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Diversité culturelle
L?ETAT du Kazakhstan doit-il avoir le droit de subventionner son cinéma (qui existe bel et bien) ? La Corée du Sud peut-elle continuer à imposer dans ses salles un quota de films nationaux ? Le Canada peut-il mener une politique de protection spécifique pour ses magazines, ses livres et ses auteurs ? Les pays de l?ex-Europe de l?Est doivent-ils être laissés libres de ne pas libéraliser totalement leur secteur audiovisuel ?
Ce ne sont pas là questions extravagantes relevant du domaine du superflu. Elles déterminent, dans une large mesure, le profil que prendra le monde du XXIe siècle : pluriculturel, ou passé au rouleau compresseur américain ? Elles tournent autour d?une question plus générale et qui les résume toutes : faut-il, oui ou non, traiter les échanges culturels comme les autres ?
Les Etats-Unis y répondent par l?affirmative. Ils dénient toute spécificité aux biens culturels ? le film, le livre, la cassette, la musique, etc. Ils ne voient pas pourquoi un pays chercherait à obtenir pour ces ?produits?-là un régime différent de celui qui s?applique à la sidérurgie ou aux services bancaires. Ils se refusent à percevoir la particularité, pas seulement linguistique, que recèle la production culturelle, et qu?un pays peut vouloir protéger au titre de la préservation de son identité nationale.
Précision qui a son importance : le secteur de la culture, au sens large, est le premier poste à l?exportation des Etats-Unis, devant l?aéronautique. Le mérite en revient, certes, à la créativité des Américains, à leur aptitude à traiter de thèmes universels. Mais cela reflète aussi une politique commerciale abusive : au fil d?accords bilatéraux léonins ? conclus avec des pays qui n?en peuvent mais ? les Etats-Unis veulent imposer une libéralisation totale des échanges culturels.
D?où l?importance, pour contourner cette pratique, du projet d?une convention internationale pour la préservation de la diversité culturelle. Il est au centre de la session annuelle de la conférence générale de l?Unesco, qui se tient à Paris jusqu?au 17 octobre. L?idée est de donner une valeur juridiquement contraignante à la déclaration sur la diversité culturelle adoptée à l?unanimité en 2001. La convention proclamerait le droit des Etats à protéger ? notamment à l?aide de subventions ? tel ou tel secteur du domaine culturel.
Les Etats-Unis sont revenus cette année à l?Unesco, qu?ils avaient délaissée depuis 1984. Ils jugent que le projet de convention est une ?mauvaise idée?. Elle est promue par le Canada et la France, notamment. Ce sont deux pays qui sont des modèles d?ouverture culturelle, ce que ne sont pas les Etats-Unis : il suffit pour s?en convaincre ? et savoir qui, en la matière, est le vrai protectionniste ? de comparer ce que proposent Paris ou Montréal aux amateurs de cinéma avec ce qu?offrent New York ou Los Angeles. Ce n?est pas la globalisation qui menace les identités culturelles, bien au contraire. C?est l?échange inégal. Le projet de convention veut, à raison, y remédier. Il doit être soutenu, n?en déplaise à Hollywood.
© Le Monde
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