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Dissolution prématurée du Parlement malaisien

6 mars 2004, 20:00

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Le premier ministre malaisien, Abdullah Ahmad Badawi, a ouvert la voie à des élections générales anticipées, vraisemblablement avant la fin du mois, dont l?enjeu majeur sera d?évaluer l?influence des musulmans radicaux qui veulent instaurer un état islamique.

Le Parlement a été dissout, a annoncé M. Abdullah, précisant qu?il revenait désormais à la Commission électorale de fixer la date du scrutin et de la clôture des inscriptions. Selon le système politique malaisien, les élections doivent être tenues dans les soixante jours qui suivent la dissolution du Parlement, mais la plupart des observateurs s?attendent à un scrutin avant fin mars.

Asseoir son autorité

Il constituera le premier test pour le nouveau premier ministre, qui a succédé fin octobre à Mahathir Mohamad après vingt-deux ans de pouvoir. M. Badawi cherche ainsi à asseoir son autorité, en capitalisant sur son actuel état de grâce et sur l?accueil favorable qu?ont reçu ses promesses de combattre la corruption et l?inefficacité du gouvernement, selon des politologues.

L?issue du scrutin ne fait que peu de doutes, la coalition du Front national, au pouvoir, devant largement l?emporter. Mais l?intérêt de la consultation portera sur les résultats qu?obtiendront les radicaux du Parti islamique (PAS), qui contrôlent deux des 13 états du pays. Le PAS, qui avait triplé le nombre de ses sièges au Parlement lors des élections de 1999, a pour programme l?instauration d?un état islamique avec l?application de la charia, la loi canonique de l?islam.

La Malaisie, pays à majorité musulmane, est réputée pour son approche modérée de l?islam. Cependant, l?état de Terengganu, au nord-est de l?archipel, contrôlé par le PAS, a déjà adopté une législation criminalisant le sexe hors mariage, la consommation d?alcool et la renonciation à l?islam. Parmi les sanctions, sont prévues la lapidation à mort pour l?adultère, l?amputation des membres et 40 à 80 coups de fouet pour la consommation d?alcool.

Un important glissement vers le PAS de l?électorat acquis au parti du premier ministre, l?United Malaysian National Organization (UMNO), pourrait faire vaciller le trône de M. Badawi à la tête de la formation politique, au pouvoir depuis l?indépendance en 1957, avertissent les observateurs.

Même s?il faisait le plein des voix musulmanes, le PAS ne pourrait pas, cependant, former le gouvernement, la clé du scrutin étant détenue par les minorités indienne et chinoise, membres de la coalition soutenant le premier ministre. Les Malais, de confession musulmane, forment environ 60 % des quelque 25 millions de Malaisiens, suivis des Chinois, avec environ 26 %, et des Indiens (8 %).

Le PAS affiche ses ambitions

Les élections se tiendront simultanément au Parlement fédéral et dans les assemblées de douze des treize états. L?état du Sarawak, sur l?île de Bornéo, ne fera pas l?objet d?élections avant 2006. Le PAS ne fait pas mystère de ses ambitions d?emporter l?état du Kedah, pourtant l?ancien fief de M. Mahathir, mais le parti pourrait ne plus bénéficier de l?élan dont il avait profité lors des élections de 1999.

Le scrutin avait alors suivi la « démission » et l?incarcération de l?ancien vice-premier ministre Anwar Ibrahim, populaire parmi les musulmans. Ce dernier, considéré comme prisonnier politique par Amnesty International, est toujours derrière les barreaux, officiellement pour sodomie et corruption. Il avait été jeté en prison après avoir organisé une manifestation contre le gouvernement accusé de corruption.

<B>2 004 Le Monde ? AFP</B> Distribué par The New York Times Syndicate

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