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Docteur Lumbago, je présume !
Mal de dos, mal du siècle ? On disait déjà ça au 20e. Livres, rapports et médias ont largement accusé notre mode de vie sédentaire, les longues heures passées devant la télé et l?ordinateur, le manque de marche à pied? Bientôt une association de consommateurs s?attaquera au lait pour bébé qui a fait pousser les nouvelles générations au-delà du chambranle des portes. Si bien qu?on en a marre de cette époque, qui a bon dos avec ses jeux de maux.
Ne sommes-nous pas plutôt devenus « back conscient » ? Nous voilà devant de nombreux remèdes, jouissant de milliards d?informations sur le problème, relayées par une presse qui en fait un fond de commerce. Comment se retrouver dans cette migraine et choisir celui qui nous étirera l?épine dorsale ? Masseur, chiropracteur, ostéopathe, acupuncteur. Un vrai casse-tête pour les casse-cou.
Ces professions ne se limitent d?ailleurs pas à la zone qui surplombe notre postérieur. Mais il faut bien l?admettre, une grande partie de ceux qui viennent gémir dans les cabinets se plaignent souvent de l?endroit. Certaines de ces disciplines sont relativement récentes à Maurice. Il faut dire qu?elles ont mis quelques décades à s?imposer, ailleurs aussi, face à la réticence du corps médical installé. Concédons que la prudence est toujours nécessaire dans ce domaine, ne serait-ce que pour éviter les charlatans qui ne manquent pas de s?engouffrer dans la moindre hernie discale.
Néanmoins, l?argument a aussi été éculé par les « Mandarins » que ces médecines ont pu bousculer dans leur confort d?un pouvoir serein et acquis. Fort heureusement pour les patients, un certain nombre de ces médecines sont aujourd?hui bien acceptées et même considérées.
C?est le cas de la chiropractie, qui grâce notamment aux efforts du Dr Raj Roy, a pu s?imposer chez nous depuis quelques années. Cet ancien publicitaire mauricien qui s?était installé à Paris, a fait du chemin avant d?ouvrir son cabinet à Quatre-Bornes. Sportif de haut niveau pratiquant jeune l?athlétisme et le karaté, un accident de voiture l?a poussé à s?occuper de son squelette. La colonne brisée lors du drame, il est retourné à Paris où une amie l?a orientée vers un des grands de la discipline, un personnage haut en couleur habitant Strasbourg. Jean Gillès de Pélichy, adepte de l?école américaine Palmer, l?a reçu dans sa maison des Habsbourg. Et comme par miracle, en quelques séances, celui qui soignait Valéry Giscard d?Estaing et bien d?autres célébrités l?a guéri de ses horribles migraines. Petit à petit, il lui a reconstruit une santé physique, lui qui était « cassé partout » et aussi très sceptique. Puis il lui a suggéré de suivre une formation.
Raj Roy s?est mis en free-lance dans la pub et a commencé la « chiro » dans une école française pendant deux ans pour la poursuivre en Australie et aux États-Unis. Ce tour de monde lui permet aujourd?hui d?exercer son métier avec une solide crédibilité. Chose primordiale car il a pu traverser « l?épreuve d?admission » imposée par l?administration et le Conseil des médecins. Fort heureusement, alors que l?argument soutenu par ces derniers refusaient toute « médecine alternative », des scientifiques britanniques de renommée internationale avaient déjà reconnu sa discipline comme « complémentaire ». Et tac !
Et voilà Raj dans la place, et même « réquisitionné » pour les derniers Jeux des îles. Plutôt branché sport, le costaud a l?habitude du haut niveau avec les nageurs, les sprinters et les golfeurs, dont l?immense champion Nick Faldo, remarié à une kinésithérapeute, et qu?il a remis dans son droit swing plusieurs fois. Mais cette spécialisation ne l?empêche pas de manipuler Monsieur et Madame tout le monde, personnes âgées et tout petits enfants. Les techniques apprises pendant de longues années sont associées à une solide formation en physiologie.
