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Diplomatie : ni complaisance, ni révolte

4 août 2004, 20:00

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Valet des Américains. Inconscient vis-à-vis des Britanniques. Trop consensuel à l?égard des pays riches? L?Etat mauricien fait l?objet de critiques plutôt sévères dès qu?il s?agit de ses relations avec le monde occidental. Trop sentimental dans ses relations avec des pays amis tels que l?Inde et la France. Ou encore condescendant et timide dans sa volonté de s?investir dans un axe de coopération régionale. Les observateurs locaux ne font pas l?économie des critiques les unes plus virulentes que les autres dès qu?il est question du rapport que Maurice entretient avec ses partenaires.

Les carences de la diplomatie traditionnelle, de surcroît, remontent plus facilement à la surface lorsqu?il est question d?enjeux économiques et de considérations commerciales qui définissent davantage les relations internationales. D?autant plus que les trocs annoncés ne se font pas toujours à l?avantage de Maurice, comme c?est le cas du textile local.

Graduellement, Maurice fait l?apprentissage d?un mode d?opération où les liens de solidarité résistent de moins en moins aux exigences de la libéralisation économique. Dans ce nouveau cadre du partenariat commercial, le concert des nations n?intègre plus que la partition de ceux qui s?accordent à produire un refrain vantant les mérites de la mondialisation. Mais en même temps et même au sein des pays les plus riches, deux électricités contraires s?opposent : un libéralisme échevelé et une demande de protectionnisme. Dans ce nouveau pot-pourri idéologique et commercial, la marge d?action de petites économies diminue de plus en plus.

Pour Maurice, les choses sont allées plus vite qu?on ne pouvait le prévoir ces dernières semaines. Le dossier sucre, celui des Chagos, les relations commerciales avec les Etats-Unis et la nouvelle dynamique partenariale avec les petites économies, entre autres, ont eu le mérite de poser la question du poids réel de la voix mauricienne dans un contexte de mondialisation où même les bons élèves ne sont pas épargnés de mauvaises surprises.

Port-Louis ne dira pas le contraire? surtout en rapport avec le dossier Chagos où Londres n?a pas hésité à faire passer deux ?Orders in Council? interdisant le retour des Chagossiens dans l?archipel et rendant difficile le recours à la Cour international de Justice de la Haye qui aurait pu permettre des actions juridiques contre la Grande-Bretagne venant d?anciens membres du Commonwealth.

Militantisme diplomatique

La man?uvre est durement ressentie par Maurice qui réagit par la voix de son Premier ministre : ?We?ve been hurt by the two Orders in Council and more recently by the move of London? by making its reservation in relation to the International Court of Justice? We are deeply hurt. The Ilois were hurt in their flesh when they were removed from the archipelago. We are now hurt in our pride and our flesh?.

Maurice revendique donc sa fierté de nation et, malgré une marge de man?uvre restreinte, prend le risque d?un discours et des actions susceptibles de froisser ses relations avec la Grande-Bretagne en donnant une dimension internationale à un litige. Du classique et diplomatique ?agree to disagree?, on est passé à une revendication plus agressive. Parce que, quelque part, la nature des relations bilatérales avec les pays proches a connu ses avatars. Parce que aussi, sur le plan commercial, le temps où il suffisait de jouer la carte des pays amis ou frères pour tenter d?obtenir des traitements préférentiels semble révolu. Il est désormais un temps où le sentiment de solidarité est soumis à la rationalité des règles et les paramètres économiques. Dans un tel contexte, le concept de relation bilatérale, relation forcément asymétrique faisant le jeu des grandes puissances, sort du champ de la subjectivité pour emprunter la voie implacable des exigences commerciales.

Henri Vignal, ambassadeur de France en partance, ne dit pas le contraire dans ses derniers entretiens lorsqu?il affirme que son pays a soutenu Maurice à travers une coopération lourde mais que ces relations changent parce que, du point de vue des technocrates, le pays fait désormais partie ?des pays émergeant de la tranche supérieure?.

