant au niveau « expert », qui serpente pendant 10 km, il requiert quatre heures et demie de marche, incluant escalade et descente en rappel.
« Le nom de Lagrave est celui d?un chef de district de Mahébourg qui vivait à l?époque coloniale. » De cette époque, le Domaine a conservé le cachet convivial de la case créole pour y loger sa table d?hôte. Après l?effort, rien de tel qu?un menu de lentilles noires et d?une bonne rougaille saucisses, de poisson grillé, de grillade de cerf ou de cochon marron. Des menus pique-niques sont également disponibles.
Le forfait couvrant la randonnée et la table d?hôte est à Rs 600. Les journées de «team building», destinées aux entreprises, coûtent, elles, entre Rs 1 500 et Rs 2 000 par personne.
Les réservations pour la randonnée doivent être faites 24 heures à l?avance. Un minimum de cinq jours est demandé pour le «team building» (10 personnes maximum.) A noter qu?un tarif spécial est proposé aux écoliers pour Rs 50.
Le Domaine est ouvert de 9 à 21 heures. Pour tous renseignements, contactez le 566-0244.
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