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Discours-programme et calvaire de SSR

25 juin 2007, 00:00

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Le gouvernement du 11 juin 1982, présente son premier discours du trône. La presse, bon prince, respecte la nouvelle terminologie antimonarchiste et anticolonialiste du MMM. Elle ne parle plus de discours du trône mais de discours-programme. Il n?y a plus, il est vrai, de toges, de perruques, de hauts de chausse, etc. La presse rouge ironise : le manifeste électoral devient programme gouvernemental. Autant que le petit livre mauve, il est pavé de bonnes intentions. Prophétique, il ne couvre que les neuf prochains mois. Le temps d?accoucher une rupture irrémédiable. L?ouverture solennelle d?une session parlementaire est alors un exercice annuel qui doit se répéter au début de chaque année. Le temps viendra quand Anerood Jugnauth rompra avec cette tradition séculaire pour que perdure une suspension parlementaire, frappant le chef de l?opposition, son ancien kamarade, Paul Bérenger. Jadis, ces suspensions devenaient caduques avec toute fin de session. Les députés suspendus retrouvaient automatiquement leur siège, sans devoir passer sous les fourches caudines des excuses écrites à présenter au président de la Chambre. une humiliation trop vexatoire pour les arrogants.

De fil en aiguille, nous parvenons à un discours-programme valable pour cinq ans, ce qui convient à merveille à une île Maurice de plus en plus paresseuse et à des gouvernements de moins en moins enclins, à subir, chaque année, le gril de cette mascarade de la motion de remerciements au discours-programme, lu désormais par une voix présidentielle. Un honneur qui échappera à Karl Offmann. L?économie est de taille mais aux dépens de la démocratie. De toute façon à quoi sert, aujourd?hui, l?échange de propos orduriers qui tient lieu de débats parlementaires ? Foi de hansard qui n?existe peut-être plus.

Cérémonie officielle sans apparat mais pas sans huées. Quolibets bien lamentablement adressés à un Mauricien aussi éminent que Sir Seewoosagur Ramgoolam, le Premier ministre sortant, pourtant si fair-play à l?égard de ses vainqueurs. Cette photo de l?express du 25 juin 1982, le montrant traversant seul la cour d?honneur de l?Hôtel du gouvernement, sous les railleries d?une populace militante déchaînée et peut-être même excitée, sans être salué ni accompagné par personne, est peut-être l?image la plus déshonorante de toute notre histoire politique. Elle illustre bien la lâcheté inqualifiable, nous poussant à accabler outrancièrement un homme tombé à terre. Elle dit bien la veulerie de notre population, prompte, par l?opportunisme le plus répugnant, à brûler ce qu?elle a adoré pour mieux adorer ce qu?elle a brûlé. Cette photo n?est plus celle de l?arrivée d?un homme seul, reconnaissant courageusement et dignement la victoire de ses adversaires. C?est une véritable Via Dolorosa, heureusement suivie de Résurrection. Evénement justement réparateur qui sera, bien sûr, l?occasion d?un autre ?brûle ce que tu as adoré...? et d?un énième retournement de veste. Le Bleu-Blanc-Rouge sied finalement aussi bien à nos trahisons que le Mauve-Blanc. Des travaillistes se montreront tout autant odieux à l?égard du président Anerood Jugnauth devant l?Hôtel du gouvernement en juillet 2005.

Il y eut quand même un ressaisissement de la part des invités officiels, touchés finalement par le courage exemplaire dont fait preuve Sir Seewoosagur Ramgoolam. Quelques applaudissements se font finalement entendre, applaudissements timides devenant graduellement nourris, grâce à l?effet de contagion. La fin du calvaire de Sir Seewoosagur Ramgoolam s?achève donc en apothéose, fort heureusement pour notre île Maurice. Mahé de Labourdonnais eut moins de chance puisqu?il fut embastillé à Paris. Jugnauth n?eut droit à aucun applaudissement, le 7 juillet 2005. On a pu même craindre pour sa sécurité.

Que dire du discours-programme MMM-PSM par rapport au petit livre mauve ? Il oublie d?interdire Port-Louis aux navires de guerre. L?OCAM est toujours en disgrâce. Cela enterre définitivement son Institut de bilinguisme. Quelque chose de prématuré peut-être mais que nous aurions peut-être intérêt à déterrer. Mais avons-nous encore des Raynald Lamy, des Franck Richard, des Régis Fanchette ? Jugnauth ira à Tripoli, chez le camarade-frère Khadafi, et pas seulement pour lui rapporter de faux documents ni pour lui faire part d?un projet d?expulsion manu militari de ses diplomates et de leurs proches. On réintégrera, bien sûr, les Chagos, toujours occupées par de voleurs et receleurs d?archipel. Nous aurons un président de la République (faut pas être pressés), un vice-Premier ministre (et même quatre au nom d?une belle entorse constitutionnelle), et des élections législatives tous les cinq ans. Les partielles seront rétablies pour la plus grande satisfaction de Satish Faugoo, de Xavier Duval et de Rajesh Jeetah (appartenant tous aux partis les ayant abolies). La liberté de la presse sera renforcée même si un ministre voleur de micro qualifie un journaliste de ?tête fêlée?. Elle sera même accordée à la MBC, même si Harish Boodhoo y installe son bureau. Rigolons de bon c?ur (mauve) ! Pour la suite du discours-programme, veuillez consulter les journaux du 26 juin 1982 et des jours suivants. La place fait défaut, ici, pour en dire davantage.

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