Face à ces nouvelles dispositions géopolitiques, les petits Etats et petites économies entrent dans la mondialisation avec de nouvelles dispositions. En effet, ils jouent davantage la carte des regroupements. C?est ce qui explique les efforts entrepris par Maurice pour la mise en place du G90. C?est ce qui explique aussi que l?appartenance à des institutions internationales ? comme le Commonwealth ? peut être remise en question.

Par les effets cumulatifs d?un libéralisme croissant, les petites économies n?ont ainsi d?autre solution que celle du regroupement régional pour agir en contre-feu. De par son positionnement géographique, Maurice fait partie de ces privilégiés d?Afrique qui ont pu bénéficier pendant un temps d?un traitement sélectif. Or, la rituelle demande de l?annulation de la dette et de Plans Marshall compensatoires ne trouvent plus désormais d?écho positif. Depuis 1989 avec l?effacement de l?axe américano-soviétique, ces demandes sont encore moins prises en compte.

C?est ce qui, entre autres, amène le secrétaire général du groupe ACP, Jean-Robert Goulongana, à soutenir que les pays pauvres ne peuvent demeurer insensibles aux tentatives de travestissement de leurs valeurs. Il l?affirmait lors de la dernière réunion du G90 qui s?est tenue sur notre sol. Pour lui, il y a urgence d?alignement de pays faibles pour une meilleure défense et prise en compte de leurs intérêts et pour éviter une marginalisation qui, autrement, s?avérerait certaine.

Mission régionale

A ce stade de son itinéraire, la notion de regroupement semble profiter à Maurice. Il existe, à cet effet, une perception que le pays à une mission régionale. Le Commissaire européen au commerce et développement, Pascal Lamy, confie ainsi, lors de son dernier séjour à Maurice, qu?il s?entretient avec le Premier ministre mauricien, lorsqu?il le rencontre, des événements qui ont lieu à Madagascar ou au Zimbabwe. Ce qui l?amène à penser que Maurice a un rôle proactif. En visite à Maurice, Jean-Claude Javillier, directeur du département des normes internationales au Bureau international du Travail, abondait dans le même sens. Pour lui, Maurice possède une ?maturité? qui lui permet d?assumer ?une responsabilité régionale?. D?autre part, l?appui du secrétaire général du Commonwealth, Don McKinnon, suite aux mesures d?exception de dernière heure du gouvernement britannique pour tenter d?empêcher Maurice de saisir la Cour internationale de Justice sur la question des Chagos, vient égalment renforcer la crédibilité du pays.

Port-Louis, pour sa part, se targue que la mise sur pied du G90 ? pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), pays de l?Union africaine et les pays les moins avancés ? est une initiative locale. Paul Bérenger, de son côté, n?hésitait pas à affirmer avec force qu?il se sentait fier en tant que Premier ministre de la petite île Maurice d?avoir grandement contribué à l?adoption de l?AGOA III par la Chambre des Représentants et le Sénat américains. Le fait que le nom de Jayen Cuttaree ait été cité comme éventuel directeur général de l?OMC, en sus des postes de responsabilité de personnalités mauriciennes au sein de diverses institutions internationales, accentue ce sentiment que le pays s?est fait une place sur la scène internationale. Sur le plan régional, Maurice occupera la présidence de la SADC après le sommet d?août prochain.

Les motifs de satisfaction existent mais, aujourd?hui, la domination se veut prioritairement économique et technologique et les marchés préférentiels tendent à devenir un anachronisme. Des symboles basculent. Des relations vacillent. De la réelle reconnaissance aux flatteries futiles, certains grands ne se privent pas de jouer avec les faiblesses des petits Etats. Faire la différence entre les vrais élans de coopération et les trocs commerciaux qui servent prioritairement les intérêts des grands, telle est la nouvelle lucidité diplomatique que recherchent les Etats comme Maurice.

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