Le chiropracteur ne se contente pas de faire craquer des vertèbres. Son approche est plus globale. Il intervient en amont de la manipulation en posant de nombreuses questions sur les divers problèmes du patient et relie ces réponses entre elles afin de rechercher un équilibre « neuro-musculo-squelettique ». Au centre de cet équilibre, on trouve le système nerveux qui régit tout et qui utilise la colonne vertébrale comme support. C?est donc une fois le premier diagnostique émis, que décision est prise de libérer telle ou telle vertèbre, soulageant en général rapidement les lombalgies, lumbagos et autres cervicalgies.
<B>Troisième profession de santé au monde</B>
Mais le travail ne s?arrête pas là. Des douleurs récidivantes peuvent être liées à un mode de vie non adapté, à la pratique d?un sport violent, mais aussi être la cause des nombreux maux qui ne sont pas mécaniques ou les favoriser. L?influence du système nerveux sur les organes est telle que cette corrélation peut entraîner de nombreuses relations de cause à effet : infections urinaires, migraines? Des maux qu?on n?associe pas à son squelette, mais qui peuvent souvent être réglés (une partie au moins) par une ou plusieurs séances.
Le patient peut donc envisager une visite chez le chiropracteur pour des maux ou douleurs extrêmement diverses, et c?est à ce dernier, qui doit être expérimenté et donc connaître ses limites, de déterminer s?il peut l?aider, voire le guérir.
Il ne s?agit donc pas de remplacer la médecine allopathique, mais de lui être complémentaire. Ce métier est extrêmement courant aux États-Unis. La plupart des sportifs professionnels consultent régulièrement un chiropracteur, tout en utilisant les services de masseurs et de médecins. Les surfeurs y ont souvent recours, mais aussi de nombreux golfeurs et tennismen, qui pratiquent des sports asymétriques avec un déséquilibre musculaire et articulaire évident.
Raj Roy ne prétend pas tout guérir et reconnaît que certains collègues, à l?étranger, confondent parfois médecine et marketing. Il est rentré dans son île natale pour offrir une médecine qui peut soulager et compte bien y développer cette science dans un réel esprit déontologique, une mission qu?il saura libérer de ses blocages.
Natacha Gopaul utilise pour sa part une approche sensiblement variée. Cette jeune physiothérapeute d?origine française appréhende le patient avec une vision thérapeutique dynamique. Autrement dit, elle s?intéresse de prime abord à votre silhouette, vos mouvements, votre démarche.
Elle scrute l?ensemble et les parties de votre attitude et se fait une première idée de votre problème. La façon dont la tête est portée, la foulée, l?effacement d?une épaule. La clé est le mouvement. « J?analyse les restrictions dans la dynamique des mouvements et recrée les schémas neuromusculaires. » Natacha a du succès. La dimension psychologique de cette passionnée, associée à la volonté de faire prendre conscience à ses patients de leur propre mécanique, séduit de nombreuses personnes qui trouvent dans ce travail un aspect sur-mesure. Il va de soi que cette approche ne peut être exercée que par une personne particulièrement convaincue. Nageuse et coureuse, Natacha a, elle aussi, subi dans le passé un sérieux traumatisme à la colonne après être tombée d?une falaise. Une longue rééducation l?a orientée vers son métier. Elle a donc suivi une formation pendant plusieurs années selon la « Méthode Feldenkrais », du nom d?un ingénieur physicien, chercheur en physique nucléaire.
Ce scientifique s?est attaché à reconnaître l?importance de la subjectivité dans le mouvement du corps. Depuis 1970, le nombre d?enseignants de sa méthode est passé de un à plus de 3 000, répartis dans une quinzaine de pays. Cette pédagogie repose sur une compréhension approfondie de plusieurs idées : l?organisation du corps dans le champ de la gravité, la distribution proportionnelle du mouvement sur l?ensemble du système musculo-squelettique, le fonctionnement auto régulé du système nerveux. « La qualité du mouvement reflète l?état d?organisation du système nerveux, et par là, limage que la personne se construit d?elle-même et du monde. »
Le thérapeute, ici ne « s?adresse pas aux symptômes et à la pathologie, mais aux façons de bouger et au potentiel d'amélioration ». Il s?agit donc d?une méthode avec laquelle Natacha s?attache à « réveiller » la personne et à lui faire prendre conscience du vaste champ des mouvements possibles. Autrement dit, on est ce qu?on meut, et non plus seulement ce qu?on mange, bien que cet aspect soit aussi considéré comme primordial par la thérapeute. Elle accompagne en effet chaque traitement de conseils nutritionnels détaillés et adaptés aux problèmes décelés chez son patient.
