Publicité

Dobet Gnahoré, écorce d?Afrique

2 juin 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Dobet Gnahoré, écorce d?Afrique

Faite d?écorchures. Vivant en France mais pas détachée de l?écorce. Celle de l?Afrique. Qui vit en elle. Qui est elle. Dobet Gnahoré. Porte-parole, porte-rythme, porte-voix.

Faite d?énergie, de douleur. Sans faux- fuyants. Sans se voiler la face quand il s?agit des enfants qui meurent. De faim. Qui meurent. Dans la guerre. Qui meurent. Dans ce continent laissé pour compte, blessé pour compte. Colonisé, martyrisé, ravagé. Invitant le public à se servir dans le panier rempli de préservatifs, à la fin du concert. «Allez-y, servez-vous c?est gratuit», car le sida tue trop de gens en Afrique.

C?est tout cela Dobet Gnahoré. Les couleurs de l?Afrique. Les douleurs de l?Afrique. Son costume safrané rappelle les terres. Quand elle titille le public avec ses «polyphonies pygmées», on la suit comme dans un voyage initiatique. Où on parlerait plusieurs langues, wolof, malinké. Des tas d?autres pour passer de sa Côte d?Ivoire natale au Mali, du Sénégal à la Gambie, en passant chez les mandingues, en empruntant le cours des grands fleuves.

Artiste accomplie

Mercredi soir au conservatoire François Mitterand, l?artiste a tout autant chanté que dansé. Voix profonde, aux variations marquées, où l?émotion est omniprésente. Puissante. Qu?elle rende hommage aux morts ou qu?elle salue sa mère Marie, Dobet Gnahoré ? comme sans efforts ? est criante de respect, d?exaltation, de ferveur et de passion.

Prenant la peine à chaque fois d?expliquer son propos en français, effaçant du coup les barrières linguistiques. Pas besoin de saisir tous les mots pour comprendre que l?artiste est complète, que l?artiste est accomplie. Que sa formation au village Ki-Yi à Abidjan a été aussi bien vocale que chorégraphique.

Car que dire des danses exécutées par Dobet Gnahoré ? qu?elles vous tiennent en haleine perchées au bord de votre chaise. Qu?elles vous mettent des fourmis dans les jambes. Qu?elles vous émerveillent par leur dynamisme leur vitalité. On s?étonne qu?elle ne soit pas plus essoufflée. On comprend mieux son carré d?épaules bien dessiné et ses bras musclés. On s?émerveille quand en pleine chanson elle exécute un grand écart debout. On reste la bouche ouverte quand Dobet Gnahoré danse avec ?son cou, comme un oiseau qui prendrait son élan. Magnifique leçon de beauté, de diversité. Tout aussi magnifique cette petite salle remplie comme un ?uf, preuve qu?un certain public est assez mûr pour ne pas s?arrêter pas au fait que Dobet Gnahoré n?est ni connue, ni dans le registre de la variété, ni dans le mainstream.

Publicité