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?Diksioner morisien? prendre au mot le créole

23 octobre 2005, 20:00

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Cela n?existait pas jusque-là. Explikasion mo kreol ki an kreol. C?est mercredi dernier qu?est arrivé un ?début de réponse?. Celui d?Arnaud Carpooran, chargé de cours en linguistique à l?université de Maurice. Vingt ans de réflexion et deux ans de travail pour sortir le Diksioner morisien, paru aux éditions Bartholdi.

De Absorban à Exsitasion, ce prototype du premier diksioner kreol monoling recense les mots de notre quotidien, des lettres A à E. ?Notre priorité n?était pas tant d?aller à la pêche aux mots faisant partie du créole mauricien, ni d?en chercher les significations, la plupart des Mauriciens les connaissant déjà pour la plupart?, explique Arnaud Carpooran dans sa préface.

Pour ce chargé de cours qui a fait partie du comité chargé du rapport Grafi-larmoni, il était fondamental de développer un ?métalangage.? En clair, ?pa selman bann mo technik pou dezign bann mo ( ex : verb, azektif, adver) me sirtou bann fason sinp pou fer bann fraz ki permet explik bann mo ordiner ek definir zot.?

Afin de saisir la portée de sa démarche, il convient de rappeler que seuls deux autres dictionnaires existent à ce jour. Il s?agit du Diksyoner kreol-Angle de Ledikasion Pu Travayer publié en 1984, et celui du tandem Philip Baker-Vinesh Hookoomsing paru en 1987, Diksioner Kreol Morisyen. Particularité de ces deux ouvrages : ils ont recours à l?anglais et au français pour définir les mots du créole.

Un contexte qui pousse Vinesh Hookomsing, rédacteur principal du rapport Grafi-larmoni, de qualifier le nouvel ouvrage de ?révolution linguistique?. Rappelant la valeur ?sacrée? du dictionnaire, il n?a pas manqué de constater : ?Boukou dimounn pense ki si enn mo pa dan diksioner, li pa existe.?

Rebondissant sur cette réflexion, Arnaud Carpooran prudent, insiste : ?Notre ouvrage est un produit scientifique, pas un produit de consommation. Il n?a pas de dimension idéologique. C?est un processus évolutif qui doit maintenant passer le cap des utilisateurs.? Ce sont ces réactions qui alimenteront l?élaboration des entrées de F à Z. Et compléter cette entreprise qui, selon l?auteur, tient à la fois du rêve, du défi et de l?expérience scientifique.

Un objectif que le linguiste compte atteindre en présentant les mots de son dictionnaire dans leur ?forme graphique quasi-officielle, c?est-à-dire en fonction du rapport Grafi-larmoni.? Arnaud Carpooran se ménage toutefois des portes de sortie, notamment par rapport au traitement de la lettre ?C?. Si Grafi-larmoni ne la reconnaît pas comme une consonne en elle-même, le Diksioner morisyen en fait mention sans qu?elle ne soit suivie de ?h?.

Un outil de référence

Le dictionnaire aborde le problème de découpage des mots que l?on est habitué à entendre mais qu?on a rarement (ou jamais) vu écrire. Exemple proposé par le Diksioner morisyen : asterla, aster-la ou aster la ? Sans oublier la dimension sociale de la langue, il tranche en faveur de telle ou telle variante phonétique.

Ainsi, dans le cas de l?opposition entre bokou et boukou, Arnaud Carpooran raconte : ?Nous avons longtemps hésité avant de nous aligner sur une des deux variantes. Au stade initial, des personnes sondées nous ont communiqué le sentiment que boukou pouvait passer pour ?vulgaire? ou ?grossier?. Nous avons alors décidé de nous aligner sur la forme la moins marquée. Mais des discussions récentes avec un public plus large nous ont encouragés à revoir notre position. Il faut davantage d?enquêtes de terrain pour nous prononcer de manière définitive.?

À terme, ce jalon dans notre ?écosystème linguistique? se veut une contribution au travail de standardisation de la langue créole, tout en proposant aux enseignants un outil de référence sur la description et le fonctionnement de la langue première de la majorité de leurs élèves.

NORMALISATION

Grafi-larmoni, conventions de l?écriture

■ Déposé en septembre 2004, le rapport Grafi-larmoni est le résultat d?un travail de standardisation de l?écriture de la langue créole mauricienne. Cette entreprise avait été confiée en mars 2004 par le gouvernement à un comité présidé par Vinesh Hookoomsing. Il a été épaulé dans sa tâche par quatre linguistes et pédagogues : Arnaud Carpooran et Daniella Police-Michel de l?université de Maurice, Rada Tirvassen et Nita Rughoonundun du Mauritius Institute of Education. Cette décision a été prise suite aux revendications des représentants de descendants d?esclaves pour que le créole ? identifié comme langue identitaire de leur groupe ? soit inclus dans le cursus scolaire au même titre que les langues orientales. Premier constat du rapport, qui a été positivement accueilli dans l?ensemble : la graphie proposée ne vise pas à imposer une manière ferme d?écrire le créole. Il souligne l?importance de ?garder la langue vivante.? à titre d?exemple, s?agissant de la ponctuation, le rapport propose que celle de l?écriture créole soit basée sur la ponctuation de l?anglais, langue écrite officielle de l?administration.

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