Avec l?apprentissage de mouvements qui paraissent étranges au malade avant de leur devenir naturel, cette méthode est une réorganisation du savoir se mouvoir. Motricité, coordination, orientation, force, endurance et souplesse sont liées à une intentionnalité qui constitue ici un mode de communication. Car le travail réalisé vient autant du thérapeute que du patient.
L?échange est important, qu?il s?agisse de mouvements à réaliser par le malade, où d?informations qui circulent sans cesse entre les deux parties. Cette participation active est même une particularité de cette méthode dans laquelle la manipulation du thérapeute n?est pas tant réparatrice que diagnostique. Sans trop s?éloigner, on peut donc affirmer qu?il s?agit d?une activité physique orientée et contrôlée, et c?est probablement pour cela que de nombreux patients sont « accros ». Ils sont en effet les premiers acteurs de leur amélioration et trouvent dans cette méthode une réponse aux attentes de l?homme moderne qui ne veut plus négliger son corps. Mais cela ne signifie pas pour autant que l?ancien monde nous a livré tous ses secrets?
Cet humain, tout moderne qu?il soit, a développé en Asie une science pour le moins pointue depuis des millénaires : l?acupuncture. Elle nous mène directement dans le sobre cabinet du docteur François Ip, à Port-Louis. Si le soulagement de cet horrible mal de nuque se trouve au bout de la petite aiguille, ce n?est pas parce qu?il la plante dans une poupée faite à votre image. En fait, des lumbagos, il en soigne à gogo et l?acupuncture lui permet de dépasser certaines limites de la médecine classique. Installé depuis 1959, il a en effet décidé d?apprendre la technique ancestrale et a ajouté cette flèche à son carquois en 1987.
Depuis, les cas difficiles ne lui font plus peur, qu?il s?agisse de sciatiques ou de cervicalgies. Il avoue sans fausse modestie que l?acupuncture lui permet de soulager près de huit patients sur dix, avec souvent une totale disparition de la douleur. Là encore, cette pratique ne se limite pas au mal de dos. Un de ses patients, par exemple, avait des maux de gorges chroniques et aigus depuis qu?il passait beaucoup de temps dans les embouteillages à cause de son travail. Une petite séance et quatre aiguilles ont suffi pour régler le problème.
<B>L?approche globale du corps humain</B>
Pour revenir à la sciatique, le Dr Ip, reçoit de nombreux malades dont certains ont déjà subi une opération chirurgicale et qui souffrent encore beaucoup. Mais les cas extrêmes, comme la polyarthrite rhumatoïde (où les doigts et les mains sont déformés) reconnaît-il, sont très difficiles. Il faut connaître ses limites. S?il est vrai qu'il peut aider une personne souffrant d?une scoliose, son intervention ne va pas redresser la colonne. Néanmoins, après de nombreuses années de pratique, il sait qu?il peut soigner un très grand nombre d?affections, même s?il regrette de ne pas avoir la science des médecins des empereurs chinois.
Non loin du chiropracteur, dont la profession est régie par une association mondiale très respectée, on trouve l?ostéopathe, un professionnel qui a dû se battre bec et ongles en France pendant quelques décennies pour être accepté. Cette médecine non conventionnelle n?est pas pour autant étrangère à l?acupuncture comme en témoigne un ouvrage de l?ostéopathe Jacques Gesret : Acupuncture & Ostéopathie, vérité neurophysiologique.
D?ailleurs, on y retrouve une contre-indication évoquée par le Dr Ip concernant notamment des affections aiguës en rhumatologie. Le point de liaison entre ces pratiques est l?approche du corps humain dans sa globalité et la recherche d?un équilibre grâce à des manipulations ou interventions permettant une forme d?auto-guérison.
