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Diplomatie papale

1 décembre 2006, 00:00

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Juste avant d?atterrir à Ankara, mardi 28 novembre, Benoît XVI disait aux journalistes que son voyage en Turquie ne serait pas ?politique?. Il n?en a bien sûr rien été, et ce dès le premier jour. Dans le monde musulman, les braises allumées par ses mots malencontreux de Ratisbonne sur l?islam couvent encore et, à Istanbul, des extrémistes manifestent contre le pape le plus ?antiturc? de l?histoire. Benoît XVI a rappelé d?emblée l?attachement de l?Eglise au dialogue avec l?islam. Et le premier ministre Erdogan a compris que son intérêt n?était pas de faire de mauvaises manières au pape, pour ne pas aggraver les réticences des pays de l?Union à l?égard de la Turquie.

La journée du pape à Ankara a utilement renouvelé le débat sur la place de la Turquie en Europe. Dans le climat tendu de cette visite, chaque mot de Benoît XVI était ciselé, chaque geste millimétré. La richesse de son histoire, sa situation de ?pont? entre l?Occident et l?Orient, de ?charnière? entre l?Europe et l?Asie, entre les cultures et les religions, font de la Turquie, a-t-il dit, un partenaire naturel de l?Union.

A première vue, c?est un revirement par rapport aux réticences que le cardinal Ratzinger avait exprimées en 2004 avant d?être élu pape : ?Historiquement et culturellement, ce pays a peu à partager avec l?Europe.? Le même se déclare prêt aujourd?hui à ?encourager? la demande d?adhésion de la Turquie. Un soutien que M. Erdogan a apprécié. Le dialogue ?vital? entre le christianisme et l?islam que Benoît XVI veut relancer va également dans le sens de cette ?alliance des civilisations? pour laquelle milite le gouvernement turc avec des partenaires comme Kofi Annan ou l?Espagnol Zapatero.

Mais de quelle Turquie et de quelle Europe parle-t-on ? Sur cette question d?identité, le pape s?obstine. Il respecte la Turquie ?laïque?, se rend même au mausolée de Kemal Atatürk, le père de la Turquie moderne qui a eu comme ?modèle? la France et sa Constitution laïque. Mais il distingue la laïcité et le ?laïcisme?, qu?il définit comme un système de séparation entre la sphère publique et des valeurs communes incluant la religion. Pour lui, la chance de la Turquie moderne, c?est le dialogue entre sa ?tradition musulmane? et la ?raison européenne?.

La polémique de Ratisbonne a incité Benoît XVI à réfléchir sous un autre éclairage à la candidature européenne de la Turquie. Dans un pays laïque, à 99 % musulman, où la liberté de culte est reconnue, mais où les minorités chrétiennes réclament plus de liberté, le pape réclame une liberté religieuse ?garantie institutionnellement et respectée effectivement?. Une manière ? qui ne plaira pas à Ankara ? de rappeler que les critères d?adhésion dits de Copenhague comprennent le respect des minorités religieuses, et que c?est sur ce terrain aussi que sera attendue et jugée la Turquie.

						<b> ©Le Monde 2006

								 Distribué par 

						  The New York Times Syndicate</B>

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