Notre corps est alors perçu (c?est une partie de la définition de l?ostéopathie) comme une « entité dans laquelle la structure et la fonction sont mutuellement et réciproquement interdépendantes ». L?ostéopa-thie utilise aussi une approche dynamique, l?harmonisation des rapports de mobilité et l?ouverture aux connaissances comportementales, physiques et biologiques. Elle semble par contre accorder beaucoup d?importance aux organes et à leurs interactions. En France, les premiers à s?être lancé dans cette activité ont été les kinésithérapeutes. Ils revendiquent depuis une filiation et la réglementation à la fois institutionnelle et corporatiste de la profession.
Quoi qu?il en soit, dès lors qu?elles se veulent thérapeutiques, les tendances, incluant le grand retour du Tai chi, de nombreuses techniques de massage, l?aromathérapie, etc. doivent, pour être efficaces et pas seulement reconnues, être proposées par des professionnels possédant une formation solide, une longue expérience et le respect du malade. Il est malheureusement établi que des cabinets offrant des méthodes « miracle » poussent comme les champignons d?Alice au pays des merveilles. Alors attention aux mirages de la crédulité. Que ces champignons, s?ils sont hallucinogènes, ne vous réservent pas un réveil trop douloureux. Pour le coup, vous l?auriez vraiment dans le dos?
<B>Le discours de la « Méthode Feldenkrais » </B>
Moshe Feldenkrais (1904-1984) est né en Russie. Il a passé sa vie en Israël, aux États-Unis et en Europe, où il est devenu ingénieur en électricité et mécanique, diplômé de l'École des travaux publics de Paris. En 1952 il a présenté une thèse d'ingénieur et obtenu son doctorat à la Sorbonne. De cette formation, il a tiré une conception du corps comme réalité physique, des poids et des masses organisés dans l'espace, un jeu de forces pour être debout. Ceinture noire de judo, il en déduit une conception originale du mouvement utilisant l'énergie minimale. C'est une blessure au genou qui l'amène à étudier la neurophysiologie, la neuropsychologie et l'anthropologie pour élaborer sa méthode. Il a eu des élèves célèbres tels que Yehudi Menuhin, Narcisso Yépes, Igor Markevitch, Peter Brook, Margaret Mead, Konrad Lorenz, Ben Gourion, ou bien encore John Kennedy.
<B>La chiropractie en tête du hit parade</B>
La chiropractie ou chiropraxie se définit comme « la première profession de santé manuelle du monde, la deuxième profession de santé des USA (après la médecine) et la troisième profession de santé du monde (après la médecine et la dentisterie) ».
Elle a pour objet la restauration et le maintien de la santé humaine, ainsi que le diagnostic, le traitement, et la prévention de ses déficiences en concentrant son intervention sur l'intégrité des systèmes nerveux et musculo-squelettique, en relation avec tous les autres systèmes du corps humain, sains ou malades, en portant une attention particulière à la colonne vertébrale.
Les chiropraticiens (Chiropractor) sont des professionnels de santé qui considèrent l'être humain dans sa globalité et qui tiennent compte de ses pouvoirs naturels de récupération. Ils ne recourent ni aux médicaments, ni à la chirurgie.
Au titre de professionnels de santé de premier contact, et au titre de docteurs en chiropratique (Doctor of Chiropractic), ils sont habilités à réaliser un bilan, à déterminer l'indication et la non indication des traitements chiropratiques, à établir un pronostic et à déterminer la nature et la fréquence des examens et des traitements nécessaires, dans chacun des cas où ils sont appelés à intervenir.
Actuellement, plus de 80 000 chiropraticiens diplômés exercent à travers le monde. Tous sont titulaires d'un même et unique diplôme de Doctor of Chiropractic (D.C.) obtenu dans des collèges accrédités par le Chiropractic Council on Education.
Le diplôme est délivré aux étudiants ayant suivi un cursus de formation universitaire de six années à temps plein après le baccalauréat. La plupart des écoles se trouvent aux États-Unis. Il est impossible d'apprendre la chiropractie sous forme de stages, de séminaires ou par correspondance.
Aujourd'hui, on compte de par le monde 21 collèges accrédités par le Chiropractic Council on Education.
La chiropractie est une des seules professions de santé, dont la formation soit autant uniformisée, aussi contrôlée sur le plan international pour un diplôme à valeur internationale.
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